Voitures de collection : une passion qui peut rapporter gros

Une voiture n’est dite de collection que si elle a 25 années d’existence au minimum. En plus de l’à¢ge, les autres critères sont la rareté du modèle, son palmarès sportif et son appartenance historique.

Collectionner des voitures anciennes est considéré par beaucoup comme un hobby réservé aux riches. Car on a tendance à penser que le coût d’achat et d’entretien de ce type de voitures est très élevé. Dans la réalité, cette passion n’est pas aussi inaccessible que cela, les professionnels et amateurs contactés assurent qu’il existe bel et bien sur le marché marocain certaines opportunités à saisir avec un budget moyen. Un constat confirmé par les sites d’annonces spécialisés dans les ventes de voitures d’occasion. Sur l’un d’eux, une Mercedes 450 SLC automatique datant de 1975 est proposée à 150000 DH. Plus encore, une Peugeot 304 coupée cabriolet, modèle 1971, est mise en vente à 75000 DH et une Citroën 2 chevaux de 1968 est proposée à 70 000 DH. Quand on sait que ce type de voitures peut être revendu, quelques années plus tard, à des montants beaucoup plus élevés, cette passion devient non seulement accessible mais également rentable.

Il est vrai que les collectionneurs contactés parlent de passion avant toute chose, mais il s’agit en même temps d’un placement payant sur le long terme. Ils osent même comparer le marché des voitures anciennes à celui de l’immobilier. Alors que ce dernier peut traverser des cycles avec des périodes de tassement de la demande et de baisse des prix, les voitures de collection, elles, ne peuvent que prendre de la valeur à travers les années. Un collectionneur estime qu’une voiture acquise et restaurée peut au moins tripler sa valeur initiale en 10 ans.

Cela dit, une voiture ancienne ne peut voir son prix augmenter indéfiniment et ne peut changer de main fréquemment. Du fait de la rareté du modèle, de son appartenance historique à telle ou telle personnalité de renommée mondiale ou encore de son palmarès sportif, un collectionneur garde généralement le modèle concerné… jusqu’à ce qu’une autre opportunité apparaisse !

Les Marocains portés sur les allemandes

Les collectionneurs marocains ont une certaine préférence pour les voitures allemandes et spécialement les Mercedes. Au delà de sa noblesse, ses pièces de rechange sont largement disponibles et la main-d’œuvre spécialisée dans cette marque est particulièrement qualifiée et bon marché. Les véhicules d’époque de marque Volkswagen sont également demandés en raison de la robustesse de leur motorisation. Historiquement portés sur les voitures américaines de type Mustang, Cadillac…, les collectionneurs marocains optent de moins en moins pour ces marques. En cause, leur taille et le niveau élevé de leur consommation de carburant. Enfin, viennent les voitures françaises telles que la Renault 4 chevaux, la Citroën DS et traction ou les Peugeot 203 et 403. Elles restent demandées tant par les collectionneurs amateurs ou les grands du marché en vue de compléter leur collection.

Vu l’étroitesse du marché, il n’existe pas encore de chiffres officiels sur le nombre de voitures de collection au Maroc. Selon les estimations des connaisseurs, le Maroc devrait compter près de 300 voitures d’époque, toutes marques confondues. Mais d’abord, qu’entendons-nous par voiture de collection ? Rafik Lahlou, associé gérant de RM automobiles classiques, atelier de restauration des voitures d’époque, précise qu’un certain nombre de critères est universellement admis. Le premier critère à prendre en compte est l’âge de la voiture. Dès que celle-ci atteint 25 ans depuis sa date de mise en circulation, elle peut être qualifiée de voiture de collection. Mais ce n’est pas automatique. «Autrement, toutes les Mercedes 240D et 300D en circulation, pour ne citer que cet exemple, servant de grands taxis seront catégorisées comme voitures de collection», ironise M. Lahlou. A côté de l’âge, il y a d’autres conditions, à savoir le nombre d’exemplaires produits et vendus, l’appartenance historique de la voiture, sa participation à des événements (rallyes…) ou encore son référencement comme ayant influencé le design de l’automobile ou le génie mécanique. Pour résumer, une voiture est dite de collection surtout si elle a marqué son époque.

Cela dit, une voiture ancienne nécessite presque toujours des restaurations profondes après son achat, ou au mieux des réparations mécaniques, qu’elle soit importée de l’étranger ou acquise au Maroc. Par exemple, explique M. Lahlou, une voiture ayant coûté à l’achat 100 000 DH avait requis un budget de 80 000 DH pour sa restauration complète avant d’être cédée immédiatement après à 250 000 DH. Ce qui laisse un bénéfice net de quelque 70 000 DH et ce, après 2 ans, le temps qu’a nécessité la restauration complète de l’engin. Un collectionneur nous assure qu’une voiture anglaise achetée il y a dix ans à 20 000 DH, dans un état calamiteux, vaut actuellement 2MDH. En déduisant le coût de la restauration, des droits de douane… d’un montant de 300000 DH, la valeur de la voiture a augmenté de plus de 500%. Autre exemple que nous livre notre source, une Jaguar datant des années 60 pourrait être cédé aujourd’hui à 2,5 MDH, sachant qu’elle a été achetée à 50 000 DH et restaurée avec un budget de 350 000 DH, soit une plus-value possible de 600%.

Notons que la restauration d’une voiture de collection peut aller d’un simple coup de peinture au changement de la sellerie en passant par la reconfiguration du moteur. Tout dépend bien sûr de la nature du modèle et de la disponibilité des pièces. «Le coût de la restauration augmente nettement si telle ou telle pièce est importée des marchés européens ou américains», souligne Abdelmajid Alaoui, associé à RM automobiles. Idem pour la main-d’œuvre qualifiée qui constitue un gros obstacle. En tout cas, de par leur expérience, les deux associés estiment, grosso modo, que le coût de restauration d’une voiture d’époque peut démarrer de 30 000 DH s’il s’agit de la simple carrosserie pour une Austin mini, une VW coccinelle ou une Citroën 2 chevaux. Il peut atteindre 300 000 DH, voire plus si le collectionneur fait appel au constructeur même de la voiture.

Pas de vignette pour les voitures d’époque

Le marché des voitures de collection n’en est qu’à ses balbutiements au Maroc. D’ailleurs, les prix de revente sont fixés un peu arbitrairement, en essayant de coller tant bien que mal aux marchés étrangers. Les transactions se font au compte-goutte et de gré à gré entre particuliers. A l’heure actuelle, il n’existe pas de ventes aux enchères, encore moins de statistiques officielles sur le nombre de voitures d’époque importées ou en circulation. Et c’est dans un but de mettre de l’ordre dans ce marché qu’une fédération a été créée, appelée Fédération royale marocaine des véhicules d’époque (voir encadré).

L’une de ses missions est d’apporter son aide au particulier dans ses rapports avec l’Administration des douanes en cas d’importation d’une voiture de collection pour déterminer les droits de douane correspondants. Dans ce sens, il est demandé au propriétaire de remettre à la fédération un ensemble de documents (photos du véhicule, carte grise, CIN du propriétaire, attestation de visite technique…) sur la base desquels une commission technique se réunit pour étudier son dossier dans un délai allant de 1 à 3 semaines. Suite à cela, la fédération établit une attestation de classification qui, une fois adressée aux services des douanes, permet le dédouanement du véhicule. Plus que cela, c’est sur la base dudit dossier que la fédération décide si la voiture concernée est considérée de collection ou non. Si elle l’est réellement, cela devra obligatoirement être inscrit sur la carte grise. Ce qui exonère le propriétaire du paiement de la vignette… Un argument de plus pour se lancer dans sa propre collection.