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En Couv’. Chakib al Khayari : «Les recettes fiscales du cannabis récréatif pourraient financer des projets structurants»

Le cadre juridique relatif aux usages licites du cannabis offre des perspectives prometteuses pour
la région. Le coordinateur du collectif marocain pour l’usage médical et industriel du kif donne
sa vision pour réussir ce pari.

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La légalisation de la culture du cannabis licite a ouvert de nouvelles perspectives pour le développement socioécomique de toute une région du Maroc. Ce débat clos, un autre se profile quant à l’usage récréatif de cette plante qui pourrait aussi être porteur, notamment en termes de recettes ficales.

Quelle évaluation faites-vous quant à l’évolution de l’approche relative au cannabis licite depuis la promulgation du cadre juridique, ainsi que la mise sur pied de l’ANRAC ?
Bien que l’arsenal juridique ait été instauré dans un temps convenable, il est encore trop tôt pour fournir une évaluation définitive. Actuellement, nous nous trouvons dans une phase expérimentale, car cette nouvelle approche implique des cultivateurs, des coopératives et des sociétés limitées. La mise en œuvre de ce cadre juridique nécessite du temps pour observer et analyser les résultats, les impacts économiques, sociaux et de santé publique. Les différents acteurs impliqués doivent s’adapter aux nouvelles règles et réglementations, et il est essentiel d’évaluer leur conformité et leur efficacité. L’Agence nationale joue un rôle crucial dans la supervision et la coordination de cette évolution. Elle travaille en étroite collaboration avec les parties prenantes pour assurer une mise en œuvre cohérente et responsable de l’approche relative au cannabis licite. Il convient de souligner qu’encadrer une telle activité nécessite une vigilance continue. Il est essentiel de surveiller de près son impact sur la société, l’économie et la santé publique, tout en apportant les ajustements nécessaires au cadre réglementaire en fonction des résultats obtenus.

Quelles seront, à votre avis, les actions à mener pour que les économies de la région concernée puissent tirer parti de ce nouveau cadre ?
Il est important de souligner que la légalisation du cannabis à des fins médicales et industrielles n’est qu’un aspect du développement socioéconomique de la société des cultivateurs de cannabis. Toutefois, il existe d’autres politiques à suivre qui sont proposées. Tout d’abord, il est suggéré d’investir la marge du marché du cannabis qui est actuellement laissée au trafic illicite de drogues dans une économie de cannabis récréatif légal. Cette recommandation émane du Conseil économique, social et environnemental ainsi que la Commission spéciale sur le modèle de développement. La légalisation du cannabis récréatif a été étudiée en termes d’impact économique, notamment aux États-Unis et au Canada, et il a été constaté qu’elle peut générer des recettes fiscales pour soutenir des projets et services gouvernementaux essentiels.

Cela n’implique-t-il pas des risques sur la santé publique ?
Il est crucial d’adopter une approche prudente lors de la mise en place de cette réglementation. Des taxes élevées sur les produits du cannabis pourraient entraîner une diminution de la demande sur le marché légal, ainsi qu’une réduction des bénéfices des producteurs. Une telle situation pourrait inciter les producteurs et les consommateurs à se tourner vers le marché illégal du cannabis. Les décideurs doivent donc équilibrer la réglementation entre les États et les niveaux de taxation afin de permettre aux fournisseurs de cannabis de réaliser des bénéfices au sein de la chaîne d’approvisionnement. En outre, il est également important de promouvoir une diversification économique en dehors du secteur du cannabis. Il serait bénéfique d’instaurer une économie diversifiée qui ne se base pas uniquement sur l’agriculture, afin de créer de nouvelles opportunités d’emploi et de stimuler la croissance économique de la région.

En termes chiffrés, combien pèse réellement ce marché du cannabis ?
La taille du marché du cannabis médical a été estimée à 13,8 milliards de dollars en 2022, et l’on prévoit qu’elle connaîtra un Taux de croissance annuel composé (TCAC) de 21,80 % entre 2023 et 2030. La valeur estimée du marché en 2023 s’élève à 16,6 milliards de dollars, et les prévisions de revenus pour 2030 pourraient atteindre 65,9 milliards de dollars. Concernant le marché marocain, la taille du marché du cannabis médical était évaluée à 24,90 millions de dollars en 2022, et devrait connaître un taux de croissance annuel de 48% entre 2023 et 2030. La valeur estimée du marché en 2023 est de 34,63 millions de dollars et les prévisions de revenus pour 2030 s’élèveraient à 537,70 millions de dollars.
Ces chiffres reflètent la croissance rapide de l’industrie du cannabis médical à l’échelle mondiale, soutenue par une demande croissante de produits à base de cannabis à des fins médicales. Il convient de noter que ces estimations sont basées sur des projections et peuvent être sujettes à des variations en fonction de divers facteurs, tels que l’évolution de la législation et de la réglementation dans différents pays, ainsi que les évolutions de la demande et des préférences des consommateurs.

Comment le Maroc pourrait-il réussir le pari pour se positionner sur le marché mondial ?
Pour que le Maroc réussisse à se positionner sur le marché mondial du cannabis licite, il doit investir dans la recherche et le développement afin de stimuler l’innovation et d’améliorer la qualité de ses produits. Cela comprend la collaboration avec des instituts de recherche, des universités et des entreprises spécialisées pour mener des études scientifiques approfondies sur les variétés de cannabis, les méthodes de culture, les techniques d’extraction et les applications médicales potentielles.
De plus, il est essentiel de promouvoir activement les produits du Maroc sur le marché international. Cela implique la participation à des salons professionnels, des foires commerciales et des conférences internationales, où le pays peut présenter ses produits, établir des contacts et négocier des accords commerciaux. Le pays devrait également travailler à établir des partenariats stratégiques avec des distributeurs et des importateurs dans des pays clés, en s’appuyant sur les accords commerciaux existants et en explorant de nouvelles opportunités d’exportation.

Cela passe par l’apparition d’acteurs de référence dans le secteur…
L’État doit apporter un soutien aux coopératives, notamment en leur offrant des formations en gestion administrative, financière, en méthodes de production, de transformation, de conditionnement, ainsi que dans le marketing et la vente. Il est également important de faire bénéficier tous les acteurs de cette économie des avantages temporaires au niveau fiscal.
En mettant en œuvre ces mesures, le Maroc peut renforcer sa position sur le marché mondial du cannabis licite et bénéficier des opportunités économiques qui en découlent.
Cependant, il est crucial que le gouvernement, les entreprises, les coopératives et les acteurs de l’industrie travaillent en étroite collaboration pour assurer une coordination efficace et une approche globale.