Salarié et exploitant de taxis en même temps, pourquoi pas !

7 800 petits taxis à Casablanca. Certains en ont fait un véritable business.
Louer un agrément, trouver une voiture et un chauffeur, les étapes à suivre.
En moyenne,
un taxi rapporte
3 500 DH nets par mois avec une durée de travail
de 18 heures.

Vous avez une petite épargne et vous désirez la faire fructifier ou vous voulez simplement améliorer vos revenus. Vous songez à investir dans différents domaines, selon vos compétences, vos moyens et votre disponibilité. Faire des placements en Bourse, bloquer l’argent à la banque, faire du négoce… Mais avez-vous songé à créer une affaire de petits taxis ? Pour un salarié qui veut monter sa petite affaire tout en gardant son poste, c’est un bon investissement, relativement sûr, rentable, et qui ne nécessite pas beaucoup de temps, une fois l’affaire lancée.
A Casablanca, ils sont 7 871 petits taxis à sillonner la ville tous les jours, selon la wilaya. Pas énorme pour une population de plus de trois millions et demi de personnes. Le succès est là. Preuve en est : les fonctionnaires de l’Etat qui ont opté pour le plan de départ volontaire ont fait exploser la demande sur les agréments, documents incontournables pour pouvoir mettre en circulation des taxis.

Pensez à louer deux agréments d’un coup

Cela dit, il vous faut d’abord trouver les détenteurs d’agréments pour pouvoir en louer un ou deux et fonder ce business. Ces documents n’existent que sur le marché. Ils sont délivrés par le ministère de l’Intérieur en faveur de certaines catégories de personnes, à savoir les anciens combattants et anciens fonctionnaires de police, les veuves des anciens militants, les handicapés, les personnes en situation sociale précaire et autres. Pour les trouver, on ne peut compter que sur le bouche-à-oreille. Vous pouvez vous renseigner auprès des fameux samsara, ces intermédiaires qui investissent naturellement les cafés fréquentés par les taximen. Vous pouvez demander également aux agents de police et aux chauffeurs, dans les bureaux de pointage des taxis.
Sachez par ailleurs qu’exploiter un seul taxi n’est pas très intéressant en matière de rentabilité (voir tableau p. 57). Ce qu’il faut faire, c’est essayer d’en avoir deux, tout en sachant que, quand le nombre de taxis à gérer augmente, la tâche devient plus difficile (voir encadré).

Négociez la «hlawa» et le loyer mensuel

Après avoir trouvé les propriétaires d’agréments libres (c’est-à-dire non exploités), les négociations peuvent commencer. Selon vos moyens, vous pouvez choisir entre trois options. La première consiste à convenir avec le propriétaire de l’agrément de louer ce dernier pour une durée assez longue (10 ans par exemple), moyennant un ticket d’entrée appelé dans le jargon hlawa. Cette hlawa peut atteindre 80 000 à 90 000 DH et elle ne sera mentionnée nulle part dans le contrat qui vous liera. A côté de cela, vous devrez vous acquitter d’un loyer d’environ 1 500 dirhams par mois. La deuxième option porte sur une durée de 5 ans, qui correspond normalement à la durée d’amortissement du véhicule mis en circulation. La hlawa, dans ce cas, est comprise entre 40 000 et 50 000 dirhams, et le loyer tourne autour de 2 000 dirhams, en fonction des négociations. La troisième option vous épargne le versement de la hlawa, mais vous impose le paiement d’un loyer mensuel plus élevé (2 500 dirhams), ainsi que le versement d’une caution comprise entre 2 et 4 mois de loyer, consommable à la fin de la durée du contrat (vous ne paierez pas de loyer durant les derniers mois).

Ce que prévoit le contrat de location

De l’avis de personnes expérimentées dans ce domaine, les propriétaires d’agréments ainsi que les loueurs préfèrent la deuxième option pour les raisons suivantes : pour le propriétaire, il aura la possibilité de se désengager vis-à-vis du locataire au bout de 5 ans, et également la possibilité d’augmenter le loyer et d’exiger le paiement d’une autre hlawa. Pour le locataire, il aura à payer une hlawa moins importante que pour une durée de 10 ans, et un loyer moins important que s’il choisissait de ne pas la payer.
Après vous être mis d’accord, vous concrétiserez à travers un contrat de location qui spécifie la durée, la valeur du loyer de l’agrément, les engagements et les droits de chaque partie.

Vous payez la voiture mais elle ne vous appartient pas

Vous avez obtenu l’agrément, il vous reste à trouver une voiture. Pour les petits taxis, les professisonnels du secteur ont leurs préférences (Fiat Palio ou Uno, Dacia Logan, Peugeot 205 ou 206…). Là, selon vos ressources, vous l’achetez soit au comptant, neuve ou d’occasion, soit à crédit. Les prix varient entre 70 000 et 130 000 dirhams pour le neuf, 40 000 et 80 000 dirhams pour l’occasion. Acheter la voiture au comptant vous épargnera de payer chaque fin de mois une traite de l’ordre de 2 000 dirhams. Par contre, il vous faudra un bon capital de départ, surtout si vous optez pour du neuf. L’achat à crédit diminuera la dépense d’investissement au début, mais vous privera de quelque 20 000 dirhams annuels de recettes. Cela dit, si vous choisissez un achat à crédit, choisissez la location avec option d’achat (LOA) afin de bénéficier de l’exonération de la TVA.
Quel que soit le mode d’acquisition de la voiture, l’utiliser comme taxi impose de la mettre au nom du propriétaire de l’agrément. C’est comme si vous la lui vendiez, sans rien toucher en contrepartie. Ce transfert de propriété se fait car la voiture doit appartenir au détenteur de l’agrément, sinon l’autorisation de mise en circulation ne sera pas délivrée par la wilaya. Toutefois, afin de préserver les droits de chacun, une clause est insérée dans le contrat de location de l’agrément, stipulant que la voiture restera la propriété de l’exploitant du taxi, même si elle est au nom du détenteur de l’agrément, et que ce dernier s’engage à la re-transférer à son propriétaire naturel, contre la restitution de l’agrément. Cela nécessite toutefois que la confiance règne entre les deux parties, car le transfert de la voiture se fait avant l’établissement du contrat de location de l’agrément qui, lui, préserve les droits du propriétaire.

Profitez des vides juridiques

Si vous achetez la voiture au comptant, vous êtes libre de la muter au nom du propriétaire de l’agrément. La situation est, en revanche, plus complexe dans le cas où vous achetez la voiture à crédit. Dans ce cas, le véhicule ne vous appartient pas, puisqu’il est nanti en faveur de la société de financement. Là aussi, on a pu trouver une solution pour contourner ce problème. C’est le propriétaire de l’agrément qui signe les documents du crédit, et la voiture est mise en circulation directement en son nom. Dans le contrat de crédit, une clause est ajoutée, précisant que c’est l’exploitant du taxi qui est tenu de payer les mensualités et qu’en cas de défaillance de ce dernier, le propriétaire de l’agrément n’est tenu par aucun engagement. Dans ce cas, l’agrément est pris comme garantie. En cas d’insolvabilité, la voiture est saisie par l’organisme financier, et l’agrément est restitué à son propriétaire.

Les formalités d’usage auxquelles il faut se conformer

Une fois toutes ces démarches achevées, il ne reste que quelques formalités avant la mise en circulation du taxi. Une fiche technique est constituée pour être présentée à la wilaya. Elle contient une copie de l’agrément, une copie du contrat de location, la carte grise de la voiture et un rapport d’examen technique.

Trouvez un chauffeur de confiance

Et après avoir peint le véhicule aux couleurs de la ville, installé le porte-bagages et le compteur et inscrit le numéro de l’agrément, il ne reste plus qu’à trouver des chauffeurs pour démarrer l’activité. Généralement, ils sont deux chauffeurs à faire fonctionner le taxi pour la journée. Le premier commence le matin et termine l’après-midi (6h-16h), le deuxième prend la relève jusqu’à une heure tardive de la nuit (minuit ou une heure du matin). Le reste du temps est consacré à la mise au «repos» du véhicule.
La relation qui vous liera aux chauffeurs a été simplifiée par la pratique dans ce domaine. Une recette fixe leur sera exigée, quelle que soit leur recette de la journée, puisque vous ne disposez d’aucun moyen de contrôle. La recette journalière fixe courante sur le marché est de 150 dirhams pour chaque chauffeur (dans le cas de deux chauffeurs), soit 300 dirhams que vous allez toucher en fin de journée. Le carburant est à la charge des chauffeurs. Les dépenses qui sont à la charge du propriétaire du taxi sont les frais d’assurance, d’entretien (vidange, pneus, lavage…), l’impôt sur l’agrément et la visite technique tous les six mois.

Des bénéfices… et un casse-tête chinois

En diminuant ces charges, et dans l’hypothèse d’une continuité de l’exploitation, la recette mensuelle nette, selon notre simulation, est de l’ordre de 7 000 dirhams si les deux taxis sont à crédit et de plus de 10 000 dirhams si le véhicule est acheté au comptant. Le capital de départ est amorti au bout de deux ans et quelques mois, avec un taux de rentabilité compris entre 37% et 53%. Intéressant !

Une affaire à surveiller pour une bonne rentabilité

La difficulté de ce business se trouve au niveau de la relation qui vous liera avec les chauffeurs de vos taxis. Ces derniers gagnent en moyenne 100 dirhams par jour en les conduisant. Ce «faible» rendement incite certains à manigancer afin de gagner plus. Et les idées ne manquent pas : ne pas faire l’entretien du taxi tout en vous le facturant, «bricoler» un filtre au lieu de le changer, utiliser le taxi à des fins qui peuvent vous causer des ennuis… De plus, si les chauffeurs ne prennent pas soin du véhicule, il va rapidement s’user, et cela pourrait mener à son arrêt temporaire ou définitif.
Ce qu’il faut faire, c’est chercher des chauffeurs de confiance. Employer quelqu’un de la famille pourrait régler le problème.
Votre chauffeur doit, en outre bien connaître la ville, être soucieux de l’état du véhicule et, bien sûr, courtois avec ses clients.
Il faut par ailleurs récupérer la recette quotidiennement. Une corvée ? Peut-être, mais c’est toujours mieux que de courir le risque de conflits par la suite.
Il vaut mieux également assurer vous-même l’entretien du taxi, pour être sûr de son maintien en bon état.
Bref, vous aurez à vous occuper sérieusement de votre affaire si vous souhaitez qu’elle continue à… rouler