Un particulier peut-il acheter directement des bons du Trésor ?

Une personne physique peut acheter directement des bons du Trésor, mais seulement sur le marché secondaire. Pour cela, il faut ouvrir un compte titre auprès d’un intermédiaire habilité. Peu de particuliers le font en raison de la valeur nominale élevée des bons du Trésor.

Il y a une vingtaine d’années, les pouvoirs publics faisaient passer des messages publicitaires à la télé pour encourager les épargnants à investir dans les bons du Trésor. A l’époque, les taux de rendement de ces instruments de placement étaient très attractifs (supérieurs à 10%) et on n’hésitait pas à les faire miroiter au grand public qui pouvait souscrire directement à ces titres en passant par le réseau bancaire. Et on peut dire que ça marchait. Aujourd’hui, on ne s’adresse plus directement aux pariculiers. Ces particuliers investissent toujours dans les titres d’emprunt de l’Etat, mais d’une façon indirecte. Et pour cause, l’apparition des Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) qui ont rendu plus accessible et moins contraignant le placement dans ces produits, ainsi que l’institutionnalisation de la place financière avec une épargne désormais collectée et gérée par les compagnies d’assurance et caisses de retraite qui se sont substituées aux personnes physiques dans l’investissement en bons du Trésor.

Cela dit, est-il toujours possible pour un particulier d’acheter directement des bons du Trésor, sans confier son argent à un OPCVM ou un institutionnel ? Et si c’est possible, comment faire et par quel circuit doit-on passer ?
En fait, un particulier a toujours la possibilité d’acquérir lui-même les titres émis par le Trésor, mais seulement sur le marché secondaire, c’est-à-dire les titres déjà émis et qui s’échangent entre investisseurs. Autrement dit, pendant les séances d’adjudication qui se déroulent chaque mardi, seuls les établissements admis à présenter des soumissions ainsi que les Intermédiaires en valeurs du Trésor (IVT) agréés par le ministère des finances et Bank Al-Maghrib ont le droit d’acquérir les bons émis. Si les établissements habilités à soumissionner sont nombreux (toutes les banques commerciales et certaines banques d’affaires de la place qui le font pour leur propre compte), les IVT qui peuvent souscrire pour le compte de leur clientèle sont  au nombre de six : la CDG , la BCP, BMCE bank, MediaFinance, Attijariwafa Bank et la BMCI. Ces derniers ont l’obligation de signer tout d’abord une convention avec le Trésor selon laquelle ils s’engagent à contribuer régulièrement aux adjudications en souscrivant pour au moins 10% des titres émis et ce, dans chaque catégorie d’échéances (court, moyen et long terme).

Par contre, au niveau du marché secondaire, un client personne physique souhaitant détenir une valeur du Trésor a la possibilité de contacter directement un IVT pour l’obtenir. La transaction se déroule exactement comme pour les actions en Bourse. Aucune limite à l’achat ni à la vente n’est imposée. Une seule condition doit être remplie : celle d’avoir ouvert au préalable un compte espèces et un compte titres auprès de l’IVT de son choix. Notons que le dénouement de la transaction (réception des titres et livraison de l’espèce) s’effectue au niveau de Maroclear et dans une durée de deux jours suivant l’opération…

Mais encore faut-il que les liquidités soient disponibles, car la valeur nominale d’un bon du Trésor est de 100 000 DH. Il faut dire que le niveau de prix élevé de ces titres est contraignant pour les investisseurs particuliers. Juste à titre d’illustration, un seul bon du trésor équivaut à une centaine d’actions cotées sur le marché boursier. Sachant que les crédits bancaires alloués à ce type d’opérations sont désormais interdits, les souscriptions directes ne sont pas nombreuses pour ce type de placement malgré le niveau de rendement intéressant offert et le risque limité.

En effet, avec un rendement moyen supérieur à 3,5% pour les bons de courte maturité (de 13 semaines à 2 ans) et qui peut aller à 4,5% pour les bons à moyen et long terme, ces titres sont actuellement largement plus intéressants que les actions qui, elles, ont perdu en moyenne près de 10% sur les huit premiers de cette année, sachant qu’elles ont baissé même en 2011. Seulement, bien qu’attractif en terme du couple risque/rendement, ce placement plébiscité par les investisseurs en raison du prix élevé des titres et de professionnels qui ne recommandent pas automatiquement ce placement aux investisseurs particuliers, sauf si en passe par les OPCVM Ainsi, ce sont surtout ces OPCVM ainsi que les institutionnels dont les compagnies d’assurances et les organismes de retraite qui investissent massivement dans la dette publique, entre autres du fait de l’obligation légale de placer l’épargne du grand public dans des titres de l’Etat qui présentent quasi nul. Par conséquent, les bons du Trésor présentent certes une réelle opportunité de placement direct, mais comme le ticket d’entrée est élevé pour les investisseurs particuliers, ces derniers préfèrent se diriger vers les placements indirects, à savoir les OPCVM obligataires et monétaires qui peuvent ne pas rapporter le même niveau de rendement.

Notons un bémol toutefois, la fiscalité des bons du Trésor est plus contraignante. En effet, la plus-value sur les bons de Trésor est assujettie à impôt de 20% et le produit des rendements en intérêts est taxé à 30%, alors qu’en investissant indirectement à travers les OPCVM, on supporte 20% tout au plus.