Si vous aviez misé 100 000 DH en Bourse en pleine crise…

De 2008 à  fin 2011, une vingtaine de valeurs a réalisé des performances supérieures à  10% dans un marché baissier. Jusqu’à  540% de hausse pour les minières et plus de 100% dans l’agroalimentaire.

Entre début 2008 et fin 2011, le marché boursier casablancais a baissé de plus de 13%. Plusieurs facteurs expliquent cette contre-performance. D’abord, le Masi, indice de toutes les valeurs cotées, avait atteint son pic en mars 2008 qui correspondait à une performance de plus de 300% depuis 2003 et à une valorisation du marché très élevée par rapport à ses fondamentaux. Ensuite, la propagation de la crise des subprimes des Etats-Unis au reste du monde a eu un effet psychologique important sur les investisseurs, avec des particuliers qui se sont retirés du marché et des institutionnels qui sont entrés dans une phase d’attentisme. Enfin, l’éclatement des mouvements de protestation dans les pays arabes, début 2011, et l’aggravation de la crise des dettes publiques en Europe et aux Etats-Unis a aggravé les craintes des investisseurs et prolongé leur attentisme.
Certes, une baisse de 13% du marché en quatre années de conjoncture mondiale difficile peut être considérée comme une performance quand on voit les fortes chutes des indices partout dans le monde durant cette période. Il faut dire aussi que 2010 a été une année exceptionnelle à la Bourse de Casablanca (21% de hausse pour le Masi) suite principalement au retrait des deux mastodontes Ona et Sni de la cote, opération ayant généré une rentrée importante de cash pour les investisseurs qui devaient le replacer. Mais il reste qu’en quatre ans, près de 50 valeurs de la cote, soit la majorité, ont vu leur cours baisser (voir article en page II).
Cela dit, contrairement à la tendance globale, certaines valeurs cotées se sont nettement distinguées en cette période de crise. Il ne s’agit pas d’une poignée d’actions, mais carrément d’une vingtaine qui, après quatre ans, affiche des performances supérieures à 10% (voir tableau en page II). Pour certaines, les hausses enregistées relèvent, certes, de l’exceptionnel. C’est le cas notamment de Promopharm (+48,3%) dont le cours s’est fortement apprécié après l’annonce de son acquisition par Hikma Mena Holding, ou encore de Label’Vie (+20,6%) qui a profité du partenariat signé avec Carrefour et de l’acquisition de Metro Cash & Carry Maroc. Mais pour bon nombre d’entre elles, les hausses étaient justifiées, voire prévisibles compte tenu de la conjoncture.
Les stars de ces quatre années de crise sont incontestablement les valeurs minières. SMI affiche 541% de performance, CMT 262% et Managem 207%. Du jamais vu ! Les analystes prévoyaient au début de la crise que ces valeurs allaient fortement s’apprécier, compte tenu du comportement des investisseurs au niveau mondial qui fait qu’en période de crise, on se rue toujours les matières premières, dont les métaux. Le cours de ces derniers s’est nettement apprécié, surtout celui de l’argent métal, ce qui fait que les sociétés minières de la cote ont engrangé des bénéfices conséquents, comme en témoignent leurs résultats semestriels en 2011. Ainsi, si un particulier avait misé 100 000 DH en 2008 sur ces trois valeurs minières, il aurait plus que quadruplé son capital.
Le secteur agroalimentaire s’est également distingué lors de cette période. Centrale Laitière a réalisé 107,9% de hausse, Cosumar 102,3%, Unimer 92,7%, Lesieur 36,8%, Dari Couspate 22,9%, Branoma 22,7% et Brasseries du Maroc 12,1%. Autrement dit, toutes les sociétés du secteur se sont bien comportées en Bourse. Il faut dire que l’agroalimentaire est de nature anti-cyclique. En effet, quand les secteurs généralement porteurs en période de bonne santé économique se portent mal en période de crise, comme l’immobilier par exemple, ceux qui concernent des produits de consommation de base comme le sucre, le lait ou l’huile résistent à la conjoncture étant donné leur activité qui est de nature peu fluctuante. Ces secteurs sont ainsi plébiscités par les investisseurs en attendant la reprise économique et le retour de confiance.
Outre ces deux secteurs, certaines sociétés financières ont bien tiré leur épingle du jeu. Il s’agit de la BCP (+72,7%) qui, en plus d’une activité et de résultats en bonne progresion au cours de ces dernières années, a changé de dimension après la fusion avec la Banque Populaire de Casa ; Wafa Assurance (+50%) dont les indicateurs techniques et financiers se sont nettement appréciés contrairement à son concurrent de la cote Atlanta (Cnia n’ayant été introduite que fin 2010) ; Maghrebail (+32,7%) et Maroc Leasing (+16,3%) suite à un arbitrage des investisseurs qui leur a été favorable dans un contexte de montée de risques pour les sociétés de crédit à la consommation ; et enfin Attijariwafa bank (+13,7%) dont les réalisations de ces dernières années ont confirmé la solidité et la bonne orientation du groupe.
Au final, on peut dire que si un investisseur avait misé 100 000 DH début 2008 sur ces vingt valeurs, à parts égales (pondération de 5% pour chacune), il aurait presque doublé sa mise actuellement.