Que faire de vos titres Maroc Telecom ?

Après deux jours de réservation à la hausse, le titre a pu être échangé mercredi 15 décembre.
Recommandation des analystes : ne vendez pas et n’achetez pas. Attendez la stabilisation du cours.
Basculez vers les OPCVM pour mieux profiter de l’évolution future du titre.

Du jamais vu à la Bourse de Casablanca ! Du jamais vécu par les professionnels des marchés de capitaux marocains et par les investisseurs locaux, aussi gros soient-ils ! Jamais une opération d’introduction en Bourse n’a suscité autant d’engouement de la part du grand public ou permis de démontrer à quel point le marché boursier national pourrait être un vecteur de développement économique et de canalisation d’épargne.
L’introduction en Bourse de Maroc Telecom est une première à plus d’un titre. Records historiques (voir encadré ci-dessous) et innovations à la pelle.
« Tout le monde s’est trompé quant à l’ampleur du succès attendu de l’opération, à commencer par nos conseillers…», avoue Abdeslam Ahizoune, président du directoire de Maroc Telecom qui s’exprimait à la Bourse de Casablanca à l’occasion d’une réception offerte par la Bourse pour accueillir le titre, mercredi 15 décembre. « Tant mieux pour nous », réplique illico, un investisseur qui, pourtant, n’a reçu qu’une minuscule quantité d’actions MT, par rapport à ce qu’il avait demandé.
Tant mieux pour les institutionnels… et pour les particuliers. Vous étiez près de 130 000 à avoir souscrit à l’OPV. Vous faites partie essentiellement du Grand Casablanca (34,37 % en nombre et 95 % des titres demandés), mais toutes les régions du pays ont formulé leur souhait d’acquérir des actions Maroc Telecom. Vous êtes en majorité des salariés du privé (37,1 %), mais les autres activités sont également représentées (voir graphique).

5,29 millions de titres échangés au cours de la séance de mercredi
Même les «sans-emploi » en veulent. Femmes au foyer, enfants mineurs… ont représenté 12,1 % des souscripteurs. Ces chiffres traduisent l’ampleur de l’engouement. Nombreux sont ceux qui ont souscrit en leur nom personnel, mais aussipour leurs conjoints et enfants (les femmes au foyer sont classées dans la catégorie «sans emploi»).
L’ambiance était euphorique mercredi matin encore à la Bourse de Casablanca. Le gratin de la finance national y était présent pour saluer l’arrivée du titre sur le marché et Abdeslam Ahizoune, accompagné de Fathallah Oualalou, a fait sonner symboliquement la cloche à 10 heures pour ouvrir la séance boursière.
Bien que la cotation ait débuté lundi 13 décembre, le titre n’a traité que deux jours après, tellement l’écart entre le prix exigé par les vendeurs et celui offert par les acheteurs était important. Après deux jours de réservations à la hausse (mécanisme actionné dès que le prix d’équilibre dépasse de plus de 6 % le dernier cours enregistré), le marché a fini par enregistrer les premières transactions sur le titre Itissalat Al Maghrib. 5,29 millions de titres ont été ainsi échangés au cours de la séance du mercredi à des cours allant de 78,3 à 81,22 dirhams par action. La valeur a clôturé la séance de mercredi à 79,99 dirhams, soit +17,06 % par rapport aux 68,25 DH correspondant au prix d’introduction. En même temps, à Paris, elle cotait 7,28 euros (à 15 h 28 GMT).

Allocation : les personnes physiques ont bénéficié d’un traitement de faveur
Il faut dire que le prix d’équilibre se situait aux alentours de 150 dirhams le lundi, pour une demande de 2,5 millions de titres, contre une offre de 828 000. Le lendemain, il était encore plus élevé (170 DH environ). Ce qui à poussé la Bourse, mercredi, à0 retirer du système informatique tous les ordres pour rouvrir la séance à 11 h 18, au cours de 81,22 DH.
A la clôture de la séance, les meilleurs acheteurs proposaient 79,9 dirhams pour des commandes de près de 186 000 titres.
Cela dit, que faut-il faire de vos titres Maroc Telecom et du surplus d’argent que vous aviez mobilisé et qui n’a pas été utilisé ?
Sachez d’abord que vous êtes plus chanceux que les institutionnels marocains et encore plus que les étrangers. Ces derniers n’ont eu, respectivement, que 7,29 % et 3,04 % de ce qu’ils avaient demandé.
L’Etat a voulu en effet «faire un geste» pour rendre l’action «populaire». Les personnes physiques ont ainsi pu bénéficier d’un traitement de faveur lors de l’allocation des titres. Les taux de satisfaction ont été de :
– 100 % de la demande pour la tranche de souscription inférieure à 1 000 dirhams ;
– 50 % pour la tranche comprise entre 1 000 et 10 000 dirhams ;
– 25 % pour la tranche comprise entre 10 000 et 50 000 dirhams ;
– 18,08 % pour la tranche supérieure à 50 000 dirhams.
Qu’est-ce qu’il faut faire, donc ? A suivre les recommandations de la plupart des conseillers, il vaut mieux temporiser. Autrement dit, ne rien faire. Gardez vos actions et n’en achetez pas davantage. Attendez que les cours se stabilisent avant de vous renforcer sur cette valeur. Mais si, fondamentalement, toutes les sociétés de bourse de la place recommandent le titre à l’achat et le qualifient de blue chip ou «valeur de fonds de portefeuille», le meilleur moyen pour les petits porteurs serait de passer par un OPCVM (Organisme de placement collectif en valeurs mobilières). En effet, la plupart d’entre vous (plus de 100 000 souscripteurs) font leurs premiers pas dans le marché boursier. Et ce dernier ne doit pas être considéré comme un casino.
L’investissement en actions doit se faire sur le long terme. Vous n’avez ni le temps ni les moyens ni les instruments de prise de décision dont dispose un gestionnaire d’OPCVM. Ce dernier est un organisme financier qui collecte votre épargne et qui l’utilise pour constituer un portefeuille de valeurs mobilières (actions, obligations…). Il est géré par des professionnels, à plein temps, et veille à assurer une rentabilité optimisée des fonds investis. Sa stratégie de gestion est clairement définie au moment de son agrément par le Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM, gendarme du marché). En fonction de votre degré d’aversion au risque et de vos objectifs de placement, vous pouvez investir dans des OPCVM spécialisés dans les actions (risque élevé, mais associé à une espérance de rentabilité très élevée), les obligations (risque relativement faible avec une rentabilité tout aussi faible) ou même dans des OPCVM dits monétaires qui promettent des rendements très faibles mais dont le risque de perte est quasiment nul. Vous pouvez également investir dans des fonds diversifiés qui combinent actions et obligations pour optimiser le couple risque/rendement.
Les plus pressés peuvent toujours réaliser leurs bénéfices. Mais ce scénario ne doit être suivi que si vous avez emprunté de l’argent et que vous devez le rendre dans les plus brefs délais. Vous passerez ainsi à côté d’une excellente occasion de développer une épargne boursière qui s’appréciera au gré de l’évolution du marché et surtout à mesure que votre gestionnaire d’OPCVM saisira les opportunités qui se présenteront à lui. Notons en outre que la fin de l’année apporte souvent son lot d’évolutions. Les indices devraient remonter d’ici le 31 décembre et, si vous n’êtes pas partie prenante, il serait dommage que cela se fasse sans vous ! .

Selon le rapport demande/offre exprimé, le prix d’équilibre théorique qu’aurait atteint l’action serait de 150 DH le lundi 13 décembre et de 170 DH le jour suivant.

Il serait opportun d’employer le surplus d’argent que vous avez mobilisé pour l’opération Maroc Telecom, et qui n’aura pas été utilisé, pour faire un placement en OPCVM actions. D’ici le 31 décembre, les indices boursiers devraient remonter.

Un moment d’émotion : Abdeslam Ahizoune ouvre solennellement la séance du mercredi 15 décembre en sonnant la cloche de la salle des marchés flambant neuve.