Affaires
Les touristes ont-ils vraiment boudé le Maroc ?
Le séisme a-t-il eu réellement un impact sur le secteur ? Les professionnels assurent que l’effet est minime et que les partenaires maintiennent leurs opérations. Le challenge actuel : contrer les fausses informations relayées par des médias étrangers.
Secteur vital pour l’économie marocaine, représentant près de 7% du PIB, le tourisme a été le premier à ressentir l’onde de choc du tremblement de terre qui a secoué le Maroc le vendredi 8 septembre. Le séisme de magnitude 7 sur l’échelle de Richter a touché principalement la région d’Al Haouz à quelques kilomètres de Marrakech, le cœur battant de la destination Maroc. La ville ocre a tremblé et avec elle ses touristes, dont certains ont quitté la ville le lendemain de la tragédie. Des départs qui auraient sonné le glas d’une exceptionnelle reprise touristique après la crise du Covid-19. Et au lieu de soutenir le Maroc dans cette tragédie humaine, certains médias étrangers se sont précipités à publier des reportages approximatifs et loin de la réalité. «Une certaine couverture médiatique a été totalement erronée. Nous nous attelons actuellement à rectifier toutes ces informations qui ont circulé et qui donnent l’impression que notre destination est ravagée, ce qui est faux. Un effort collectif, de la part du privé et du public, est mené auprès des médias, des prescripteurs et des voyageurs pour leur transmettre la réalité de la situation et les rassurer», nous déclare Hamid Bentahar.
Pour le président de la Confédération nationale du tourisme (CNT), la situation s’est stabilisée aujourd’hui et les craintes d’une véritable crise se sont dissipées, au vu de la réaction de la plupart des partenaires. Les compagnies aériennes, les tour-opérateurs et les agences de voyages internationales ont presque tous maintenu leurs opérations sur la destination Maroc. «Il y a eu quelques annulations de réservations. Mais l’impact de cette tragédie sur le secteur a été minime, moins que ce qu’on redoutait. Les gens ont pris conscience que la vie va continuer et que pour soutenir le Maroc, il fallait maintenir ses projets de voyage», souligne Bentahar. En effet, la grande majorité des hôtels du pays sont restés ouverts et n’ont pas été touchés par le séisme, à l’exception de certains établissements touristiques dans la région d’Al Haouz qui ont été fortement impactés par le tremblement de terre. Des établissements qui seront soutenus par l’État, le ministère du Tourisme et la CNT pour une rapide reprise de leurs activités et une reconstruction de leurs bâtiments.
Redorer le blason de la destination maroc
En tout cas, les autorités et le secteur privé, dans un esprit de mobilisation collective, sont à pied d’œuvre pour redorer le blason de la destination Maroc et réhabiliter son image après les rumeurs qui avaient circulé sur une prétendue destination désertée par les touristes. La ministre du Tourisme, Fatim-Zahra Ammor, a tenu une réunion avec l’Office national marocain du tourisme (ONMT) et les professionnels pour faire le point sur la situation et les actions à mener pour redresser, dans les plus brefs délais et avec vigueur, le secteur. L’Office a, de son côté, mis en place une cellule de crise et s’est adressé aux principaux partenaires du Royaume pour les rassurer. Une source nous confirme d’ailleurs que la grande majorité des partenaires, notamment les compagnies aériennes et les tour-opérateurs les plus influents du secteur au niveau mondial, ont répondu à l’appel et ont confirmé le maintien de toutes leurs offres en sièges et réservations. Plusieurs ont soutenu le Maroc dans cet élan, particulièrement le britannique Intrepid Travel, l’un des tour-opérateurs les plus importants en Europe et dont la présence au Maroc s’est considérablement renforcée ces dernières années. Dans une interview au média spécialisé Travel Weekly, Natalie Placko, directrice générale de la marque du groupe, a insisté sur la nécessité de soutenir le Maroc en cette période. «La vie a continué normalement au Maroc. Les gens vont travailler, les restaurants sont ouverts, les hôtels et les aéroports fonctionnent normalement. Aucun organisme gouvernemental n’a interdit aux gens de voyager au Maroc. L’impact du tremblement de terre a été très spécifique à une région, les montagnes du Haut Atlas», a déclaré la responsable d’Intrepid Travel, précisant que le voyagiste ne modifiera pas ses activités sur le marché marocain, mis à part un changement au niveau des itinéraires dans les régions impactées par le séisme. Le tour-opérateur ne parle d’ailleurs pas d’annulation, mais de redirection de ces itinéraires vers d’autres régions marocaines.
L’appel du voyagiste intrepid travel
Que ce soit du côté des acteurs locaux ou des partenaires internationaux, la mobilisation est en marche et les messages de sensibilisation se multiplient à destination des principaux marchés émetteurs. Et chaque opérateur local est impliqué dans cette communication de crise. «Tous les professionnels de toutes les régions du pays se sont impliqués dans cette démarche, chacun s’occupant de son marché respectif et de ses partenaires. L’Office et le ministère de tutelle sont à pied d’œuvre depuis le début de la crise», a souligné Hamid Bentahar, avant d’insister sur la priorité absolue actuellement qui est d’apporter assistance aux victimes sinistrées dans la région d’Al Haouz. «Pour le moment, le principal sujet des professionnels du secteur est d’apporter un soutien et une assistance aux personnes impactées par ce séisme et aux opérateurs touristiques de cette région très appréciée. Ensuite, pour ce qui est de l’impact sur le secteur, je ne suis pas inquiet et je n’ai aucun doute par rapport à la capacité du Maroc à rebondir. Le secteur est résilient et l’a démontré par le passé», conclut, sur une note optimiste, le président de la CNT.
International SOS rassure
Cinq jours après le séisme d’Al Haouz, International SOS, leader mondial de la gestion des risques en matière de santé et de sécurité à l’international, a émis une note sur le Maroc à destination de ses clients et partenaires. Le spécialiste les informe que les voyages peuvent reprendre vers Marrakech, Ouarzazate et Agadir, principales destinations touristiques proches du séisme. «La situation à Marrakech s’est stabilisée, même si d’importants dégâts aux infrastructures continuent de toucher la province d’Al Haouz. Toutefois, les voyages peuvent reprendre vers les zones touchées par le tremblement de terre», précise l’entreprise dans sa note, ajoutant que des pannes partielles et des coupures d’internet ont été initialement signalées dans les zones touchées, la connectivité internet et l’électricité à Marrakech ont depuis été rétablies. «Les autoroutes reliant les principales villes du pays n’ont pas été touchées par le séisme. Cependant, des routes plus petites dans les zones rurales proches de l’épicentre ont été endommagées et bloquées par des décombres. Des perturbations associées peuvent survenir dans les zones reculées d’Al Haouz dans les semaines à venir alors que les autorités s’efforcent de dégager les débris et de réparer les routes», poursuit la note. Et de conclure : «Les autorités ont confirmé que tous les aéroports restent opérationnels et qu’aucun dommage aux installations n’a été signalé.
Les trains continuent également à circuler normalement».
