Vos bijoux en or se sont appréciés de 40% en trois ans !

Les cours de l’or ont été multipliés par trois en sept ans.
Les bijoux en or achetés avant 2005 à  100 DH/g se vendent actuellement à  près
de 140 DH/g.
Pas de différence entre l’or jaune, blanc et rouge. 80% de l’or traité par
les bijoutiers provient du recyclage des bijoux.

L’or est redevenu un placement très rentable au cours des dernières années. En plus de sa qualité de valeur refuge, étant donné qu’il préserve les capitaux contre l’inflation et la perte de valeur en cas de crise, ce métal précieux a permis à  nombre d’investisseurs à  travers le monde (banques, fonds d’investissement, personnes physiques…) de réaliser des plus-values colossales. La raison est que le cours de l’or sur les marchés internationaux a connu une augmentation fulgurante en moins d’une décennie. De 280 dollars l’once (31,1 grammes) en janvier 2000, il est passé à  plus de 830 dollars aujourd’hui, soit une performance de près de 200% en sept ans.

Dans plusieurs pays, les investisseurs, qu’ils soient particuliers ou institutionnels, peuvent acheter et vendre de l’or sur des marchés organisés, dont la Bourse, ce qui leur a permis de profiter pleinement de cette tendance (voir encadré). Au Maroc, la seule forme que peut prendre un investissement dans l’or est l’achat et la revente de bijoux auprès des joailliers, ce qui est un peu pénalisant.
Malgré cette situation, des gains considérables peuvent être réalisés. Le prix du gramme d’or usiné a connu aussi une progression importante. Les bijoux achetés avant l’année 2005 peuvent aujourd’hui, à  la revente, laisser des marges non négligeables. Cela dit, pour pouvoir maximiser ses gains, il faut maà®triser plusieurs éléments nécessaires au choix des pièces et à  la négociation avec les bijoutiers.
Le prix à  l’achat a progressé de 70%, beaucoup plus qu’à  la vente

Le prix du gramme d’or travaillé se situait, avant l’année 2005, entre 90 et 110 DH pour les bijoux simples ou standard. Il est compris actuellement entre 160 et 180 DH, soit une progression de l’ordre de 70%. Cette hausse, moins importante que celle du cours de l’or sur les marchés internationaux, s’explique par le fait que plus de 80% de l’or utilisé dans la fabrication des bijoux provient de la «casse», c’est-à -dire des anciens bijoux, lesquels sont achetés par les joailliers à  des prix bien inférieurs aux cours mondiaux. En effet, constatant la flambée du cours de l’or, les particuliers se sont rués vers les bijoutiers pour vendre les pièces qu’ils détenaient, ce qui a amorti la hausse sur le marché local.

Pour la vente d’un bijou ancien, il ne faut pas espérer obtenir les 160 ou 180 DH le gramme. Le meilleur prix que l’on puisse obtenir est 140 DH le gramme. «Les joailliers appliquent toujours une décote de l’ordre de 30% pour le rachat des bijoux anciens qui seront refondus pour en fabriquer de nouveaux», explique Najib Sadouk, bijoutier à  Casablanca. En effet, le prix du gramme d’or travaillé se compose de trois éléments. Le premier est le prix de l’or brut qui se situe actuellement entre 135 et 140 DH le gramme. Le deuxième est le prix de la main-d’Å“uvre, incluant également la marge du joaillier, qui peut varier de 20 à  30 DH le gramme. Enfin, le troisième élément est le poinçonnage (autorisation de vente de l’administration des douanes), dont le coût est de 5 DH le gramme.

Ainsi, les bijoutiers ne proposent, pour l’achat des bijoux anciens, que le prix de l’or brut. Ils suppriment en effet le coût de la main-d’Å“uvre initiale et du poinçonnage car la fabrication d’un nouveau bijou donne lieu à  une nouvelle charge de travail et à  un nouveau contrôle de l’administration des douanes. Au prix de 140 DH le gramme, les personnes ayant acheté des bijoux à  100 DH le gramme, il y a quelques années, réalisent tout de même une plus-value de 40%.

En ce qui concerne les couleurs de l’or, il faut savoir que, pour les bijoux destinés à  la casse, il n’y a pas de différence entre l’or jaune, rouge et blanc en terme de prix. Or, les joailliers profitent souvent de l’ignorance des vendeurs pour tirer à  la baisse le prix de certaines pièces en avançant qu’elles n’ont plus la cote auprès du public. Il faut donc, si l’on vend un bijou en or, exiger le même prix, c’est-à -dire de 135 à  140 DH le gramme, quelle que soit la couleur de l’or. Les trois types d’or ont en effet le même nombre de carats (c’est l’or 18 carats qui est autorisé au Maroc). Seule la nature de l’alliage diffère et donne sa couleur à  l’or (alliage avec du cuivre, de l’argent…).

De manière générale, les bijoux qui laissent la marge la plus importante à  la vente sont ceux qui ne sont pas sertis de pierres et n’ont pas nécessité beaucoup de travail. Etant donné que le poids des pierres est défalqué de celui de la pièce (les bijoutiers ne rémunèrent que le poids en or) et que la main-d’Å“uvre n’est pas prise en compte, il vaut mieux acheter des bijoux standard si l’on est dans une logique de placement.

Le cours de l’or devrait continuer à  augmenter
Cela dit, il existe certaines pièces de collection, serties de vrais diamants ou de zircons, ou ayant nécessité un travail d’artiste qui peuvent être vendues aux joailliers à  un prix nettement supérieur à  celui du marché. Ces bijoux, vendus en l’état, ne seront pas valorisés de la même manière que ceux destinés à  la casse. Leur prix dépendra du design, de la qualité du travail, de la couleur de l’or, du nombre et de la valeur des pierres précieuses. Dans le cas de ces pièces qui ne seront pas refondues, il faut savoir que l’or jaune a plus de valeur que le rouge, ce dernier étant carrément en voie de disparition sur le marché. De même, les bijoux de style moderne ont beaucoup plus la cote auprès du public que les bijoux traditionnels. Les premiers constituent actuellement environ 70% du chiffre d’affaires du secteur.
Pour en revenir au cours de l’or, comment s’explique la flambée des cours durant les sept dernières années ? Trois facteurs majeurs justifient cette hausse. Le premier est d’ordre géopolitique. «La hausse du prix de l’or s’est accélérée après les attentats du 11 septembre 2002 aux Etats-Unis», indique un responsable à  la salle des marchés d’Attijariwafa bank. En effet, les événements du 11 septembre ont fortement contribué à  l’envolée des cours de l’or, tendance qui s’est poursuivie avec la succession des guerres impliquant les Etats-Unis en Afghanistan et en Irak. Cette tension internationale a poussé les investisseurs à  alléger leurs positions sur les marchés des actions et des devises pour se placer sur celui de l’or, compartiment jugé moins volatil en période trouble.

Le deuxième facteur est, lui, d’ordre économique et financier. Le dollar américain a fortement baissé ces dernières années suite à  l’importante progression de l’inflation aux Etats-Unis (aggravation du déficit budgétaire suite aux dépenses militaires). Cette situation a conduit les investisseurs, notamment les fonds d’investissement, à  se diversifier sur le marché des matières premières, et particulièrement celui de l’or, pour se couvrir contre le risque de poursuite de la baisse du dollar. En effet, l’or évolue généralement à  l’inverse de la devise américaine. Plus le dollar baisse, plus le métal jaune s’apprécie.
En 2007, la situation économique aux Etats-Unis n’a fait qu’empirer avec la crise des subprimes. Le billet vert a atteint son plus bas niveau face à  l’euro suite aux baisses successives des taux d’intérêt américains, ce qui a pleinement profité à  l’or.

Quant au troisième facteur, il est lié aux banques centrales, acteurs incontournables sur le marché de l’or. Les spéculations sur une diversification des réserves de la banque centrale chinoise ont fortement alimenté la hausse du cours de l’or. En effet, la banque centrale chinoise a accumulé des réserves colossales en 2006 (près de 1 000 milliards de dollars), au moment o๠ses avoirs en or s’élevaient à  1% seulement de ces réserves, contre une moyenne mondiale de 15% et environ 50% pour la France et les Etats-Unis. Les besoins en or de la Chine étaient donc de près de 7 000 tonnes pour atteindre la moyenne mondiale, un chiffre à  rapprocher de la production mondiale annuelle, qui est de l’ordre de 5 000 tonnes.

Pour les années à  venir, les professionnels estiment que le cours de l’or devrait poursuivre sa hausse. Le dollar continue d’être affaibli par un contexte économique difficile aux Etats-Unis, les tensions géopolitiques persistent dans plusieurs régions du monde et la demande sur l’or ne cesse d’augmenter de la part de tous les investisseurs face à  une production limitée. Le responsable d’Attijariwafa bank Capital Market affirme que si le cours de l’or franchit la barre des 850 dollars l’once, il devrait facilement atteindre le record de 1 000 dollars. Mesdames, prenez grand soin de vos bijoux !