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Location de caftans : Des paillettes et des profits
Elles sont plusieurs à s’orienter davantage vers la location plutôt que la confection de tenues pour assister à la célébration d’un évènement. Ce qui fait le bonheur des propriétaires de boutiques qui dégagent une marge considérable.
La période de célébration des fêtes, tous types confondus, a débuté depuis un moment. Mariages, fiançailles, baptêmes…, tout y passe. Et comme chaque année, c’est la course à la recherche de tenues traditionnelles. L’achat ou la confection de ces tenues n’est pas aussi prisé qu’auparavant. Elles sont plusieurs à recourir aux services de boutiques de location de caftans. De plus, cette manie qu’ont les Marocaines d’éviter de porter la même tenue dans deux évènements différents, de peur du «qu’en-dira-t-on», a poussé ces dernières à s’adresser à ces boutiques. Elles y trouvent des pièces à leur goût et à prix réduit, comparativement à la confection. Ce qui permet de porter des tenues variées, d’oser des pièces exceptionnelles, de coller à la mode et en même temps d’économiser le budget. Même les mariées préfèrent ne plus confectionner leurs tenues, et s’adresser à des «neggafas» pour prendre tout le pack (tenues, accessoires, bijoux…).
C’est pour cette raison d’ailleurs qu’elles ont poussé partout, portées par une demande de plus en plus accrue et par un gain non négligeable. Cette affaire peut paraître anodine à première vue. Après tout, il s’agit d’acquérir des tenues, de les louer, de les laver… et rebelote! C’est plus compliqué que cela ne paraît. Deux grandes difficultés se présentent dans ce type de business. «D’abord, il s’agit de varier les tenues, des simples aux plus tendances, faites à la main ou avec une machine à coudre. Ensuite, il faudra subir ‘la casse’ et donc la négligence des clientes vis-à-vis des tenues portées», prévient Asmae B., propriétaire d’une boutique. Parce qu’il faut le dire, les clientes qui louent ne prêtent pas vraiment attention aux tenues portées. A leur retour, il y a forcément des fils détachés, une partie de la couture perforée à cause des talons… Du coup, un travail pesant est réalisé post-location, en termes de retouche et d’entretien des tenues.
Moins de 200.000 DH pour commencer
Il n’en demeure pas moins que le business peut rapporter une marge considérable. Encore faut-il que le local soit bien situé, que les caftans proposés soient attirants et que le service soit irréprochable. Ce business ne requiert pas un local d’une grande superficie. Un 50 m2 est suffisant pour abriter l’affaire. Mais il doit être bien aménagé de sorte à ce qu’il comprenne un espace d’exposition et au moins un autre d’essayage. Le coût d’investissement peut se monter à moins de 200.000 DH. Il comprend l’aménagement du local à quelque 30.000 DH et l’équipement pour la même somme incluant l’achat de cintres, de lampes spot, de housses et de divers matériels (bureau, ordinateur…). A côté, il faudra investir près de 60.000 DH pour la confection de tenues traditionnelles. En fait, «les propriétaires de boutiques privilégient la confection plutôt que la location, puisqu’elle revient moins chère, tout en variant le stock entre caftans simples et tenues à deux ou trois pièces», souligne Bouchra C., styliste et neggafa. Il est recommandé d’entamer son affaire par une vingtaine de tenues. Sachant qu’une tenue peut coûter en moyenne 3.000 DH chacune, avec une fourchette allant de 1.000 à 6.000 DH ou même plus, selon le type de couture souhaité et la réputation de la couturière également. Il faudra aussi prévoir des robes de mariées. En début d’activité, acheter trois robes fait l’affaire, pour un prix de 20.000 DH chacune.
La saisonnalité plombe le profit annuel
Une fois que l’activité est entamée, il n’existe pas de grandes charges à supporter, si ce n’est les frais du loyer et des services. Mais dès qu’elle prend son élan, le propriétaire est obligé de renouveler le stock de tenues, d’en faire de nouvelles, pour diversifier l’offre. Et c’est ce renouveau de l’offre qui accapare le gros des charges, à hauteur de 80%. En effet, à raison de cinq tenues par mois, pour un budget de 3.000 DH chacune, les charges pour ce poste se montent à 180.000 DH. Quelques retouches sont indispensables pour les tenues portées, cela en plus du pressing et de l’entretien. Les deux réunies, elles nécessitent un budget de 30.000 DH annuellement.
En revanche, il n’est pas essentiel d’acquérir de nouvelles robes de mariées pour deux raisons. La première tient à leur prix élevé et la seconde à la demande réduite sur ces tenues, à moins que la propriétaire de la boutique réserve son activité aux mariées seulement, et non à toute personne souhaitant juste trouver une tenue, le temps d’une soirée. En tout, les dépenses annuelles se chiffrent à plus de 220.000 DH. S’il y a une contrainte qui caractérise cette activité, c’est bien la saisonnalité. Bien que les célébrations se fassent à longueur d’année, elles sont plus manifestées quand les températures deviennent plus clémentes. D’ailleurs, la haute saison n’est plus limitée aux trois mois d’été, mais elle s’étend de mai jusqu’à fin septembre au moins. Pendant cette période, 20 tenues peuvent être louées par semaine au prix de 600 DH en moyenne. En fonction des périodes et, de facto, de la demande, les prix varient.
Une tenue louée à ce montant peut valoir la moitié de son prix en basse saison, soit 300 DH. En supposant 20 caftans loués pendant les cinq mois de la haute saison et cinq seulement pendant les sept mois restants, au prix de 300 DH chacune, le chiffre d’affaires réalisé devra totaliser près de 300.000 DH. En y ajoutant la location des robes de mariée, à concurrence de 3 par mois, au prix de 3.000 DH, le propriétaire devra engranger des revenus de plus de 470.000 DH. En déduisant les charges, il devra réaliser un bénéfice dépassant 240.000 DH par an.
Concurrence et absence de garantie, principaux risques
Une concurrence acharnée caractérise ce domaine. C’est normal, puisque la demande va crescendo et la tendance vers la location. Une boutique peut rapidement fermer si elle n’innove pas. Une autre réputée peut facilement perdre sa notoriété parce qu’en face, une autre plus en vogue a ouvert. Même les boutiques spécialisées dans les ventes réservent une partie de leurs tenues à la location. C’est pour cela qu’il est indispensable de miser sur la qualité mais aussi sur le service. Même quand tout est irrépréhensible, l’activité est sujette à une difficulté de taille. Il s’agit de l’absence de garantie. Bien qu’une avance soit déposée, accompagnée de la carte d’identité de la locataire en garantie, cette dernière n’en constitue pas vraiment une. Des risques de vol ou de perte peuvent se présenter alors. Des cas de perte totale de la tenue peuvent être constatés, dans le cas où le tissu est taché par un produit ou liquide indélébile.
