Tirer parti sans risques des avantages du crédit revolving

Lancé en 1998, il atteignait, en 2003, un stock de cartes (non privatives) de 15 000 unités, un taux d’équipement insignifiant de la clientèle potentielle.
Un travail exceptionnel de promotion et de pédagogie est à faire pour développer ce marché, sur lequel Salafin a pris une longueur d’avance.

Lancé au Maroc pour la première fois en 1998, le crédit revolving a du mal à prendre auprès des consommateurs marocains. Contrairement à d’autres pays où cette formule domine depuis longtemps le marché du crédit à la consommation, le marché marocain demeure très attaché aux crédits classiques dits amortissables. Un choix qui est moins motivé par une quelconque rationalité du consommateur que par la complexité (relative à vrai dire) du produit et la faiblesse de sa notoriété. Mais de quoi s’agit-il au juste ?
Appelé aussi «crédit permanent», «crédit reconstituable», «crédit renouvelable» ou «réserve d’argent», le crédit revolving est indépendant de votre compte-chèques et constitue une forme particulière de crédit à la consommation.

Un contrat d’une année renouvelable par tacite reconduction
Non affecté à l’achat d’un produit ou service déterminé, il offre une grande souplesse d’utilisation et présente l’avantage de la simplicité (fin des formalités répétitives à chaque besoin d’argent et des frais que cela implique) et de la sécurité (automatisation et enregistrement au rythme des remboursements mensuels).
Le crédit revolving peut se pratiquer sous deux formes différentes :
– La ligne de crédit, qui s’apparente à une autorisation de découvert renouvelable, liée à votre compte bancaire. Vous puisez dans la réserve de trésorerie qui vous est consentie, soit par chèque, soit par virement ;
– La carte de crédit. Dans ce cas, le revolving est couplé avec une carte bancaire ou une carte d’achat privative émise par certains grands magasins.

La réserve disponible atteint 2 à 3 fois le revenu mensuel du bénéficiaire
Quelle que soit sa forme, le crédit revolving met à votre disposition, sur votre compte et de façon permanente, une somme d’argent que vous pouvez dépenser à votre rythme, pour des montants variables et pour les achats de votre choix. La durée du contrat est généralement limitée à un an mais renouvelée par tacite reconduction. Le plafond de cette «réserve» est fonction de vos revenus et de vos relations avec votre banque ou société de crédit. Il est généralement compris entre 2 et 3 fois votre revenu net mensuel mais, pour pousser les feux de sa commercialisation encore balbutiante au Maroc, certains établissements tolèrent un plafond nettement plus élevé.
Quant à la reconstitution de votre réserve, elle se fait au fur et à mesure de vos remboursements mensuels, qui se font à votre rythme, mais en respectant généralement un minimum mensuel qui est, dans la plupart des cas, fonction de la ligne qui vous est accordée : de 5 % à 10 %. Comme pour le crédit amortissable, les mensualités comportent une part en remboursement du capital emprunté et une autre pour les intérêts sur les utilisations effectives. Par ailleurs, la souscription d’une assurance décès et invalidité est généralement requise comme garantie et constitue des frais additionnels à l’instar de ce qui se fait pour le crédit de consommation classique.
Contrairement aux crédits amortissables classiques, les taux de souscription à un revolving ne sont pas garantis. Sur ce point, l’information sur l’évolution des taux n’est pas toujours bien annoncée (comme c’est le cas pour les crédits immobiliers à taux variable au Maroc). Pour que les hausses soient indolores, l’établissement de crédit peut maintenir inchangées vos mensualités mais la durée du crédit augmentera et, par ricochet, son coût final aussi.
Aussi, la vigilance est-elle de mise car la souplesse de ce crédit peut rapidement se transformer en dérapage. En Europe, le crédit revolving est la principale cause du surendettement.
D’ailleurs, pour protéger davantage les consommateurs, la France a imposé depuis le 1er février 2004 à l’établissement de crédit, lors de la reconduction du contrat portant sur l’ouverture d’un crédit, d’informer l’emprunteur de toute évolution. Ce dernier peut s’opposer aux modifications proposées dans un délai de 20 jours avant leur application.

Le contrat peut être dénoncé sans pénalités
Le consommateur marocain n’a pas encore ce niveau de protection mais les conditions générales des crédits revolving (dont la tacite reconduction est un principe général) prévoient habituellement la possibilité de dénoncer le contrat sans pénalités. Le solde restant dû est alors transformé en prêt à taux fixe, la réserve d’argent n’étant alors plus disponible.
Par ailleurs, si la loi marocaine n’est pas encore aussi protectrice pour le consommateur, cela n’a pas empêché les émetteurs locaux de cartes de crédit revolving de fournir une information de qualité appréciable à leurs clients, à qui ils communiquent un relevé de compte mensuel détaillé indiquant le solde dû, les intérêts calculés sans date de valeur, les utilisations (achats et retraits) et remboursements effectués et le capital disponible. Aussi, les précurseurs de ce type de crédit, au Maroc, parmi les sociétés de crédit à la consommation, se sont-ils évertués, ces dernières années, à débarrasser le revolving de son image de produit élitiste pour en faire un véritable produit de masse.
Mais, malgré l’appui des réseaux tentaculaires de leurs maisons-mères respectives, le taux de pénétration et les encours de crédit sont demeurés assez modestes. A fin 2003, le stock des cartes de crédit revolving (à l’exclusion des cartes privatives) ne dépassait guère, selon les estimations des observateurs, 15 000 unités. Ce qui correspond à un taux d’équipement de la clientèle potentielle (composée théoriquement de celle de la banque qui co-brande la carte de la société de crédit) quasi insignifiant.
Selon les spécialistes contactés par nos soins, le développement du marché du crédit revolving demeure à ce jour tributaire, dans un premier temps, d’un travail exceptionnel de promotion, voire de pédagogie, dont devront s’acquitter inlassablement les émetteurs des cartes. Sur ce registre, Salafin a déjà pris une longueur d’avance en réussissant, dès 2002, à orchestrer une grande opération promotionnelle ayant pour thème la précédente Coupe du monde. Le succès de cette action, qui avait pour but de faire découvrir la carte Oxygen au plus grand nombre de Marocains (avec un jeu dont les cinq cents gagnants ont obtenu une carte dotée de 10 000 DH), lui a valu le prix de meilleure campagne promotionnelle au Maroc en 2002.
Ensuite, il sera impératif de mettre en place des canaux de distribution (et de prescription) efficaces, dont les enseignes de la distribution moderne sont le fer de lance. En clair, pour devenir un produit de masse, le crédit revolving doit s’associer dans la perception du consommateur marocain à des produits plus familiers (technique appelée communément, dans le jargon marketing, le cross-selling). D’où la vente massive, dans un premier temps, des cartes privatives, multi-enseignes de préférence, afin de vulgariser le concept du revolving, tout en l’agrémentant d’avantages attractifs dans les magasins adhérents au réseau, tels des rabais sur les achats ou un service personnalisé. Ensuite, une fois que ce cheval de Troie sera en place, les établissements financiers pourront se lancer dans l’équipement à grande échelle de la clientèle potentielle par les cartes de crédit revolving utilisables d’abord dans leurs propres guichets bancaires ou ceux des réseaux partenaires (quand l’émetteur est un établissement de crédit non bancaire).
Et c’est exactement la voie que semblent privilégier les émetteurs de cartes de crédit revolving au Maroc, depuis une année. Ainsi, longtemps après avoir misé uniquement sur sa carte Oxygen, qui n’a pas connu le succès escompté, Salafin s’est résignée à doper ses encours de crédit revolving en focalisant ses efforts marketing sur la nouvelle carte privative Kenzi, développée de concert avec son partenaire, la société Hyper SA, propriétaire de la chaîne de supermarchés Label’Vie, et utilisable aussi dans les magasins de Cramer et de Mobilia.
Quant à Attijari Cetelem, il a développé dès le départ les deux créneaux, tout en les mixant. Après le lancement en 1998, en partenariat avec la chaîne d’hypermarchés Marjane, d’Alfaïz, carte privative classique, il est revenu à la charge à la fin de la même année avec Aurora, une carte de crédit revolving utilisable pour les retraits dans les guichets bancaires et pour les achats auprès de plusieurs enseignes partenaires ; et une seconde fois, en 2004, avec une carte privative utilisable dans la chaîne de distribution de meubles Layalits.
Bien évidemment, le développement de ces cartes privatives et du crédit revolving en général ne devra pas hisser le marché marocain, du jour au lendemain, au diapason de pays de sur-consommation, tels les Etats-Unis, où chaque ménage détient en moyenne quatre cartes de crédit (dont une au moins est en revolving), sans compter les cartes privatives. Mais il y a fort à parier que la modification déjà enclenchée du mode de consommation des Marocains, et son alignement progressif sur les habitudes occidentales en la matière, sont des prémices annonciateurs d’une plus grande diffusion du revolving dans notre pays.
Enfin, il convient de rappeler que le crédit revolving est perçu comme une source potentielle de surendettement. A ce titre, certains établissements de crédit exigent de leur clientèle, lors de l’octroi de crédits classiques, notamment à moyen et long terme (tels le crédit auto ou le crédit immobilier), l’abandon préalable de leurs cartes revolving, au cas où ils en disposeraient et ce pour ne pas aggraver leurs charges de remboursement

La vigilance est de mise car la souplesse du crédit revolving peut, si on n’est pas vigilant, conduire rapidement au dérapage.
En Europe, ce genre de crédit est la principale cause du surendettement.

Le crédit revolving est perçu comme source potentielle de surendettement et certains établissements exigent de leurs clients l’abandon de leurs cartes revolving avant l’octroi d’un prêt auto mobile ou immobilier.