Sociétés cotées : des profit warnings qui augurent de résultats 2011 mitigés

Disway, HPS et Stokvis anticipent une forte dégradation de leurs résultats 2011 et les analystes s’attendent à  d’autres profit warnings. On table désormais sur une stagnation des bénéfices des sociétés cotées.

Il aura suffi de quelques jours après la fin de l’année 2011 pour que les sociétés cotées commencent à émettre des avertissements sur leurs résultats au titre de l’année écoulée. La première à avoir émis un profit warning est HPS, l’éditeur de solutions monétiques qui prévoit désormais un résultat d’exploitation déficitaire de 25 MDH. La société, dont le chiffre d’affaires est réalisé essentiellement à l’export, a accusé un retard au niveau de ses ventes, compte tenu du contexte de crise qui sévit à l’international.
Elle a été suivie par Disway, le champion national de la distribution de matériel informatique, qui a annoncé une baisse de l’ordre de 20% de son chiffre d’affaires. Les raisons de ce fort recul consistent en le ralentissement de la demande locale de matériels informatiques, la révolution tunisienne qui a impacté son activité à l’export, et l’arrivée de nouveaux entrants sur le marché ainsi que la montée en puissance de l’activité informelle d’assemblage d’ordinateurs.
Par la suite, Stokvis, le distributeur d’engins agricoles et de BTP, a averti le public que son chiffre d’affaires devrait reculer de 35% en 2011 suite au contexte politique régional qui a poussé plusieurs clients à reporter leurs projets d’investissements et au changement de la réglementation d’octroi des subventions aux agriculteurs pour l’achat de matériels agricoles.
Pour les analystes, la succession de ces avertissements sur les résultats en ce mois de janvier augure de réalisations 2011 globalement mitigées pour les sociétés cotées. D’ailleurs, ils n’excluent pas de voir d’autres entreprises annoncer de fortes baisses de leurs bénéfices durant les semaines à venir.

Les plus optimistes tablent sur une croissance bénéficiaire limitée à 4%

Dans tous les départements d’analyse et recherche des sociétés de bourse, les prévisions de croissance bénéficiaire de la cote ont été revues à la baisse. Dans quelques-uns, elles ont été abaissées avant même la publication des derniers profits warnings, au lendemain de l’annonce des résultats semestriels 2011 en septembre dernier. Pour rappel, les sociétés cotées ont réalisé au 30 juin 2011 un résultat net global en hausse de 4% seulement, alors que le consensus du marché tablait sur une croissance supérieure à 9%.
Actuellement, le plus optimiste des analystes s’attend à une croissance bénéficiaire, pour toute l’année 2011, du même ordre que celle réalisée au premier semestre, soit un peu plus de 4%. C’est le cas notamment du département analyse d’Attijari Intermédiation. Pour d’autres, les résultats des sociétés cotées devraient faire carrément du surplace par rapport à 2010. BMCE Capital Bourse, par exemple, s’attend à une progression limitée à 0,5% de la masse bénéficiaire de la cote, alors que sa prévision initiale était de l’ordre de 10%.
L’environnement international marqué par la récession des économies développées, notamment au sein de l’Union Européenne, et le contexte politique régional qui a poussé les donneurs d’ordre à l’attentisme expliqueraient globalement, d’après les analystes, la faible croissance bénéficiaire attendue au titre de 2011. Mais ce n’est pas tout. «L’année dernière a été particulièrement mauvaise pour l’ensemble des opérateurs économiques, et certains d’entre eux ne vont pas hésiter à en profiter pour passer dans les comptes de 2011 toutes les pertes et dépréciations qu’ils trainaient des années précédentes», précise un professionnel.
Ce sont cependant des secteurs précis qui limiteront la croissance bénéficiaire de la cote au titre de 2011. Celui des télécoms est le plus cité par les analystes. En effet, la recrudescence de la concurrence dans le secteur fait perdre des parts de marché à l’opérateur historique, Maroc Telecom, et la baisse des prix qu’elle induit réduit davantage son chiffre d’affaires. Il devrait d’ailleurs dégager un bénéfice net en recul de 10% par rapport à 2010.
Les industries auront également un impact négatif sur les résultats de la cote. Il s’agit notamment des cimenteries qui, malgré la reprise de la consommation de ciment, devraient pâtir de la montée en puissance de Ciments de l’Atlas, et des industries agroalimentaires, dont l’activité progresse à un rythme historiquement modéré mais pour qui la flambée des matières premières alimentaires aura un effet néfaste sur leurs résultats.
Autre secteur qui devrait annoncer des résultats dégradés, celui du négoce, autrement dit les sociétés de distribution. Le cas de Stokvis est à ce titre parlant.
Face à ces secteurs, d’autres parviendront, selon les analystes, à compenser la baisse des résultats de la cote. Il s’agit principalement du secteur financier, et des banques plus précisément qui devraient atteindre un bon niveau de croissance suite aux réalisations d’Attijariwafa bank et de la BCP et compte tenu d’une montée des risques déjà bien provisionnée en 2010. Il y a aussi les compagnies minières qui ont déjà beaucoup profité de la flambée des cours des métaux à l’international. Pour les analystes, ces sociétés devraient carrément doubler leurs bénéfices en 2011.