Un avant-goût de résultats annuels en stagnation

Les mines et sociétés de financement tireront la croissance vers
le bas.
Le BTP, qui affichait de bonnes perspectives en début d’année, fait aujourd’hui grise mine.
La bonne surprise viendra du secteur agroalimentaire.
Les «Small caps» seront neutres.

Au compte-gouttes ! Les sociétés cotées maintiennent le suspens jusqu’au bout. À huit jours du délai officiel pour la publication des résultats semestriels 2004, les investisseurs restent sur leur faim. Au mercredi 22 septembre, une seule entreprise avait rendu publics ses états de synthèse et moins d’une dizaine avaient publié des communiqués dans la presse ou organisé des conférences de presse pour annoncer leurs réalisations semestrielles.
Une situation qui inquiète les différents intervenants qui restent dans l’expectative. L’activité du marché en a été légèrement impactée et les analystes cachent à peine leur scepticisme. Mais du côté du CDVM (Conseil déontologique des valeurs mobilières) on reste plutôt serein. Le retard serait dû davantage aux nouvelles exigences en matière de publication qu’à une volonté de retarder l’annonce de résultats peu réjouissants. En effet, alors que les émetteurs n’étaient obligés de diffuser que le chiffre d’affaires des trois derniers semestres, ils devront désormais publier une situation provisoire du compte de produits et charges, vérifiée par les commissaires aux comptes. On comprend facilement qu’avec le départ en vacances des dirigeants et commissaires aux comptes durant le mois d’août, la difficulté de réunir tous les administrateurs et d’organiser les conseils d’administration, le temps est court.
Quoi qu’il en soit, il ne reste qu’une petite semaine aux sociétés pour se conformer à la règle. Une règle qui a été élargie cette année, rappelons-le, à d’autres catégories d’émetteurs et qui concerne désormais toutes les personnes morales ou organismes faisant appel public à l’épargne.
Cela dit, à quoi ressembleront les résultats 2004 ?
Les analystes pensent qu’ils seront «très très justes». On ne s’attend pas en réalité à une forte croissance par rapport au premier semestre 2003. Grosso modo, le marché sera tiré vers le bas par les sociétés de BTP, les mines, le crédit à la consommation et les banques.
Par contre, la bonne surprise peut venir du secteur agroalimentaire. Déjà, les premiers chiffres qui ont filtré augurent d’un bon cru.
Lesieur Cristal affiche ainsi des résultats très satisfaisants. Le chiffre d’affaires marque un bond de 18 % à 1,86 milliard de dirhams, grâce notamment au développement de l’activité huile d’olive aussi bien sur le marché local qu’à l’export. Il faut dire qu’une bonne campagne oléicole constituait une sorte de menace pour Lesieur puisqu’elle induit une substitution de la consommation de l’huile de table par l’huile d’olive. Et ce fut le cas en 2003.
Le résultat d’exploitation de la société s’est élevé à 112,3 millions de dirhams, en hausse de 36 %. Cela s’explique par la hausse des taux de marge sous l’effet de la maîtrise des achats et des réajustements des prix de vente, font savoir les responsables de Lesieur. La distribution de dividende exceptionnel en 2003 a ramené le résultat financier à 28 MDH seulement, en recul de 16 %. In fine, le résultat net s’est établi à 100,4 millions de dirhams, soit 21 % de plus qu’en juin 2003.
Centrale Laitière a, pour sa part, amélioré ses ventes de 13 % globalement. A 1,685 milliard de dirhams, elles ont été tirées principalement par les dérivés laitiers (+18%), conséquence logique des nombreuses innovations introduites sur le marché.
Mais le bon comportement des ventes a été atténué par le renchérissement du cours de l’euro et l’augmentation des prix de certaines matières premières et consommables. A l’impact négatif de ces éléments sur les comptes de Centrale laitière s’ajoute la baisse du résultat financier. Le recul est dû à la fois à la baisse des taux de placement et à la distribution de dividendes exceptionnels en 2003. Conséquence : le résultat net ne progresse que de 6 %, à 167 millions de dirhams, en ligne avec l’évolution du résultat d’exploitation (+5,5%, à 217 MDH).
Mais si les comptes semestriels affichent au moins cette amélioration, ceux qui sont prévus à la fin de l’année ne devraient pas compter sur un résultat d’exploitation des meilleurs. Les responsables de la Centrale laitière estiment que la tendance haussière des prix de certaines matières premières et consommables par rapport à 2003 devrait se maintenir. Ils annoncent, en filigrane, que le résultat d’exploitation à fin 2004 se situerait au même niveau qu’en 2003.
Cosumar a pour sa part amélioré son chiffre d’affaires de 4,7 % par rapport au premier semestre 2003, profitant d’une campagne betteravière satisfaisante dans le périmètre des Doukkala. A 1,67 milliard de dirhams, le chiffre d’affaires progresse grâce à l’accroissement des tonnages écoulés, les prix de vente n’ayant pas bougé. Quant au résultat d’exploitation, il s’établit à 237 millions de dirhams (+7,9%), bénéficiant notamment de l’amélioration de la productivité et de la suppression de la TIC sur le fuel. La marge opérationnelle s’est donc établie à 14,2 %.
A 138 millions de dirhams contre 131 millions au terme du premier semestre 2003, le résultat net s’adjuge une hausse de 5 %. Le différentiel de croissance s’explique par l’incidence de la variation des reprises de provisions sur l’Impôt sur les sociétés.
Si les autres sociétés cotées du secteur devraient, en principe, annoncer des chiffres tout aussi encourageants, ce n’est pas le cas des cimentiers et autres sociétés du BTP. Sonasid est de celles-là. Paradoxalement, son chiffre d’affaires affiche une progression de 22,9 % à 2 milliards de dirhams. Ses ventes de ronds à béton et de fils machine augmentent de 11 %, soit deux fois la moyenne mondiale. La croissance de la consommation nationale d’acier et de ciment a été, elle, de 8 % environ.
Mais la progression du résultat d’exploitation (10,6 % à 423 MDH) a été moins rapide que celle du chiffre d’affaires. Notons que le premier semestre 2004 s’est caractérisé par la flambée des prix des matières premières et le renchérissement du coût du fret. La marge opérationnelle de Sonasid a, de ce fait, baissé de 2,3 points, passant de 23,5 % à 21,2 % d’un semestre à l’autre.
La hausse du résultat courant a été encore moins prononcée. Elle n’a été que de 6,9 % tirée par la baisse du résultat financier (-37,4 %) sous l’effet des pertes de change sur la partie non couverte des achats de billettes. Les provisions réglementées et de provisions pour risques et charges constatées se sont occupées du reste. Le résultat net ressort finalement à 196 millions de dirhams, en recul de 22,5 %.
Les banques, elles aussi, ne devraient pas enregistrer des résultats notables, estiment les analystes. Pour l’instant, seules les données concernant la BMCE sont publiques.
Les comptes semestriels de BMCE Bank font ressortir une amélioration de tous les indicateurs d’activité. Le résultat net agrégé progresse de 18 % à 288,7 millions de dirhams et le PNB de 8,7 %. Mais le résultat brut d’exploitation augmente de 4 % seulement. Expliquant ce faible taux, les responsables de BMCE Bank citent l’augmentation des charges générales d’exploitation (+15,7%) due notamment à la conduite de plusieurs projets structurants et le recul du résultat des opérations sur immobilisations financières, après constitution de dotations aux provisions sur titres.
Elément important à souligner : la BMCE a consenti un effort de provisionnement moindre par rapport aux deux dernières années. Les dotations nettes aux provisions ont baissé de 12,1 % en effet.
BMCE Bank, qui a par ailleurs été choisie comme «la banque de l’année 2004 au Maroc» par le magazine du groupe Financial Times, The Banker, a été particulièrement agressive sur le marché des particuliers. Elle a augmenté ses parts de marché dépôts de 2 points, les ramenant à 16,4 %. Ces dépôts ont progressé de 25,2 % alors que les crédits n’ont enregistré qu’une légère hausse de 1,7 %

Les analystes pensent que les résultats semestriels 2004 seront «très très justes». On ne s’attend pas en réalité à une forte croissance par rapport au premier semestre 2003.

Plus contraignantes, les nouvelles règles du CDVM ont retardé la publication des résultats semestriels. Au mercredi 22 septembre, seule BMCE-Bank avait rendu publics ses états de synthèse.