Se dirige-t-on de nouveau vers une hausse des taux d’intérêt ?

Malgré la baisse du taux directeur opérée par Bank Al-Maghrib en mars et sa présence permanente sur le marché monétaire, la tension sur les liquidités du système bancaire s’exacerbe.
En cause, le déficit de la balance des paiements suite à  l’envolée des prix en 2008 et à  la baisse des recettes en devises.

Alors que tout le monde pensait que les conditions monétaires allaient se détendre et que le financement de l’économie deviendrait plus souple avec la dernière décision de Bank Al-Maghrib de baisser son taux directeur de 25 points de base, opérée le 24 mars dernier, la situation  du marché monétaire ne s’est pas améliorée et les facteurs de risque continuent toujours de peser sur le système bancaire marocain. La décision de la banque centrale de ramener son taux à 3,25%, précédée, rappelons-le, par l’abaissement en début d’année du taux de la réserve monétaire obligatoire de 15% à 12% (injection de 11 milliards de DH dans le circuit), et confortée par une présence soutenue et permanente au niveau du marché via les avances hebdomadaires, n’a en effet pas pu atténuer la tension qui persiste sur les taux d’intérêt, principalement en raison de la situation du commerce extérieur et de la balance des paiements qui exerce une pression sur les liquidités bancaires.
Les professionnels sont unanimes pour décrire le contexte et prédire l’évolution des taux d’intérêt. Pour le département recherche et analyse de CFG, qui s’exprimait dans un récent bulletin de marché, les taux monétaires ont déjà subi une hausse durant le mois de mars. «Cette tension résulte essentiellement de la diminution de la liquidité du système sous l’effet d’une dégradation des réserves des banques. Par conséquent, le taux moyen pondéré interbancaire a affiché en mars une moyenne mensuelle de 3,45% contre 3,30% un an auparavant», explique le département de la banque.
Les analystes d’Orange Asset Management abondent dans le même sens et pensent même que cette situation risque de perdurer et peut-être s’aggraver en raison de l’environnement macroéconomique défavorable au Maroc et à l’international. «Nous estimons que la hausse des taux devrait se poursuivre et qu’elle serait comprise entre 25 et 40 points de base et ce, malgré la décision de Bank Al-Maghrib de ramener son taux directeur à 3,25%», précisent-ils.

Les réserves en devises ne couvrent plus que six mois d’importations
Concrètement, c’est la situation déséquilibrée de la balance commerciale et de celle des paiements qui est à l’origine de cette tension. Du côté du commerce extérieur, même si les importations de biens et services ont baissé de 13,8%, à 45,68 milliards de DH pour la période de janvier-février 2009 par rapport à 2008, les exportations ont chuté de 25,2%, pour la période précitée, à 28,71 milliards de DH. Le taux de couverture est ainsi passé de 72,4% à 62,8%, selon les statistiques de l’Office des changes.
Pour ce qui est de la balance des paiements, et toujours selon les chiffres de l’office, elle s’est soldée par un déficit au titre de l’année 2008, qui s’élève à 11,5 milliards de DH, alors qu’elle était excédentaire depuis 2001. L’envolée des prix en 2008 a en effet aggravé la facture des importations et les réserves en devises du Royaume ne couvrent plus que six mois d’importations.
Certes, les IDE (Investissements directs étrangers) ont affiché une progression à 6,6 milliards de DH à fin février 2009, contre 5,6 milliards l’année dernière, ce qui est un élément encourageant dans ce contexte de crise. Mais le chiffre de l’année 2009 est à prendre avec beaucoup de précaution car il doit être retraité de 2,6 milliards de DH, montant correspondant à l’opération à caractère exceptionnel du renforcement du groupe CM-CIC dans le capital de BMCE Bank.
La situation ne s’arrange pas en ce qui concerne les transferts des MRE puisqu’ils ont baissé de 14,8%, passant de 8,22 milliards de DH pour la période de janvier-février 2008 à 7,01 milliards pour la même période de 2009.
En plus de tous ces éléments, une sortie importante de devises est à prévoir pour le troisième trimestre de l’année en cours, période coïncidant avec le paiement des dividendes des sociétés marocaines à leurs actionnaires étrangers. «A titre de rappel, pour les sociétés cotées à la Bourse de Casablanca, le montant avoisinerait, selon nos estimations, les 7 milliards de DH», affirment les analystes d’Orange Asset Management.
Ainsi, pour faire face à cette situation de pression sur les liquidités, Bank Al-Maghrib a injecté au titre du premier trimestre 2009 une moyenne de 12 milliards de DH, principalement via les avances à 7 jours, avec des pics atteignant les 20 milliards de DH. «Ce qui reflète d’ailleurs clairement les tensions s’exerçant sur la liquidité du système bancaire», ajoute un intermédiaire en valeurs du Trésor. Pour le reste de l’année, la banque centrale devrait poursuivre sa politique accomodante d’injection de liquidités, tout en surveillant le rythme de progression des crédits et le niveau de l’inflation, mais cela ne risque pas d’apaiser les tensions sur les taux monétaires. Des tensions qui peuvent même toucher le compartiment obligataire, dont les taux servent de référence aux crédits à l’économie, d’autant plus quand on sait que le Trésor a procédé durant ce premier trimestre à des levées beaucoup plus importantes qu’en 2008 (24,5 milliards de DH contre 8,05 milliards) et que ses besoins d’investissement et de fonctionnement en 2009 sont nettement supérieurs à ceux de l’année dernière.