Sociétés cotées : 30 milliards DH de dettes à  long terme

Hormis les sociétés financières, l’endettement à  long terme des sociétés cotées a progressé de 27% à  fin juin 2011 par rapport à  juin 2010. Rapporté aux fonds propres, l’endettement demeure maîtrisé : 37,3% en moyenne.

Les sociétés cotées à la Bourse de Casablanca affichent un niveau d’endettement qui reste globalement maîtrisé. Au 30 juin 2011, selon les résultats des 56 entreprises non financières du marché (hors banques, assurances et sociétés de financement), la dette financière de la cote, contractée à moyen et long terme pour financer des investissements, s’élève à 30,7 milliards de DH. Ce montant a certes connu une progression importante par rapport à juin 2010, puisqu’il a évolué de 27,3%. Mais rapporté aux capitaux propres de ces entreprises, qui se montent à 82,4 milliards de DH, en augmentation de 10,6% par rapport à juin 2010, il donne un taux d’endettement d’à peine 37,3%. Une situation globalement confortable, donc, pour les entreprises de la cote, sachant qu’une société n’est qualifiée de surendettée que lorsque ses dettes financières dépassent le niveau de ses fonds propres.
Cela dit, certaines sociétés présentent un niveau d’endettement très élevé. C’est le cas par exemple d’Alliances dont la dette à long terme dépasse les 3 milliards de DH, alors que ses capitaux propres ne dépassent pas 2,8 milliards. Son taux d’endettement ressort ainsi à 105%, mais il faut dire que la société s’est endettée, à travers le crédit bancaire mais surtout via des émissions d’obligations (deux opérations en 2010 et 2011), dans le but de financer des programmes d’envergure de construction de logements qui devraient générer assez de revenus pour couvrir les remboursements durant les prochaines années.
Les autres sociétés du secteur immobilier jouissent d’une situation plus confortable, sachant que leurs projets de construction de logements sont tout aussi importants. Le taux d’endettement d’Addoha est de 63%, en amélioration de 10 points par rapport à juin 2010. Même si l’entreprise a levé 2 milliards de DH sur le marché obligataire au début du second semestre 2010, elle a compensé cette montée de l’endettement en augmentant simultanément son capital de 3 milliards de DH. Pour sa part, la CGI affiche une dette de 2 milliards de DH seulement contre 4,3 milliards de fonds propres, soit un taux d’endettement de 47%, le plus bas du secteur.
Autre exemple d’endettement élevé, celui de Label’Vie. Avec l’acquisition en 2010 de Metro Cash & Carry Maroc et l’ouverture de plusieurs super et hypermarchés en 2010 et 2011, la société a dû recourir fortement à l’endettement, aussi bien bancaire qu’obligataire (émission de 500 MDH d’obligations en septembre 2010). Du coup, le niveau de sa dette s’est envolé à 1,7 milliard de DH, soit quasiment le double du montant de ses capitaux propres. Pour rééquilibrer sa structure financière, la société a lancé ce mois d’octobre une augmentation de capital de 330 MDH, sachant que le management est autorisé à lever jusqu’à 500 MDH sur le marché actions.

Des investissements d’envergure expliquent le niveau d’endettement élevé de certaines sociétés

A l’opposé de Label’Vie, les autres sociétés du secteur de la distribution de la cote ont un niveau d’endettement très bas. Malgré le 1,7 milliard de DH de dettes de la chaîne de supermarchés, le taux d’endettement du compartiment se limite en effet à 40%.
Risma et Lydec sont dans la même situation que Label’Vie. La première société dispose de 958 MDH de fonds propres alors que sa dette financière se monte à plus de 2 milliards de DH, soit un taux d’endettement de 238%. Cette situation est due à la stratégie de développement de Risma qui vise à parachever les hôtels en cours de construction et à réaliser 14 nouvelles unités pour atteindre un parc de 40 hôtels à l’horizon 2013. L’endettement de la société peut encore augmenter d’ici à cet horizon, mais sera nettement réduit une fois le programme de construction des nouveaux hôtels terminé.
Pour Lydec, la dette financière s’élève à 1,51 milliard de DH contre des fonds propres de 1,35 milliard, ce qui porte le taux d’endettement à 111%, alors qu’il était de 52% une année plus tôt. Cette envolée s’explique par l’émission en juillet 2010 d’un emprunt obligataire de 1,2 milliard de DH afin de financer le programme d’investissement prévu pour la période 2010-2013, dans le cadre de la convention de gestion déléguée mise en place entre la société et son autorité délégante. Ce programme porte sur un montant de 2,5 milliards de DH.
La Samir, enfin, a certes nettement amélioré son taux d’endettement, mais celui-ci demeure à un niveau élevé. En effet, il est passé de 120% en juin 2010 à 83% en juin 2011. La dette financière de la société, contractée pour financer le programme d’extension et de modernisation de la raffinerie de Mohammédia, s’allège graduellement mais reste au-dessus de la barre de 4 milliards de DH. En face, ses fonds propres s’améliorent, passant à plus de 5 milliards de DH, sous l’effet de l’augmentation des bénéfices de la société, en consolidé, en 2010 et au premier semestre 2011.
A l’opposé de ces sociétés fortement endettées, d’autres affichent un endettement à moyen et long terme nul. C’est le cas de Lafarge qui, malgré l’importance de ses investissements, notamment la construction d’une nouvelle usine dans la région du Sud d’ici 2014, n’a aucune dette à long terme. Il faut dire que les marges de la société ont historiquement été très confortables (marge nette de plus de 30%), ce qui lui permet de générer des cash-flows suffisants pour financer ses investissements tout en rémunérant ses actionnaires.
La situation est tout autre pour Holcim qui, avec une dette financière de 1,7 milliard de DH, affiche un taux d’endettement de 70%. Quant à Ciments du Maroc, elle présente un niveau d’endettement très bas, à 18,3% pour une dette à long terme de 990 MDH.
Auto Hall n’a pas non plus de dettes financières. Comme pour Lafarge, ses revenus lui permettent largement de financer l’ouverture de nouvelles succursales à travers le pays.
Pour SMI, l’endettement est également nul. Le projet d’augmentation de la capacité de production de la mine d’Imiter étant porté par sa maison mère, Managem, qui affiche, elle, une dette de 870 MDH pour des fonds propres de 1,3 milliard de DH (taux d’endettement de 67%).
En tout cas, en agrégeant les dettes financières et les fonds propres des sociétés cotées par secteur d’activité, aucun compartiment ne dépasse 100% de taux d’endettement.
Le secteur de l’énergie affiche le ratio d’endettement le plus élevé de la cote (hormis celui de la rubrique «autres» qui inclut l’endettement de Risma et Lydec), à 76,5% sous l’effet du poids de la dette de la Samir (Afriquia Gaz a un taux d’endettement de 55%). Il est suivi par l’immobilier dont le ratio s’élève à 66,6%. Les distributeurs et les sociétés minières sont, eux, à 40%.
Pour le reste, les taux d’endettement demeurent très bas. Les dettes du compartiment télécoms et informatique représentent à peine 11,5% de ses fonds propres, compte tenu du faible rapport entre investissement et capital de l’opérateur historique Maroc Telecom et de la nature peu capitalistique de l’activité des sociétés technologiques. Le secteur agroalimentaire, qui regroupe des entreprises majoritairement matures, affiche lui aussi un niveau d’endettement bas (12,4%). Le compartiment des holdings, autrement dit Delta Holding et Zellidja, est également à 12,4% de taux d’endettement, et le compartiment «chimie» totalise une dette financière ne dépassant pas 20% de ses fonds propres.