Revenir en Bourse ? Pas avant 2014…

Au vu de l’état de l’économie et des résultats des sociétés cotées, certains professionnels estiment que 2013 sera comme 2012. D’autres, plus optimistes, prévoient un début de reprise au second semestre 2013.

La bourse se porte de plus en plus mal et la situation risque de perdurer. C’est le constat que font bon nombre de professionnels de la place. En fait, le marché a entamé son trend baissier en 2008, et il s’enfonce chaque année un peu plus (hormis 2010 où il avait réalisé une performance exceptionnelle de 21% grâce à l’opération de retrait d’Ona et Sni de la cote).
Cette année, l’indice général creuse encore ses pertes qui s’élèvent depuis le 1er janvier à 17,2% en date du 18 octobre. A la même date de l’année précédente, le Masi avait réalisé une baisse de 10%.
Du côté des volumes, la situation n’est pas moins catastrophique. Les transactions sur le marché central ont totalisé 20,6 milliards de DH depuis le début de l’année contre 27,2 milliards une année auparavant, soit une baisse de 20,6%, sachant que 2011 était également une année baissière. En y ajoutant les échanges sur le marché de blocs, les apports de titres, les augmentations de capital…, la chute ressort à 50,7% pour un volume de 193 milliards de DH. Notons au passage que la moyenne quotidienne des volumes s’est établie à 102 MDH contre 134 MDH une année auparavant.

La situation est donc jugée «chaotique», selon des analystes. Qui plus est, «la chute du marché n’est pas du tout équilibrée. Les valeurs BMCE, CGI, Attijariwafa, BCP, par exemple, s’échangent toujours à des ratios boursiers élevés». De ce fait, le marché continue à traiter à un PER (rapport entre le cours par action et son bénéfice net unitaire) élevé en comparaison avec les bourses voisines (voir encadré).
Outre le manque de confiance qui persiste depuis le déclenchement de la crise en 2008, le contexte de l’économie nationale dans sa globalité n’arrange pas la situation. En effet, les finances publiques se dégradent de plus en plus, le déficit extérieur du Maroc atteint un record au point que les besoins de liquidités dépassent désormais les 70 milliards de DH, le taux de croissance prévu pour cette année n’est pas encourageant et les résultats que viennent de publier les sociétés cotées sont en baisse de 11%.

Au vu de tous ces éléments, à quel moment prévoit-on une reprise réelle du marché ? Qu’est-ce qui permettrait son déclenchement ? Ce moment est-il opportun pour se placer sur les valeurs à potentiel de croissance intéressant ?
L’ensemble des professionnels espère certes une reprise imminente du marché boursier. Cependant, celle-ci doit absolument être couplée à un retour de la liquidité sur le marché et à une réorientation de l’épargne vers le marché actions plutôt que vers les produits des taux. Mais l’étendue du canal baissier actuel demeure la pièce manquante du puzzle. Certains d’entre eux estiment que l’année prochaine serait semblable à celle en cours. Et pour cause, le contexte économique actuel ne risque pas de changer et le projet de Loi de finances au titre de 2013 n’encourage pas l’investissement en Bourse, selon les analystes. En effet, chez Upline Securities, «le volet concernant le marché boursier du projet de Loi de finances est décevant. Hormis la reconduction de l’abattement fiscal pour les entreprises souhaitant s’introduire en bourse, il n’existe aucune incitation fiscale en faveur des investisseurs. Une réduction de l’imposition sur les plus-values de placements en actions aurait été une mesure encourageante».

Néanmoins, d’autres professionnels, plus optimistes, pensent que la reprise du marché devrait avoir lieu au cours du second semestre 2013. «Techniquement, le marché devrait achever sa dernière phase de ce cycle baissier. Les résultats annuels au titre de 2012, qui pour la plupart des analystes de la place devraient s’inscrire en retrait par rapport à 2011 (voir encadré), constitueraient un bon signal pour le marché, dans le sens où cela se reflétera sur leurs cours boursiers, qui deviendraient plus intéressants», estime l’un d’entre eux.

Le Masi devrait finir l’année avec une baisse de 22%, voire plus

En tout cas, pour le moment, les investisseurs demeurent frileux quant au placement en Bourse. «Même avec un niveau de 9 100 points atteint par le Masi, les acheteurs sont quasi absents sur le marché», signale un trader de la place. Le constat est clair, d’un état d’attentisme général, les intervenants sont passés à un manque de confiance total, que ce soit du côté des institutionnels que des particuliers. Notre trader rajoute : «L’absence totale de visibilité est tellement généralisée que les investisseurs, même les plus qualifiés, hésitent à se positionner sur le marché, s’attendant ainsi à une baisse encore plus prononcée». Ce qui n’est pas à exclure puisque pour Upline Securities, le Masi pourrait se diriger vers les 8 500 points si aucun événement majeur ne se produit pour rétablir la situation. Ce qui établirait sa contre-performance annuelle à près de 22%. Les analystes d’Attijari Intermédiation estiment pour leur part que le marché pourrait se diriger vers les 8 250 points, soit un potentiel de baisse de 11% supplémentaire par rapport au niveau actuel du Masi.

Si le trend baissier est sur toutes les langues, du moins pour la période allant jusqu’à la fin du premier semestre de l’année 2013, le timing d’investissement, lui, ne fait pas l’objet de consensus. En effet, les traders et analystes contactés ne sont pas unanimes sur le moment de se replacer en position acheteuse en bourse.  L’un d’entre eux souligne que «le marché regorge de valeurs intéressantes en termes de valorisation. Il est donc temps que les market makers, notamment les compagnies d’assurance et les caisses de retraite, fassent leur come-back sur la place». Par contre, un autre estime que tant que le marché ne présente pas un signal fort de hausse, il n’est pas du tout conseillé de se positionner sur les valeurs même correctement valorisés pour le moment.

Justement, quel peut être ce signal fort de hausse pour sortir la Bourse de Casa de son atonie ?
Celui qui fait l’unanimité sur la place est l’introduction en bourse d’une grosse entreprise, en l’occurrence publique. D’ailleurs, l’on se souvient du cycle baissier qu’a connu la Bourse de Casablanca de 1998 à 2003. Les investisseurs étaient dans l’attente d’une opération d’envergure pour revenir en bourse, et c’est l’introduction de Maroc Telecom en 2004 qui les a encouragés à le faire. Ainsi, une opération de privatisation à travers la Bourse serait bénéfique pour le marché dans l’état actuel des choses. Elle pourrait non seulement dynamiser la place avec les échanges qu’elle occasionnera, mais également tirer les autres valeurs vers le haut du fait du retour des investisseurs et des réajustements des portefeuilles, ce qui ne manquera pas d’améliorer la performance globale du marché. Seule condition aux yeux des professionnels, la société en question devrait présenter une valorisation attrayante pour qu’elle intéresse aussi bien les Marocains que les étrangers. La place évoque comme entreprises introductibles Marsa Maroc, l’OCP, le Crédit Agricole ou Jlec.

Le volet fiscal peut aussi constituer un fort signal de reprise. Selon un analyste, «il faut remettre en place les incitations fiscales pour les compagnies d’assurance, consistant en une exonération graduelle sur le produit de leurs placements financiers en fonction de la durée de détention des titres». Par ailleurs, le cadre fiscal encadrant les produits d’épargne mis en place en 2011 en faveur des particuliers n’est pas intéressant, puisque l’abattement fiscal ne s’applique qu’à la sortie (exonération de la plus-value). C’est la raison principale pour laquelle ils connaissent peu d’engouement. A titre de comparaison, ce type de produits a été un succès sur le marché tunisien du fait de l’avantage fiscal appliqué à l’entrée (déductibilité des versements dans les plans d’épargne de l’impôt sur le revenu).

Enfin, l’accélération de la mise en place des réformes en cours pour le marché financier peut aussi rétablir la confiance des investisseurs. En effet, le gouvernement doit donner le signal et faire adopter les lois concernant le marché à terme et le prêt-emprunt de titres par exemple. «Cela permettrait aux investisseurs de disposer de plus de moyens pour effectuer ses transactions sur le marché et de limiter les risques, ce qui améliorera la liquidité et, par conséquent, les volumes et l’évolution des indices», conclut un professionnel.