Une correction serait salutaire

L’été boursier a été très chaud. Qu’est-ce qui justifie, selon vous, la forte hausse qu’a connue le marché ?
Historiquement, le marché fait preuve d’une grande vivacité en période estivale. Les opérateurs anticipent sur la publication des résultats semestriels prévus au plus tard fin septembre.
Il faut aussi souligner que la place regorge de liquidités. La tension à la hausse sur les taux et le spectre de l’inflation mettent à mal les placements obligataires du moins à court terme. L’engouement des investisseurs, par ailleurs, pour les opérations d’IPO comme la Lydec ou Dari couspâte est la preuve tangible que l’investissement en actions demeure particulièrement plébiscité.

Quelles sont les valeurs qui ont tiré le marché à la hausse ? Et pour quelles raisons ?
Dans une configuration de marché globalement haussier, les grandes capitalisations ( telles que l’ONA, ATW, BMCE) ont tendance à devancer les autres valeurs en raison de leurs référentiels mais aussi de leur niveau de liquidité relativement élevé.
Cependant, d’un point de vue fondamental, la conjoncture macro- économique ne prête guère à une envolée des cours.
L’événement majeur qui a marqué ces dernières semaines (hausse du baril) devrait avoir des effets contrastés sur les sociétés cotées. Si la hausse du prix du baril devrait jouer en faveur de la Samir (amélioration de la marge de raffinage), elle devrait handicaper la croissance d’autres sociétés qui peinent à répercuter la hausse des matières premières sur leurs clients finaux.

Vous étiez l’un des premiers à tirer la sonnette d’alarme estimant que le marché avait atteint des niveaux de valorisation élevés. Quel est selon vous le niveau correct du marché ?
Nous constatons qu’en absolu, les cours de la majorité des valeurs qui jouissent de fondamentaux solides se rapprochent de leurs maxima historiques.
En termes relatifs (comme le démontre le graphe du P/B glissant), le marché est de loin inférieur aux niveaux de valorisation atteints en 1998 et ce malgré le vaste mouvement d’assainissement opéré par plusieurs valeurs de la cote.
Nous avons préconisé deux méthodes de valorisation du marché : P/E (price earning ratio) vs ROE (rentabilité) et DY (rendement du dividende) vs Pay Out (taux de distribution). Ces méthodes nous permettent d’aboutir à une capitalisation objective en fin d’année de 211 milliards de dirhams, soit un potentiel de baisse de 8%.
Autrement dit, l’indice Masi devrait terminer l’année sur une performance de l’ordre de 3% selon nos estimations. Maintenant la dynamique de l’offre et de la demande pourrait en décider autrement et impacter différemment l’évolution des indices.

Quelle stratégie adopter dans ces conditions ?
Si généralement un investissement en actions est conseillé pour le long terme, la volatilité du marché pourrait être source de plus value à court terme. Dans ce cas, un suivi direct de l’évolution du marché et une connaissance des techniques de négociation est fortement conseillée.
Cependant, nous conseillons aux investisseurs ayant un horizon de placement moyen long terme (bon père de famille) de réaliser les gains sur certaines valeurs et d’anticiper sur un renversement du marché pour la reconstitution de leurs portefeuilles.

Abdelaziz Lahlou Analyste financier sénior, Attijari Intermédiation