Timbres et pièces de monnaie, des passions qui rapportent

L’investissement en argent est conséquent mais une bonne collection
peut rapporter jusqu’à vingt fois sa valeur faciale.
Des cotations officielles et officieuses existent.
La poste a déjà commencé à faire de la vente en ligne.

Devenir collectionneur ? Un hobby qui demande de la patience mais qui peut en fin de compte rapporter gros. Parmi la communauté des collectionneurs, les philatélistes (timbres) et les numismates (pièces de monnaie) sont sans doute les plus nombreux. Ils sont également les mieux organisés. Beaucoup de ces mordus des timbres et des pièces de monnaie sont de véritables passionnés et consacrent entièrement leur temps libre à développer et entretenir leurs collections. Les plus chanceux d’entre eux se retrouvent au bout d’un certain temps à la tête d’un véritable patrimoine. Toutefois, avant de pouvoir exhiber une belle collection avec des pièces et des spécimens rares, il leur faut investir parfois beaucoup d’argent pour leurs acquisitions.

La numismatique : entre science et passe-temps
Les collectionneurs ne se considèrent cependant pas comme des investisseurs. Et pour cause, leur but, du moins au début, n’est pas de rentabiliser leur mise. Dans un certain sens ce n’est pas tout à fait faux, puisque l’on peut considérer leurs achats comme étant des dépenses de loisir, une manière pour eux d’assouvir leur passion, un peu comme les amateurs de peinture ou d’objets d’art en tout genre.
La numismatique comme la philatélie peut donc être appréhendée comme un passe-temps mais, vue sous l’angle vénal, elle peut également être assimilée à un investissement.
Les grands numismates aiment bien se distinguer des autres «collectionneurs du dimanche» en considérant la numismatique comme une science dont l’objet est l’étude de la monnaie (pièces en métal frappées d’une empreinte, émises par une autorité publique et utilisées comme moyen de paiement dans les transactions légales et commerciales) et, à ce titre considérée comme une discipline auxiliaire de l’histoire. Qu’elle soit pratiquée comme une science ou comme un simple passe-temps, la numismatique englobe également les objets dont les apparences extérieures les font assimiler à des pièces, tels les médailles, les jetons, les poids monétaires et les objets qui ont rempli ou qui continuent de remplir une fonction monétaire dans certaines sociétés.
On distingue également trois types de collections classées en fonction des pièces auxquelles on s’intéresse. Il y a d’abord, et elles sont certainement les plus nombreuses, celles qui comportent des pièces courantes en devises étrangères. En effet, il n’est pas rare de voir une personne dont un proche parent voyage souvent ou qui, elle-même, voyage beaucoup, se prendre de passion devant les pièces et les billets de banque des autres pays. «On trouve toujours les billets de banque et les pièces étrangères plus jolies que les nôtres. En faire la collection, cela n’a vraiment rien d’original, mais ça permet de savoir que tel président américain orne telle coupure en dollars ou encore que les pièces de monnaies australiennes sont encore à l’effigie de la reine d’Angleterre», commente une collectionneuse. Toutefois, s’agissant de pièces et de billets ayant toujours cours légal et qui n’ont rien de rare, que ce soit au Maroc ou dans leur pays d’origine, ce n’est pas avec ce genre de collections que l’on peut se constituer un patrimoine.

Un bon placement ? les pièces commémoratives ou les pièces antiques
Pour se faire réellement de l’argent, un moyen plus terre à terre existe : collectionner les pièces commémoratives. Tout le monde sait que les banques centrales frappent, lors de certains événements importants, des pièces dites commémoratives. Il s’agit de pièces de monnaie valant quelques centaines de dirhams, à diffusion très limitée (quelques milliers d’unités par pièce) et qui ont cours légal. Trois caractéristiques qui font de ces pièces commémoratives de véritables objets de collection dont la valeur s’accroît de jour en jour. A titre d’exemple, la pièce commémorative de la visite du Pape Jean Paul II au Maroc en 1986, vendue à l’époque au grand public par la Banque du Maroc à 100 dirhams, trouverait facilement aujourd’hui preneur pour 10 000 dirhams. Si les banques centrales constituent le principal intervenant du marché primaire (émission) des pièces commémoratives, amateurs, collectionneurs et marchands animent pour leur part un marché secondaire très discret, certes, mais qui voit parfois transiter de grandes sommes d’argent.
«Les Marocains ne s’intéressent presque pas aux pièces commémoratives. Dans mon magasin, ce sont principalement des touristes étrangers qui demandent ce genre d’objets. Il y en a même qui viennent chercher des pièces bien déterminées», explique le patron d’une boutique spécialisée dans la vente et l’achat de timbres et de pièces de monnaie. « Au lendemain de l’édition de pièces commémoratives, je recevais des habitants de Melilla par dizaines. Ils venaient les acheter. Mais je n’ai pas le souvenir d’avoir rencontré un jour un collectionneur marocain», se rappelle un ancien directeur de l’agence de Bank Al Maghrib à Nador, collectionneur de pièces commémoratives.
Ce directeur est d’ailleurs fier de sa collection de pièces commémoratives faite d’une quinzaine de pièces. «J’ai acheté toutes mes pièces directement auprès de Bank Al Maghrib, à leur valeur faciale. Un investissement qui m’a coûté quelque 2 000 dirhams en tout. Aujourd’hui, ce petit patrimoine vaut son pesant d’or. La valeur de mon portefeuille a dû être multipliée par 10, et la valeur de certaines pièces a été multipliée par 50 ou 60», dit-il en nous montrant sa pièce fétiche, commémorant la visite du pape.
Enfin, autre moyen de constituer un patrimoine, les pièces antiques. «Nous sommes peut-être les moins nombreux, mais certainement les plus
passionnés», commente l’un d’entre eux. Les « petits collectionneurs » de cette catégorie s’intéressent le plus souvent à des pièces qui datent de ce siècle. Les grands collectionneurs et les musées cherchent, eux, des chefs-d’œuvre remontant aux siècles passés. Évidemment, plus une pièce est rare, plus elle gagne en valeur, mieux elle est conservée, mieux elle se vendra. Lors de la dernière vente aux enchères organisée à Casablanca, plusieurs lots de pièces de collection en or et en argent, datant de plusieurs siècles ont été proposées avec des mises à prix commençant à 100 000 dirhams.

Plus que les pièces, c’est la philatélie qui draine la masse des amateurs
Cela étant, ce sont les timbres qui intéressent, de loin, le plus grand nombre de personnes. Que ce soit au niveau de l’offre de nouveaux timbres ou des circuits parallèles d’achat, de vente et d’échange, les collectionneurs sont certainement plus choyés que les numismates. Le marché secondaire du timbre reste en effet le seul à être plus ou moins organisé. Plusieurs petites boutiques qui ont pignon sur rue proposent aux amateurs d’acheter, de vendre ou d’échanger leurs timbres. Certains marchands disposent même d’un petit «guide» qui leur permet de connaître la cotation des timbres marocains les plus connus. Barid Al Maghrib joue le jeu des collectionneurs puisqu’il propose, à l’instar de toutes les postes de par le monde, des éditions limitées de timbres, qui vont des éditions artistiquement décorées aux timbres commémoratifs de grands événements… D’ailleurs, il existe même une rubrique entièrement dédiée à la philatélie sur le site web de la poste où il est désormais possible d’effectuer des achats en ligne. Les plus prestigieuses collections de timbres restent toutefois celles ouvertes sur d’autres pays.
Mais, comme pour la numismatique, la philatélie est une passion qui coûte de l’argent. Pour entretenir et développer une belle collection, il faut constamment y ajouter de nouveaux timbres qui répondent à la thématique de votre collection. La recherche de nouveaux timbres nécessite un certain investissement. Beaucoup de sites étrangers proposent des ventes publiques ou encore des échanges. Le marché secondaire est également animé par des boutiques spécialisées.
La valeur d’une collection de timbres dépend de la qualité des pièces qui la composent. Les timbres obéissent à la même logique économique que les pièces de monnaie : plus ils sont rares, anciens, beaux et en bon état, plus ils sont chers. La rareté l’emporte cependant. Certains timbres marocains dont l’édition a été très limitée ou interrompue prématurément, valent aujourd’hui plusieurs milliers de dirhams. Les timbres les plus connus (et les plus chers) sont aussi ceux qui comportent une erreur: les connaisseurs les appellent des timbres «fautés». Là aussi, les prix peuvent atteindre des niveaux impressionnants.
Même s’ils parviennent parfois à valoriser leurs collections à des niveaux très intéressants, et réalisent souvent des plus-values impressionnantes, numismates et philatélistes sont d’abord des passionnés et ne se séparent que très rarement – et pour des raisons plus que valables – de leurs spécimens les plus cotés. Un peu comme les amateurs de grands peintres. Le plus important à leurs yeux est de «posséder», et dans une moindre mesure d’exhiber leurs collections. Peu importe alors le prix.


Les adresses et sites internet utiles
Le musée de la monnaie de Bank Al Maghrib et celui de la Poste, à Rabat, constituent, entre autre choses, les dépôts légaux de la numismatique et de la philatélie marocaines. Ils disposent également d’une bibliothèque et d’un comptoir de vente.
Les philatélistes marocains sont organisés en associations. Elles sont au nombre de sept. Par ailleurs, un numismate marocain a lancé un site internet (www.chez.com/macollection).
En outre, plusieurs sites internet étrangers proposent d’échanger, d’acheter ou de vendre des pièces ou des timbres de collection : www.philateliste-web.com ; www.numismatique.com

Les enfants : des collectionneurs précoces
Les cours des écoles grouillent de petits collectionneurs en herbe. Billes, photos de footballeur et autres pokémons, pugs, timbre-jeux… sont échangés, vendus, achetés, engagés dans des jeux pour être alors perdus, ou gagnés.
Sans le savoir, vos petits garnements ont transformé leur récréation en véritable séance boursière durant laquelle on peut vendre ou acheter des valeurs. Très tôt, les enfants se rendent compte que toutes les billes ne se valent pas et que tous les footballeurs n’ont pas forcément la même cote. Ils développent très tôt, grâce et cette occupation, un esprit commerçant : ils se familiarisent avec les lois de l’offre et de la demande, comprennent la notion de «rareté», et s’initient au «risque» et
au «rendement». Un Maradona vaut forcément une dizaine de joueurs inconnus, et n’espérez pas échanger votre pikkatchou contre moins de 20 pokémons «normaux».
Ce genre d’occupation reste l’apanage quasi exclusif des garçons.
Les enfants sont de véritables collectionneurs (de bêtises d’abord !) doublés de «boursicoteurs»chevronnés