Un lundi noir pour les places financières mondiales !

En une journée, les bourses ont perdu entre 4,7% en Allemagne et 8,5% à  Shanghai. Principale raison: la décélération de la croissance de l’économie chinoise.

Toutes les places financières du monde sont en chute et pas qu’au Maroc. Mais dans les autres pays, la baisse est nettement plus forte, et elle est due à des raisons différentes et beaucoup plus profondes. A l’issue de la journée du 24 août, la Bourse de Shanghaï a perdu 8,5%, soit une chute de plus de 30% depuis la mi-juin et 3 000 milliards de dollars qui se sont évaporés. Par un effet domino, les autres bourses ont également souffert avec un repli de 4,6% à Tokyo à l’issue de la même journée. En France, l’indice a chuté de 5,4% contre 4,7% en Allemagne et à Londres. Aux Etats-Unis, la situation n’est guère meilleure, le Dow Jones a plongé de 5,75%.

Le déclencheur de ce séisme boursier est bien la Chine. Il aura fallu un seul (et dernier) signal pour que la confiance des ménages finisse par s’effondrer et, de facto, la place financière chinoise. Il s’agit du retrait enregistré par l’indice de production manufacturière, principal indicateur de la santé de l’économie chinoise. Selon des estimations, le PMI devrait s’établir à fin août à 47,1 points, signant sa plus faible performance depuis mars 2009, sachant qu’il s’était replié à 47,8 points un mois auparavant. Cet indice confirme une baisse d’activité lorsqu’il passe sous le seuil de 50 points. D’ailleurs, la croissance économique de la deuxième puissance économique mondiale serait, selon des économistes, moindre que prévue. Elle devrait s’établir cette année à 6% au lieu des 8% attendus, soit la plus faible en 25 ans, alors que le pays a habitué tout le monde à des taux de croissance à deux chiffres, gravitant autour de 10%. A côté de cela, la consommation des ménages a accusé le coup au même titre que sa balance commerciale avec des exportations en berne (-8% à fin juillet).

Dans ces conditions, les investisseurs se sont rendu compte que l’économie chinoise se porte mal et que l’emballement qu’elle avait affiché sur une année glissante à partir de juin 2014, où l’indice avait explosé de 150%, n’avait aucune base fondamentale. Finalement, ils ont compris que les titres sur lesquels ils avaient misé valaient plus que leur valeur réelle et se sont donc massivement retirés de la place, en commençant d’abord par vendre leurs actifs les plus risqués.

Ce qui a aggravé la situation, c’est bien le nombre de personnes physiques qui placent leur épargne en bourse. Le marché financier chinois est connu pour être parmi les rares marchés mondiaux qui soient dynamisés davantage par les particuliers que par les investisseurs institutionnels. Si l’on ne prend que la classe moyenne, plus de 200 millions de personnes misent la moitié de leur épargne en bourse en vue de financer aussi bien les frais d’éducation, de santé que la retraite; l’autre moitié étant investie dans l’immobilier.

Par effet de contagion, la dépression boursière a gagné les matières premières, à commencer par le cuivre, considéré comme un baromètre de la demande mondiale. A la fin de la séance du 24 août, il a accusé un retrait de 20,7% depuis début janvier. Les prix du pétrole ont, à leur tour, été emportés. Le brut américain est passé sous la barre des 40 dollars. Cette situation n’est pas sans effet sur les places financières des autres pays, surtout les économies du Japon jusqu’à l’Indonésie qui dépendent largement de la Chine pour leurs exportations. Les pays producteurs des matières premières comme l’Amérique latine, la Russie, le Moyen-Orient et l’Afrique ont également été touchés. Suite à cela, ce sont les places boursières des pays développés qui ont été concernées par cette chute brutale de la Bourse chinoise. En plus du canal économique concernant le ralentissement des exportations vers la Chine, plusieurs sociétés européennes et américaines sont installées dans ce pays et risquent d’être en difficulté si le gouvernement ne prend pas les mesures nécessaires pour pallier cette situation. Cela sans évoquer les nombreux fonds de pension étrangers qui investissent en Chine ou encore les investisseurs, tous types confondus, qui ont choisi ce marché pour placer leur épargne.

Le gouvernement a déjà mis en place certaines mesures en vue d’arrêter sinon de limiter cette hémorragie. Il a premièrement jugé utile de dévaluer sa monnaie nationale. Il en est à sa 4e dévaluation depuis début août. Actuellement, le yuan vaut 6,33 dollars alors qu’au début de l’année, il était à 6,21. Le but étant de se repositionner sur la scène mondiale, de redevenir compétitif et de redynamiser les exportations. En plus de la dévaluation de la monnaie, il a permis au fonds de pension étatique d’investir dans le marché boursier à hauteur de 30% de ses actifs alors qu’il n’était autorisé à investir que dans les bons du Trésor. En outre, la Banque centrale devrait bientôt abaisser le ratio des réserves obligatoires imposé aux banques de 50 points de base. Ce qui devrait permettre de libérer sur le marché plus de 90 milliards d’euros. Reste à savoir si ces mesures auront un impact assez fort pour sauver l’économie chinoise et, partant, son marché financier, de sa chute.