Vos placements sont peut-être rentables mais sont-ils liquides ?

Le souci de la liquidité est tout aussi important que la recherche de la rémunération d’un placement.
La liquidité doit être liée au prix que l’on paie pour retirer ses billes.
Les OPCVM restent les champions dans le contexte favorable d’aujourd’hui.

Si la rentabilité espérée est un facteur déterminant pour le choix d’un instrument de placement, son niveau de liquidité ne doit pas non plus être complètement écarté, au même titre d’ailleurs que votre degré d’aversion au risque.
Plus ce dernier est élevé, plus vous privilégierez les placements les moins risqués, tels les bons du trésor, voire les bons vieux comptes sur carnet ou dépôts à terme (DAT).
A contrario, plus il est faible et plus vous opterez pour les actions, les OPCVM actions et diversifiés, les obligations privées voire celles qui sont qualifiées de «junk bonds».
Mais même en discriminant l’univers de placement en vous basant sur ce critère, il faudra également appréhender le risque de liquidité. Car s’il est réjouissant de voir son capital prendre de l’envol en valeur et donc en plus-value potentielle, encore faut-il pouvoir réaliser cette dernière à tout moment, en cas de besoin pressant de liquidités ou tout simplement pour rebalancer votre épargne vers d’autres instruments.
Aussi, est-il judicieux de connaître le degré de liquidité théorique de chacun des investissements possibles.

comptes à vue rémunérés : risque d’illiquidité nul et rendement faible
Rangés dans la catégorie de risque nul de liquidité, on trouve les vieux produits tels le livret d’épargne nationale ou le compte sur carnet qui sont, de par leur nature, des produits à vue, c’est-à-dire des comptes, certes rémunérés, mais disponibles à tout temps. Le revers de la médaille est leur faible rémunération, établie respectivement, au cours du deuxième semestre 2004, à 2,1 % et 2,35 %.

opcvm : risque d’illiquidité quasi-nul avec un coût négligeable
Qu’il s’agisse de Sicav (société d’investissement à capital variable) ou de FCP (fonds commun de placement), ces véhicules que sont les Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) présentent comme atout principal leur liquidité garantie. En effet, par le mécanisme de rachat dont bénéficient les porteurs de parts ou actionnaires, la cession auprès de l’établissement gestionnaire à la valeur liquidative (actif net de l’OPCVM / nombre de parts) qui suit la décision de vente, vous prémunit contre le risque d’illiquidité. Mais cet atout a un coût car les OPCVM facturent des droits de sortie oscillant entre 1,5 % et 2 %, et qui sont défalqués du montant de la cession. De même que le législateur a prévu des cas exceptionnels, où l’OPCVM peut suspendre momentanément le rachat de ses parts ou de ses actions quand certaines règles prudentielles ne sont plus respectées. En outre, contrairement aux instruments classiques, dans lesquels votre capital est connu au jour le jour, le montant que vous récupérerez en cas de rachat de votre investissement dans un OPCVM dépend de la valeur liquidative de celui-ci immédiatement postérieure à votre décision de sortie.
Calculé, en règle générale, le vendredi de chaque semaine, le déblocage de votre épargne est soumis à un aléa de marché d’une durée de quelques jours qui peut vous être aussi bien favorable que défavorable.

actions cotées : une liquidité assurée par le marché, mais attention au risque d’exécution sur les valeurs les moins liquides
Les actions cotées à la Bourse de Casablanca présentent généralement un risque d’illiquidité assez faible, mais une forte disparité existe entre les valeurs, selon leur niveau de flottant disponible (titres ne faisant pas partie de l’actionnariat stable) et le volume de transactions qu’elles enregistrent.
Plus aisé à mesurer, du fait des statistiques abondantes disponibles sur chaque valeur et, surtout, grâce à l’existence d’un marché organisé et fluide, le risque d’illiquidité est appréhendé sur le marché actions par le ratio de liquidité. Ce dernier rapporte, pour chaque société, la quantité échangée au cours d’une période donnée (annualisée) sur le nombre total de ses titres. Cet indicateur-clé est fourni dans les notes et bulletins hebdomadaires des sociétés de Bourse.
A fin 2004, son niveau sur 6 mois s’est situé entre 0,1 % et près de 16 % pour l’ensemble de la place casablancaise. Autant dire que, sur certaines sociétés telles Zellidja et Rebab Company, les transactions sont rares, alors que, sur d’autres, le niveau de rotation des actions est important. Ces dernières sont d’ailleurs cotées en continu, alors que les titres moins liquides sont cotés au fixing ou multifixing.
Aussi, si vous êtes vendeur d’actions au ratio de liquidité très faible, vous courez un risque d’exécution non négligeable car les actions peu liquides affichent des sauts relativement plus importants que le reste de la cote, entre les cours de transactions successives.
L’impact pour vous est que le prix d’exécution de votre ordre de vente peut être significativement inférieur à celui prévalant à l’émission de celui-ci. Ce qui risque d’écorner, in fine, la rentabilité attendue du titre.

bons du trésorà 6 mois : liquidité nulle pendant les trois premiers mois
Toujours dénommés «bons sur formule» (BSF) malgré leur dématérialisation, ces bons, qui ont remplacé les anciens emprunts nationaux, affichent un encours en net repli depuis plusieurs années, passant de 10 milliards de dirhams, à fin 1999, à un peu moins de 3 milliards de dirhams, à l’issue de l’année écoulée. Peu connus du public, ces titres sont disponibles auprès des trésoreries du Royaume, agences de Bank Al Maghrib et guichets de banque, au prix unitaire de 1 000 dirhams. Pour le premier trimestre 2005, le taux brut pratiqué est de 2,6 %. Celui-ci est calculé de façon trimestrielle sur la base du taux moyen pondéré des BTN à 26 semaines, émis par adjudication durant le trimestre précédent, auquel on rajoute une prime de 25 points de base. Une prime qui vient en compensation de la restriction à la négociabilité imposée, qui leur est consubstantielle. En effet, ne devenant liquides qu’à l’expiration de trois mois, ces titres se rangent dans la catégorie de faible liquidité.

obligations privées et titres de créances négociables : liquidité très variable d’un instrument à l’autre
Contrairement à d’autres pays au marché financier plus évolué, le compartiment marocain des TCN (titres de créances négociables) est assez hermétique aux particuliers, comme en témoigne la faiblesse des encours détenus par cette catégorie à fin 2004 (mis à part les BSF où ils s’accaparent 12,5 % de l’encours à fin 2004, ils sont faiblement présents sur les autres compartiments : 5,5 % en certificats de dépôts et à un niveau encore plus faible pour les billets de trésorerie). On est encore loin d’un pays comme la France, par exemple, où les avoirs en titres détenus par les ménages sont composés en moyenne de 17 % en obligations et où une fraction des obligations assimilables au Trésor est toujours réservée aux particuliers.
Ceci étant dit, la loi du 26 janvier 1995 a conféré aux particuliers le droit de soumissionner aux différentes émissions et ce, à travers les intermédiaires agréés que sont généralement les banques. De même qu’en instaurant un marché secondaire, la loi de mars 1996 visait à en améliorer la liquidité, condition incontournable pour en favoriser l’accès aux personnes physiques. En effet, pour ce qui est des bons du trésor, l’animation du marché, assurée par les intermédiaires en valeurs du Trésor (IVT), permet d’établir des fourchettes de prix, la plus serrée possible entre les prix à l’achat et à la vente, pour les trois compartiments : court, moyen et long terme.
A titre d’illustration, le volume des transactions (acquisitions et cessions) a atteint 728,3 milliards de dirhams à fin octobre 2004. Aussi, la liquidité peut-elle être qualifiée de moyenne sur la catégorie des bons du trésor négociables, quoique l’absence de contrats à terme sur ces titres empêche la réalisation d’arbitrages selon les anticipations de l’évolution de la courbe des taux.
De même que l’inexistence (comme en Europe ou aux Etats-Unis) de plate-formes électroniques de négociation obligataire, facilitant l’échange de ce genre de papier en regroupant les petits ordres afin d’augmenter la liquidité, entrave l’exploitation directe de l’immense potentiel de ce compartiment par les particuliers.
Quant aux autres TCN, à savoir les CD et les BSF ainsi que les obligations privées, leur liquidité dépend essentiellement de leur inscription à la Bourse de Casablanca.
Le cas échéant, l’existence d’une cotation sur le marché secondaire permet aux détenteurs de ces titres de céder aux conditions du marché. Ceux-ci se forment essentiellement à la base de l’évolution de la courbe des taux et de la qualité de crédit de l’émetteur.
Toutefois, la cotation n’est pas toujours le gage d’une forte liquidité. Certains emprunts particuliers, tel celui des obligations convertibles de la BMCI, lancé en 2000, peuvent demeurer longtemps absents des annales de négociations faute de prix proposés par les opérateurs ou d’intérêt manifesté par ceux-ci.
En pareilles circonstances, l’illiquidité du titre peut vous obliger à le garder jusqu’à sa maturité. Sachez aussi qu’à l’émission de certains titres de dette privée, les souscriptions sont souvent limitées aux investisseurs institutionnels et ce, pour faciliter la gestion de celles-ci par les organismes arrangeurs.

placements immobiliers : faible liquidité
Affichant des perspectives de rendement très intéressantes pour les particuliers (voir La vie éco du 22 octobre 2004), tout en procurant un effet positif de diversification des portefeuilles car faiblement corrélé aux marchés classiques actions et obligataires, le placement en immobilier ne présente pas moins un risque d’illiquidité assez élevé. Devant l’absence de marché organisé (comme à la Bourse), les transactions se font donc essentiellement de gré à gré. Ce qui génère souvent un délai de dénouement assez long et un coût d’opportunité que supporte en premier lieu le vendeur.
Aussi, avant d’investir en immobilier, sachez qu’à des fins de comparaison avec d’autres placements alternatifs, il est d’usage d’appliquer au rendement anticipé de cette catégorie d’actifs une décote d’illiquidité allant de 50 points de base à 1 %.

bons de caisse et dépôts à terme : illiquides sauf cas de force majeure, et lourdement taxés
Les comptes de dépôt à terme (DAT) sont une épargne à versement unique qui vous permet de faire fructifier votre capital. Les intérêts sont calculés et versés à l’expiration du délai de blocage pour un minimum de trois mois. Le taux applicable est variable selon la durée de blocage. Il oscille actuellement entre 2,5 % et 3 %. Les DAT ne sont en principe remboursés qu’à l’expiration du délai que vous avez fixé. En cas de besoin motivé, vous pouvez demander un déblocage partiel ou total mais moyennement une pénalité qui annihile généralement le faible taux servi à l’origine.
Quant aux bons de caisse, ils présentent une grande similitude avec les DAT (notamment en conditions de rémunération, d’horizon et de déblocage), sauf que leur détenteur n’est pas forcément un client de la banque, à laquelle il prête simplement à court terme. L’avantage, par rapport aux DAT, réside aussi dans la possibilité d’opter pour un bon anonyme. Mais cela ne suffit pas pour autant à rendre le titre liquide et facilement négociable, car il n’existe pas de marché réel pour ces bons.
Pour ces deux produits d’épargne, mieux vaut être prudent et prévoir avec précision l’horizon de ses besoins en liquidités pour ne pas avoir à les débloquer à des conditions désavantageuses.
Au demeurant, outre le marché action de la place casablancaise et certaines lignes des BTN, la liquidité des placements au Maroc, notamment ceux dont les particuliers ne sont pas exclus, est encore largement dissuasive par sa faiblesse, pour bon nombre d’investisseurs désireux de diversifier leur portefeuille par des produits non classiques.
La future loi sur la création des fonds commun de placements à risque (type d’OPCVM qui investit dans les sociétés non cotées) ainsi que le lancement des fonds communs de placement en immobilier (FCPI) devra faciliter l’accès aux particuliers pour des placements alternatifs intéressants, sans qu’ils soient exposés à un risque d’illiquidité exorbitant.

S’il est réjouissant de voir son capital rapporter une plus-value, il importe également de pouvoir réaliser cette dernière à tout moment, en cas de besoin urgent de liquidités.