Sociétés cotées : l’activité évolue, les bénéfices ne suivent pas….

A 122 milliards de DH, le chiffre d’affaires de la cote progresse de 11%.
Mais, avec 15 milliards de DH, le bénéfice agrégé de la cote stagne. Impact négatif des télécoms, de l’immobilier, de l’énergie et de l’agroalimentaire.

Après la publication, en mars 2011, des résultats 2010 des sociétés cotées (+8,8% par rapport à 2009), les analystes tablaient sur une croissance bénéficiaire pour l’année 2011 de l’ordre de 9%, tout en intégrant dans leur prévision l’impact négatif qu’aurait la conjoncture économique actuelle sur certains secteurs de la cote. Tout au long du mois de septembre écoulé, les sociétés cotées ont dévoilé leurs réalisations au titre des six premiers mois de l’année. Et… surprise : les bénéfices de la cote stagnent, rendant les prévisions initiales des analystes complètement décalées de la réalité, puisque même pas le quart de la croissance attendue pour 2011 n’a pu être réalisé.

En effet, le résultat net agrégé des 74 sociétés cotées s’est établi à 15,1 milliards de DH, en progression d’à peine 0,03% par rapport au premier semestre 2010, selon les calculs de La Vie éco. Une stagnation qui ne risque pas d’arranger la situation sur le marché boursier casablancais, en proie à la frilosité des investisseurs depuis le début de l’année, et qui trouve son origine dans les contre-performances enregistrées par plusieurs grands secteurs de la cote.
A leur tête les télécoms, dont la capacité bénéficiaire s’est dégradée de 7,4%, à 3,9 milliards de DH (-460 MDH par rapport à juin 2010). De fait, le contexte dans lequel évolue Maroc Telecom n’est plus aussi favorable qu’auparavant, avec une recrudescence de la concurrence qui tire les prix vers le bas. Les sociétés immobilières, elles, ont dégagé un résultat net de 215 MDH inférieur à celui de juin 2010, suite aux pertes réalisées par Addoha sur la cession de ses terrains dans la station de Saïdia, et la contribution moins importante de la filiale Immolog dans le bénéfice de la CGI.
Le secteur de l’énergie a pâti de la dégradation des marges de raffinage de la Samir, et affiche un bénéfice en baisse de 160 MDH par rapport au premier semestre 2010 (il faut signaler à ce propos que pour la Samir nous avons pris en compte les résultats sociaux qui reflètent l’évolution de l’activité principale de la société qui est le raffinage de pétrole).

L’agroalimentaire et le compartiment du ciment et matériaux de construction ne sont pas mieux lotis, avec respectivement 113 et 127 MDH de moins qu’en 2010 en raison du renchérissement du prix des matières premières, pour le premier secteur, et d’une situation de surproduction pour le second.
Ces contre-performances ont entièrement annulé l’effet positif qu’aurait pu avoir l’amélioration de la rentabilité des banques et des sociétés minières. En effet, le premier secteur a boosté ses bénéfices de 585 MDH par rapport à l’année dernière grâce aux bonnes réalisations d’Attijariwafa bank, la BCP et le CIH. Quant au second, il a augmenté ses résultats de 470 MDH, Managem et SMI ayant largement profité de la flambée des cours des métaux à l’international.
Cela dit, au niveau de l’activité agrégée des sociétés cotées, la croissance a été au rendez-vous. Le chiffre d’affaires global de la cote a en effet progressé de 11,3%, atteignant 122,7 milliards de DH (+12,4 milliards). Cette hausse est en grande partie liée à la flambée du cours du pétrole, qui s’est traduite, pour le secteur de l’énergie, par un chiffre d’affaires additionnel de 5,7 milliards de DH. Elle est également liée au secteur bancaire, dont les produits d’exploitation se sont appréciés de 3,1 milliards de DH, suite à la nouvelle dimension de la BCP qui a absorbé, en septembre 2010, la Banque Populaire régionale de Casablanca.
D’autres secteurs contribuent positivement à la croissance de l’activité de la cote, à l’exemple des distributeurs (+795 MDH par rapport à juin 2010) qui profite de la forte expansion de Label’Vie (acquisition de Metro Maroc), des sociétés minières (+787 MDH) suite à l’envolée des cours des métaux, et des compagnies d’assurance (+600 MDH) en raison des bonnes prestations de Cnia Saâda et Wafa Assurance.

Notons que le résultat d’exploitation de la cote a, lui, progressé de 5,5% par rapport à juin 2010, s’établissant à 26,3 milliards de DH. Il a été tiré principalement par les banques, les sociétés minières et les compagnies d’assurance. Les télécoms, le secteur agroalimentaire et celui de l’immobilier ont été les plus mauvais contributeurs à ce résultat, à côté des distributeurs et du compartiment ciment et matériaux de construction dont les performances en termes d’exploitation se sont délestées de respectivement 213 et 228 MDH par rapport à juin 2010.