Edito
Pouvoir : Central sur le terrain, régional au quotidien
Le cabinet Akhannouch, soudé et cohérent, rassure quant au sérieux et à la faisabilité de ses engagements.
C’est une visite qui fait date ! Jamais une tournée gouvernementale de cette ampleur n’avait été organisée dans ce qu’on appelle le «Maroc inutile». Le temps d’un week-end, Aziz Akhannouch a sillonné les routes du Haut-Atlas à la rencontre des populations de plusieurs provinces entre Ouarzazate et Errachidia.
Cela aurait pu ressembler à ces tournées électorales, menées au pas de charge, qui ont d’ailleurs permis au Président du RNI de gagner son maroquin de Chef de gouvernement. C’est en tant que tel qu’il est revenu – accompagné de ministres représentant les trois formations politiques composant la majorité – non pas pour promettre mais pour constater les réalisations dans ces contrées qui font rarement l’ouverture des JT.
En lançant plusieurs projets structurants, en s’enquérant de l’avancée de chantiers en cours, en se déplaçant en force… le cabinet Akhannouch, soudé et cohérent, rassure quant au sérieux et à la faisabilité de ses engagements. Son programme, ayant comme leitmotiv la consolidation des piliers de l’État social, devient palpable même aux confins de l’arrière-pays.
Enterrer définitivement cette dichotomie du Maroc utile et inutile est d’ailleurs une des finalités de ce projet de société en édification. En supervisant la construction de routes, en procédant à l’ouverture d’hôpitaux et de centres de formation, entre Tinghir, Erfoud et Zagora, l’Exécutif démontre que le désenclavement du Royaume et la réduction des disparités territoriales sont en marche. C’est tout le pays qui est concerné, dans ses quatre coins, ses douze régions et sa centaine de villes… que ce soit celles les plus attractives ou d’autres qui n’ont pas encore libéré leur potentiel.
Et ce n’est certainement pas un hasard de calendrier si dans la foulée de cette visite de terrain a été tenue une réunion interministérielle de la déconcentration administrative (voir p. 6). Point nodal en matière de développement territorial, cette déconcentration est attendue bien avant même l’amorçage de la régionalisation avancée. Aujourd’hui, le chantier en est à peine à 30% des objectifs fixés par la Charte nationale de déconcentration administrative (adoptée en 2018), mais la cadence est en train d’être rehaussée.
Le Chef du gouvernement vient d’annoncer le transfert de quelque 29 prérogatives aux régions et la multiplication par cinq des budgets sectoriels des ministères aux régions. La révolution d’une administration déconcentrée passe aussi par cette annonce faite par Ghita Mezzour de regrouper les différentes représentations régionales dans des pôles intégrés, une sorte de «ministères» locaux…
Autonomiser les régions, renforcer la légitimité de la prise de décision locale, faciliter l’accès à l’Administration sont un préalable pour libérer le potentiel de zones encore sous-exploitées au Maroc. L’Exécutif ou le pouvoir central aura alors pour tâche d’épauler le pouvoir régional, en favorisant un environnement politique, économique et sociétal à même de susciter une certaine concurrence entre les régions tout en veillant à libérer les synergies entre elles.
Le développement de nos territoires, de manière à améliorer leur «utilité», passe par cette prise en main de leur destin par des instances locales crédibles, compétentes et dévouées. Les missions du pouvoir central – consistant à aiguiller pour équilibrer et inspirer pour anticiper – ne feront alors que gagner en efficacité.
