Vos bijoux en or ont doublé de valeur en 5 ans !

Les pièces achetées à  100 DH le gramme en 2004 se vendent actuellement entre 170 DH et 200 DH.
A l’international, le cours est passé de 700 dollars l’once en octobre 2008 à  1 132 dollars actuellement.
Ce qu’il faut savoir quand vous revendez un bijou. Comment sont fixés les prix, les pièces à  éviter…

Jusqu’à 100% ! C’est la plus-value qu’il est possible d’empocher actuellement en revendant les bijoux en or achetés il y a 5 ans.
Qui dit mieux ? Seule la Bourse pourrait offrir un rendement similaire. Celle de Casablanca, dont l’indice de toutes les valeurs (Masi) a accumulé depuis fin 2004 un gain de 130%, est certes attrayante. Il reste qu’avec sa récente tendance à éroder ses bénéfices, l’investissement en actions risque de ne pas tenir, du moins à court terme. L’immobilier alors ? Oui mais la pierre, après avoir affiché des taux de croissance insolents, semble être en bien mauvaise passe. Disons-le, aussi bien la Bourse que la pierre restent des investissements appréciables à moyen et long terme, mais dans la conjoncture actuelle, dans une vision de court terme, l’or fait, tout simplement, mieux. La récente envolée des cours du métal jaune à l’international est d’ailleurs là pour le rappeler.
Il y a cinq ans, le cours de l’or sur le marché mondial était de 435 dollars l’once, mais le métal jaune a entamé ces dernières années une hausse continue que même la crise n’a pas affectée… bien au contraire. Après être redescendu à 700 dollars l’once au mois d’octobre 2008, il est reparti à la hausse pour franchir un record absolu de 1 131,85 dollars l’once le 14 novembre, soit une progression de plus de 60% en un an !

La demande sur les bijoux en or est dans une tendance baissière depuis quelques années au Maroc
Mais justifier l’achat de bijoux en or, qui demeure l’unique moyen d’investir dans ce métal au Maroc, par la seule évolution favorable des cours internationaux de ce métal serait un raccourci vite pris. Car le cours de ce minerai au Maroc évolue presque en vase clos, notamment en raison du fait que l’approvisionnement en matière première de l’industrie nationale de la bijouterie ne dépend que marginalement de l’importation et reste en grande partie lié au recyclage des bijoux. Cela fait que le marché local est doté d’une logique propre qui peut parfois paraître paradoxale.
La preuve, alors qu’à l’international la demande de l’or, sous toutes ses formes, augmente consécutivement à l’actuelle phase de hausse des prix, la demande marocaine de bijoux en or maintient une tendance baissière comme le relatent unanimement plusieurs bijoutiers, qu’ils soient établis dans les quartiers populaires ou qu’ils aient pignon sur rue dans les plus chics galeries commerciales.
Mis à part les considérations de baisse de pouvoir d’achat, ce paradoxe se justifie selon les commerçants par un changement des habitudes de consommation. En effet, par le passé, l’or connaissait une demande permanente provenant de femmes qui achetaient de l’or selon une tradition bien ancrée. A cela s’ajoutaient des périodes de grand rush observées lorsque les mariages se faisaient les plus fréquents ou à l’occasion du retour des MRE pour qui les gros bijoux en or façon
beldi constituaient une épargne sûre. Aujourd’hui, c’est l’achat plaisir qui prime, ce qui implique une demande bien plus épisodique. «On achète un bijou que l’on apprécie sans envisager d’en tirer un bénéfice financier à la revente», précise un bijoutier. Mais ceci n’empêche pas cela, l’investissement dans l’or reste très rémunérateur.
Toutefois, pour en maximiser le gain, il faut être initié à certains éléments, de l’organisation de cette filière, aux prix qui y sont actuellement pratiqués en passant par les types de bijoux sur lequels il faut miser et les astuces pour en tirer le meilleur prix …
Avant d’en venir à la revente de bijoux, intéressons-nous d’abord à leur achat.
Si le prix du gramme d’or travaillé tournait autour de 130 DH/g pour un bijou standard il y a 5 ans, il atteint actuellement 235 DH/g en moyenne, soit une progression de plus de 80%. On est loin de la croissance du métal jaune à l’international qui a atteint 160% en 5 ans.
Et ce décalage se comprend car, comme cité auparavant, la plus grande part de l’or utilisée pour la fabrication de bijoux provient du marché intérieur, plus spécifiquement, d’anciens bijoux revendus par leurs propriétaires pour être refondus (la casse). «A chaque fois qu’ils constatent  une flambée du cours de l’or sur les marchés internationaux, les particuliers se ruent vers les bijoutiers pour vendre les pièces qu’ils détiennent», raconte un bijoutier. Et étant donné que les privés continuent de détenir une grande quantité d’or à vendre, selon les connaisseurs du marché, l’approvisionnement devrait continuer à dépendre en plus grande partie de la «casse».   
A ce titre, certains professionnels estiment à tout juste 20% la part des besoins de l’industrie nationale de la bijouterie couverts actuellement par l’importation d’or brut. Et d’autres l’évaluent même à bien moins que cela.

Le prix à la revente des bijoux par les particuliers  est 30% moindre que le prix actuel à l’achat
C’est qu’il faut savoir c’est que n’importe qui ne peut pas importer de l’or. Selon l’article 99 de l’arrêté du ministre des finances du 9 octobre 1977, l’importation et l’exportation d’or sont strictement interdites sauf autorisation spéciale, ce qui n’est pas sans alimenter un trafic d’or parallèle (voir encadré).  
Quoi qu’il en soit, cela fait qu’au final le gramme d’or brut s’échange localement à un moindre prix qu’à l’international. Le cours actuel à l’étranger tourne autour de 208 DH/g contre 190 DH/g localement.
C’est justement ce dernier prix,à quelques dizaines de DH de différence, qui est actuellement offert aux particuliers souhaitant revendre leurs bijoux : 170 DH/g pour les bijoux réservés à la casse et jusqu’à 200 DH/g pour ceux destinés à être revendus en l’état.
Pour chaque type de pièce, la plus-value potentielle ressort donc entre 70% et 100% pour les propriétaires de bijoux en or achetés à 100 DH/g (prix observé à fin 2004).
Cela étant, les prix proposés aux particuliers vendeurs restent bien inférieurs aux prix d’achat (235 DH/g en moyenne actuellement).
Si l’usure explique en grande partie cette différence de prix dans le cas des bijoux destinés à la revente en l’état, il en est autrement pour ceux devant être refondus. Leur dévaluation est à lier à une décote qu’appliquent les bijoutiers systématiquement et qui est de l’ordre de 30% de la valeur à l’achat. Cette décote trouve sa justification dans la structure de prix de tout bijou en or.
En effet, le prix que vous payez pour l’achat d’un bijou englobe d’abord le coût de l’or brut (190 DH/g actuellement). Vient ensuite le prix de la main-d’œuvre, incluant la marge du bijoutier, qui peut aller jusqu’à 40 DH/g. Enfin, le troisième élément concerne le poinçonnage (autorisation de vente de l’administration des douanes) dont le coût est de 5 DH/g.
Pour la reprise d’une pièce de casse, les bijoutiers n’offrent donc que le prix de l’or brut. Ils suppriment tous les autres coûts, considérant que la fabrication de nouveaux bijoux donne lieu à une nouvelle charge de travail et à un nouveau contrôle des douanes.
Mais de cette base, les bijoutiers retranchent encore l’équivalent de 10% de la valeur du bijou. Cela en prévision de la dépréciation que subit généralement l’or refondu, notamment à cause des impuretés qu’il peut contenir.
A ce stade, il faut bien noter que pour les bijoux destinés à la casse, il n’y a pas de différence entre l’or jaune, rouge et blanc en termes de valeur marchande, car après tout, les trois types d’or ont le même nombre de carats (18 carats, le seul type d’or autorisé au Maroc). Seule la nature de l’alliage diffère et donne sa couleur à l’or. Pourtant, cela n’empêche pas certains bijoutiers de profiter de l’ignorance des particuliers pour leur racheter leurs bijoux à moindre prix. Il faut donc exiger la même valeur quelle que soit la couleur de vos bijoux.
De ce qui a été dit précédemment, il découle par ailleurs que si l’on est dès le départ dans une logique de revente ultérieure, il vaut mieux privilégier l’achat de bijoux rudimentaires. La raison en est que ces pièces n’incorporent pas ou peu de pierres précieuses et nécessitent généralement peu de main-d’œuvre. Deux éléments qui viennent habituellement alourdir le coût d’achat des bijoux élaborés alors que cette valeur ajoutée n’est pas valorisée lors de la revente. En effet, le poids des pierres est défalqué de celui du bijou (seul l’or brut est valorisé à la revente) et la main-d’œuvre n’est pas prise en compte.

Offre et demande se tournent vers le bijou moderne
Les bijoux sobres offrent par ailleurs l’avantage de ne pas se démoder, ce qui peut éventuellement les orienter vers la revente en l’état plutôt que vers la casse, permettant à leur propriétaire d’en retirer plus à la vente.
Il n’empêche, le marché marocain offre la possibilité d’investir dans des pièces de collection, serties de vrais diamants ou de zircons, ou ayant nécessité un travail d’artiste.
Les commerçants candidats à la reprise de ce type de bijoux, plus exclusifs, demeurent toutefois rares pour l’heure. Mais cela est appelé à changer. D’abord en raison de l’évolution des habitudes de consommation qui font que les bijoux de style moderne voient leur cote monter en flèche auprès du public.
Et preuve que l’offre se fait également de plus en plus moderne : sur l’ensemble des franchises en exercice au Maroc à fin 2008, on dénombrait 2% de franchises de bijoux, soit le même nombre que les franchises de café ou encore d’agences de location de voitures qu’on voit très nombreuses.     
Mais quelle que soit la direction prise par la filière nationale de la bijouterie, il demeure que les possibilités d’investissement dans l’or au Maroc restent très limitées. Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler que le Conseil Mondial de l’Or (World Gold Council) répertorie l’existence d’une quinzaine de véhicules de placement donnant la possibilité d’investir dans l’or. Ceux-ci sont inclus dans 5 catégories et ils portent sur les pièces et les petits lingots d’une part. Mais aussi la négociation du métal jaune en Bourse, les comptes, les certificats et les fonds de placement collectifs (FCP) qui y sont rattachés sans compter les produits structurés.
Plus organisés, ces instruments sont aussi plus prompts à profiter de la récente envolée des cours de l’or. Signalons à ce titre que cette tendance haussière peut être expliquée par 4 facteurs, selon les analystes d’Attijari Market Research.
Le premier a trait à la faiblesse du dollar. «On assiste depuis quelques mois à une baisse continue du dollar face aux principales devises», relatent les analystes. Ce repli traduit une tendance lourde qui s’étend sur plusieurs années et qui s’est accélérée avec la crise économique actuelle. Le dollar a en effet perdu près de 12% de sa valeur sur les 25 dernières années. La forte corrélation négative qui existe entre le billet vert et le métal jaune s’est renforcée tout au long des derniers mois de crise, en raison notamment de la hausse de l’aversion au risque sur les marchés financiers. L’or bénéficie ainsi de la faiblesse du dollar qui devrait se poursuivre encore durant les six prochains mois.
Le deuxième facteur est lié à la demande de couverture de la part des fonds d’investissement. «La reprise économique qu’on constate actuellement accroît les craintes inflationnistes engendrées par les importantes injections de liquidité effectuées par les banques centrales», décryptent les analystes d’Attijari. Historiquement, l’or a toujours été considéré comme un excellent actif de couverture contre l’inflation pour les fonds d’investissement, et réserve de pouvoir d’achat pour les ménages. Sur les deux derniers trimestres, la demande émanant des fonds d’investissement a été la plus importante. Et cela se comprend, car même si à court terme les pressions inflationnistes restent très minimes, le risque d’une accélération de l’inflation sera plus perceptible au fur et à mesure que les économies renoueront avec la croissance.   
Le troisième facteur concerne la politique de réserves de change des pays émergents. Ceux-ci ont, en effet, initié un mouvement de diversification de leurs avoirs au détriment du dollar. Avec la Chine en tête de file, ils ont opté pour des actifs tels que l’euro ou l’or afin de diversifier leurs réserves de changes qui ont atteint près de 4 500 milliards de dollars à juin 2009. La Chine a par exemple procédé à l’achat de 450 tonnes d’or au début du troisième trimestre 2009 et devrait continuer à s’approvisionner sur le marché international afin d’accroître ses réserves.
Le quatrième facteur, enfin, est rattaché à la réduction des quotas de vente des banques centrales. Ces dernières années, les plus grandes banques centrales avaient tendance à liquider leurs stocks. Le déclenchement de la crise  économique a poussé certaines d’entre elles à ralentir ce processus, et à réduire ainsi l’offre mondiale.
Avec tout cela, l’offre physique a enregistré une baisse structurelle à lier au déclin de la production minière mondiale, notamment la production de l’Afrique du Sud, deuxième producteur mondial, qui a été divisée par deux au cours de la dernière décennie à cause d’un renchérissement des coûts d’exploitation et de l’apparition de risques environnementaux liés à l’exploitation minière.
Mais cela ne dit pas si l’or en tant que placement continuera à tenir ses promesses. Même si elle n’est pas déterminante pour le cours local de l’or, l’évolution du prix à l’international demeure un bon indicateur. Et à ce titre, Attijari Market Research avance déjà que le seuil de 1 000 dollars l’once est à considérer comme un cours plancher pour le métal jaune durant l’année prochaine.