SUIVEZ-NOUS

Affaires

VTC, à la recherche d’une identité loin des tensions

Le secteur des applications de mobilité attire de plus en plus d’opérateurs. Aussi, le nombre de chauffeurs qui y opèrent va grandissant. Ce qui exige un cadre légal à même de traduire son potentiel de développement sur le terrain.

Publié le


Mis à jour le

On n’est certainement plus dans les grandes confrontations qui, à l’arrivée d’Uber à Casablanca en juillet 2015, mettaient aux prises chauffeurs de taxi et ceux qui «généraient des revenus» grâce à la fameuse application. Le monde de la VTC (Voiture touristique avec chauffeur) faisait son apparition dans le Royaume. Comme sous d’autres cieux, les opérateurs «classiques» du transport urbain voyaient venir une concurrence qui n’arrangeait nullement la marche de leurs affaires.

Dès le départ, et jusqu’au jour d’aujourd’hui, les syndicats et autres associations des taxis criaient à l’illégalité de ces applications, voire qu’ils associaient ceux qui y opèrent au «transport clandestin». Ces jours-ci, on dirait que les représentants des chauffeurs de taxis sont en train de faire des échauffements pour de nouvelles actions de protestation. Tout en continuant à mener la vie dure aux opérateurs de ce segment de la mobilité urbaine, particulièrement à Casablanca. Dans une station-service du côté du boulevard Bordeaux, où les taximen ont l’habitude de se retrouver entre un shift et un autre, on croirait assister à une réunion syndicale informelle.

De la surchauffe à l’accalmie ?
à croire, aussi, qu’ils se préparent à réagir par rapport aux dernières nouvelles qui touchent leur secteur. L’annonce de nouveaux arrivants, dont l’opérateur russe, Yango, qui fait grand bruit sur les réseaux sociaux, ainsi que le passage de Careem sous l’aile de l’opérateur télécom émirati Etisalat, y sont pour quelque chose !

Des informations qui ne sont pas pour laisser indifférent M’jid. Un peu plus que la cinquantaine, ce taximan, qui confie avoir misé dans les 100.000 dirhams au propriétaire d’un agrément de petit taxi, qui plus est règle une mensualité de 6.000 dirhams tout en prenant en charge tout ce qui relève de l’entretien du véhicule, se met dans tous ses états quand on évoque le sujet. Comme d’autres chauffeurs de taxi, M’jid dit trouver anormal que ces applications envahissent son «espace vital», qui se traduit par la réduction de ses revenus, tout en évoluant dans un «vide juridique total». Et d’ajouter qu’on «ignore où tout cela pourrait mener si les autorités compétentes n’y mettent pas de l’ordre». Le hic est que depuis que ces applications ont fait leur irruption, «la situation devient de plus en plus difficile, notamment en ce qui concerne les recettes. Alors même que ma facture au quotidien devient de plus en plus salée (gasoil, assurance, entretien, etc.)», indique notre interlocuteur. Des frais, ajoute-t-il, qui ne sont pas au même niveau que ceux des chauffeurs VTC. D’où l’assertion selon laquelle il serait question d’une «concurrence déloyale».

Sauf que quand on pousse plus loin avec les syndicalistes, on se retrouve avec une «soif de compréhension» en l’absence d’argumentaire massue. Toujours est-il que, contrairement à la surchauffe qui avait caractérisé les premières réactions suite à l’arrivée de ces applications, avec une fixation particulière contre les entreprises qui sont derrière, l’on a l’impression que certains représentants de chauffeurs de taxi commencent à revoir à la baisse l’ambition de vouloir tout simplement «les balayer».

En effet, des voix s’élèvent pour indiquer que de plus en plus de taximen n’ont rien contre ces applications, mais à condition qu’elles soient «réservées aux détenteurs de permis de confiance». Certains estiment, en fait, qu’il est inconcevable de se trouver en train de livrer concurrence à un fonctionnaire ou autre employé plutôt bien payé pour courir derrière les courses.
C’est qu’ils sont de plus en plus nombreux les profils de cette nouvelle génération de chauffeurs VTC qui arrondissent leurs fins de mois en s’inscrivant sur les plateformes existantes. L’haj, retraité de son état, fait partie de ces milliers de personnes, certaines estimations faisant état d’au moins 20.000 inscrits sur les cinq plateformes opérationnelles dans certaines grandes villes du pays.
Cela fait plus de quatre ans que L’haj offre ses services, au lieu de passer son temps à compter les journées en attendant sa pension. Or, il n’est qu’un cas parmi d’autres profils où on retrouve des fonctionnaires, des chauffeurs de taxi «hors circuit», ou encore des sans-emploi. Des personnes qui s’occupent en générant des revenus, pour reprendre une formule publicitaire de l’une des entreprises du secteur. Ces dernières qui revendiquent un statut d’intermédiaire entre des demandeurs de services et des prestataires de ces services de transport.

Le «VTC» séduit de plus en plus
Maintenant, s’il est vrai que l’intérêt des usagers demeure plutôt réduit (une étude du cabinet Sunergia, ayant touché un échantillon de 1.500 personnes et qui date de juillet 2022, avance un taux de 4,5% de Marocains qui utiliseraient ce mode de mobilité. Un taux néanmoins qui passe à 10% pour les personnes non motorisées), il n’en demeure pas moins que le service VTC est en train de gagner du terrain dans certaines franges de la société, notamment les jeunes de manière générale et les jeunes femmes en particulier.

En effet, malgré un prix double par rapport à la course normale d’un taxi, la nouvelle offre est triplement séduisante: rapidité, sécurité et service personnalisé. Trois critères qui font bien défaut aux «taxis normaux». Ceux qu’il faut attendre de manière aléatoire, subir l’état d’âme du chauffeur qui plus est a, souvent, une préférence pour sa destination au lieu de celle de son client. Lequel client, sans son consentement, se retrouve partageant le trajet avec deux autres personnes à bord. Ceci dit, on mettra de côté l’état physico-mécanique de la voiture.

C’est que les entreprises opérant dans ce secteur sont très exigeantes sur ces différents rayons pour garantir la meilleure expérience client aux usagers pour mieux les fidéliser. Outre ces dimensions, il ne faut pas non plus perdre de vue que si ce mode de mobilité trace son chemin et si cela suscite l’intérêt d’entreprises qui ont leur notoriété, c’est qu’il est porteur et en même temps, il répond aux besoins de certains usagers, nous dit un habitué de VTC qui, depuis qu’il a découvert ces avantages, a fait son choix, en préférant souvent laisser sa propre voiture dans le garage. C’est d’ailleurs ce qui explique que ces entreprises tablent fort sur le marché marocain, quand bien même il n’aurait pas encore atteint sa maturité. Aussi, et pour mieux fructifier leur business, commencent-elles à opter pour la diversification de leurs zones d’intervention, notamment en s’attaquant au segment de la mobilité interurbaine, le transport de colis et autres. En définitive, le secteur, qui attend un meilleur cadre légal loin des tensions et des polémiques, semble plein de promesses.


Les chauffeurs de VTC s’organisent

Trop, c’est trop. Les chauffeurs opérant dans le secteur VTC n’en peuvent plus de subir les attaques des taximen en restant les bras croisés. En mars dernier, ils étaient plusieurs à manifester leur colère d’être considérés comme des transporteurs clandestins.
De plus, ils vivent dans la crainte d’être menacés dans leur intégrité physique et dans leurs biens. D’où des appels à s’organiser pour se défendre et défendre leur gagne-pain. D’ailleurs, on apprend qu’un syndicat des chauffeurs de VTC pourrait bien voir le jour. En effet, cela s’est passé à Marrakech où un bureau local de chauffeurs professionnels opérant par applications, relevant du Syndicat démocratique du transport, a reçu un récépissé auprès des autorités locales pour sa création. Un pas qui en fera un interlocuteur reconnu pour la défense des intérêts de ceux qui opèrent dans un secteur qui cherche régulation.
D’autant plus que ces chauffeurs semblent pieds et mains liés face aux entreprises en présence. Or, si cette création est actée, tout porterait à croire que la voie sera ainsi ouverte à une réelle organisation d’un secteur en pleine expansion.