Sociétés cotées : jusqu’à  75% de marge malgré la crise !

A 10,7%, le taux de marge moyen de la cote est resté au même niveau que l’année dernière. Les télécoms et les mines continuent de dégager les meilleures marges avec des taux dépassant 23%. Même si elle est en baisse, la rentabilité des cimenteries demeure confortable.

La masse bénéficiaire qu’ont dégagée les sociétés cotées au terme du premier semestre est en stagnation par rapport à la même période de l’année dernière, à 13,8 milliards de DH. Ce qui peut être assimilé à une performance, compte tenu de la conjoncture. Il faut dire que dans une économie en ralentissement, les sociétés de la cote ont particulièrement misé sur la réduction des coûts pour préserver leur rentabilité. Le chiffre d’affaires de la cote s’est en effet contracté de 2% pour atteindre 128 milliards de DH. Plusieurs grandes sociétés de la cote ont évolué dans un contexte difficile. Maroc Telecom et les cimenteries pâtissent toujours de la recrudescence de la concurrence, la Samir, elle, fait les frais de la baisse de la demande interne. Pour leur part, les minières ont été impactées par le trend baissier des cours des matières premières. Quoi qu’il en soit, la marge bénéficiaire de la cote est restée au même niveau que l’année dernière, à 20 points de base près, à 10,7% après avoir perdu 1,6 point à fin 2012 où elle s’est située à 9,7%.

Malgré ses difficultés, Maroc Telecom a dégagé une marge confortable avec un taux de 24,3%, en hausse de 3,7 points après trois années de baisse. L’opérateur a réussi à hisser son bénéfice de 12,6%, à 3,5 milliards de DH bien que son chiffre d’affaires soit en régression de 4,6%, à 14,4 milliards de DH. En fait, le groupe a su maîtriser ses charges opérationnelles, notamment ses dépenses d’investissement, aidé par la non-récurrence des charges liées à son programme de départ volontaire. La meilleure contribution de filiales africaines dans la formation des revenus y est aussi pour quelque chose. Elle s’est en effet établie à 26,2% contre 22,9% une année auparavant, soit une augmentation de 3,3 points.
En second lieu, vient le secteur minier avec une marge de 23,4%, en baisse de 1,4 point sur une année glissante, correspondant à un résultat net sectoriel de 631 MDH pour un chiffre d’affaires de 2,7 milliards de DH. Hormis CMT qui a propulsé sa marge à 75%, progressant de 20,5 points, les autres compagnies minières ont vu leur marge nette se dégrader. En cause, la chute des métaux de base amorcée depuis 2012 qui s’est accompagnée d’une baisse des volumes vendus, plombant ainsi leur chiffre d’affaires. Pour CMT, bien que son activité commerciale soit en retrait de 24% et son résultat d’exploitation en recul de 38,5%, la société a bénéficié des revenus des placements de trésorerie pour afficher des bénéfices en croissance de 4,6%, à 189,5 MDH. En revanche, Managem et SMI ont récupéré 11% et 40% de leur chiffre d’affaires en bénéfices, enregistrant ainsi un repli de leur marge de 3 et 1 points respectivement en raison de l’accroissement de leurs investissements.
Dans le secteur du bâtiment et matériaux de construction, les opérateurs ont dégagé une marge nette moyenne de 16,3%, en retrait de 50 points de base seulement. Lafarge arrive en tête avec une marge stable depuis l’année dernière, à 28,8%. Dans un contexte de baisse de la consommation nationale et de pression sur les prix en raison de la concurrence exercée par Ciments de l’Atlas, le cimentier historique a pu conserver sa marge à travers son engagement dans un programme de réduction des coûts opérationnels. Ciments du Maroc, elle, affiche une marge nette de 25%, soit un point de plus, grâce à une légère hausse de son bénéfice à 483,5 MDH en dépit d’une diminution de l’activité de 4,6%, à 1,9 milliard de DH. Pour sa part, Holcim a perdu 6 points de sa marge, à 14%. L’opérateur souffre de la baisse de l’activité de 18,7% (soit la plus forte baisse du secteur) ainsi que de la montée des charges d’exploitation de 35%. Par conséquent, son résultat net a chuté de près de 43%, à 229,5 MDH.

Cela dit, même si les marges des cimenteries sont en dégradation continue, un analyste estime qu’«elles gardent un niveau de rentabilité confortable par rapport aux cimenteries des pays étrangers où les marges nettes ne dépassent pas 5% en moyenne».
L’immobilier occupe la quatrième place avec une marge nette moyenne de 14,8%. Le secteur a réussi à maintenir sa marge au même niveau que l’année précédente malgré un contexte difficile marqué par un ralentissement des transactions immobilières sur le segment moyen et haut de gamme. Cela dit, Addoha et la CGI ont amélioré leurs revenus grâce à un bon niveau de vente des logements sociaux. Ce segment a représenté 70% des revenus du premier promoteur au moment où sa part s’est élevée à 34% pour le second (contre 10% une année auparavant). En tout cas, l’activité d’Addoha lui a permis de dégager une marge de 18,3%, en progression de 50 points de base. La CGI, elle, a perdu 80 points de base, à 8,9%, en raison surtout de la non-récurrence d’éléments non courants. De son côté, Alliances subit ponctuellement les effets du changement du mode de contractualisation des projets du pôle services, ce qui lui a valu une contraction de sa marge bénéficiaire de 70 points de base, à 13,6%.
Le secteur bancaire s’adjuge la cinquième place en dégageant une marge nette de 12,8%. Elle est en contraction de 70 points de base seulement grâce à BMCE Bank qui a transformé 7,8% de ses revenus en bénéfices, soit un accroissement de 2,7 points. En fait, la banque a réduit son coût du risque de 16% à la fin de ce semestre suite à «un effet de base positif», explique un analyste. En effet, «BMCE Bank avait constitué 95% de ses provisions annuelles pendant les six premiers mois de 2012. Le niveau des dotations aux provisions a connu un retour à la normale cette année, ce qui a induit une baisse du coût du risque, relevant ainsi la marge», poursuit-il. Le CIH n’est pas en reste puisqu’il a récupéré une marge de 16% de son activité commerciale, en croissance de 2,5 points sur une année glissante suite à des revenus en hausse et à la maîtrise du coût du risque. En revanche, les autres banques pâtissent toujours de la montée des impayés. Attjariwafa bank affiche une marge en baisse d’un point, à 15%, la BCP a subi une baisse de 2 points, à 11,3% et la BMCI a dégagé un gain de 18,4%, soit un repli de 4 points.

Enfin, les assureurs gardent leur place dans le classement. Avec une moyenne sectorielle de 9,2%, ils ont limité la baisse de leur marge à 40 points de base. Ceci grâce à Atlanta et Wafa Assurance qui ont réalisé des marges bénéficiaires de 6% et 15%, gagnant 40 et 50 points de base respectivement. Mais en dépit de cette légère amélioration, les compagnies demeurent affectées par la contre-performance du marché boursier qui a plombé les plus-values de leurs placements. Cet impact est plus visible chez CNIA qui a vu sa marge se délester de 2 points pour atteindre 1,6%.

D’une manière générale, les sociétés cotées semblent sortir la tête de l’eau, quoique l’ampleur diffère d’un opérateur à l’autre. Les analystes estiment que cette tendance devrait se poursuivre et que les prémices d’un redressement sont visibles. «On pourrait même assister à une légère progression des bénéfices à la fin de l’exercice 2013», conclut l’un d’entre eux.