Que faire de vos actions BCM, Wafabank et Wafa Assurance ?

Pas de pronostics fermes avant la clôture des comptes 2003 et la fixation
des modalités de l’OPA.
En attendant, conservez voire achetez Wafa Assurance et gardez les titres Wafabank
et BCM. Dans tous les cas, vendre maintenant serait précipité.

Sous réserve de l’autorisation des autorités monétaires, la fusion Wafabank-BCM aura lieu en octobre 2004 (le temps d’opérer une montée supplémentaire dans le capital de Wafabank). C’est en tout cas ce qu’a annoncé Khalid Oudghiri, PDG de la BCM, lors d’un point de presse tenu en début de semaine, conjointement avec l’ancien propriétaire d’OGM, le holding qui réunit les participations de la famille Kettani dans le secteur de la banque et de l’assurance.
Lors de ce point de presse, l’acquéreur et le vendeur se sont longuement exprimés sur les motivations de l’opération et ses bienfaits sur l’économie nationale (cf. notre article dans la rubrique économie en page 14). Mais les petits actionnaires resteront sur leur faim. Pas de précisions ou presque sur le devenir de leurs titres. Si ce n’est l’annonce d’une offre publique d’achat portant sur le reste du capital de Wafabank. L’annonce en soi est une information importante certes, mais ses modalités ne sont pas encore arrêtées. Tout ce que l’on sait aujourd’hui, et encore, l’information est fournie seulement à titre indicatif, c’est qu’elle se fera après la clôture des comptes 2003, et qu’une prime de l’ordre de 15 % par rapport à la moyenne des cours de Bourse de Wafabank sur une période significative, avant l’acquisition du 24 novembre, sera offerte aux porteurs des titres de l’ancienne banque de Moulay Ali Kettani. Quelle période sera-t-elle prise en considération ? Comment sera jugé l’état de Wafabank (et partant, le cours) après la clôture des comptes 2003 ? La banque vert et or connaîtra-t-elle le même sort que la BCM à l’arrivée de Khalid Oudghiri : provisionnement à outrance et donc chute conséquente des résultats et faibles valorisations par la suite ?… Beaucoup de questions restent sans réponse pour le moment. L’une d’entre elles revêt pour les porteurs d’actions une importance capitale : que faire de ses actions BCM, Wafa assurance et Wafabank dans ces conditions?
Tous les analystes vous le diront, il serait prématuré de formuler des recommandations définitives d’achat ou de vente. Mais on peut toujours faire des paris raisonnables, à la lumière des déclarations de bonnes intentions. Les analystes sollicités partagent dans leur grande majorité nos choix.

BCM : la valeur monte. Jusqu’à quand ?
Le projet de fusion est créateur de valeur pour la BCM. M. Oudghiri, son patron, a annoncé grossièrement un chiffre de 1,2 milliard de dirhams de gains ou de réduction des coûts qui résulteraient de la synergie entre les trois entités, ce qui correspond à 70 à 150 dirhams par action. Il semble en outre naturel que toute opération future se fera dans l’intérêt des actionnaires actuels de la BCM. Si vous détenez des actions de la Banque commerciale du Maroc, vous possédez déjà votre ticket d’entrée dans le tour de table du nouvel ensemble, le premier groupe bancaire et financier du Maroc.
Généralement, quand une société en acquiert une autre sur le marché boursier, son prix accuse une légère baisse correspondant au prix (ou plutôt à la prime) qu’elle a dû payer pour se l’offrir. Ses ratios sont donc ajustés en conséquence. Ce scénario ne s’est pas produit dans le cas de la BCM. Au contraire, la valeur a été réservée à la hausse lundi. Mardi, 2 décembre elle a traité à 900 dirhams, prenant ainsi 10 % par rapport à son cours d’avant suspension.
Cela pourrait s’expliquer par la soif du marché mais aussi la réalisation d’un objectif stratégique, à savoir la naissance tant souhaitée de ce «champion national».
Le marché a bien accueilli l’opération. Un spécialiste estime pourtant qu’une évolution exagérée du titre BCM ne serait pas très bénéfique au marché. La BCM pèse lourd dans l’indice global de la place et une forte progression est à même de doper de manière artificielle la performance du marché. Mardi, le Masi affichait déjà orgueilleusement +32 % par rapport au début de l’année. «Il faudrait refroidir le marché, garder un potentiel de hausse pour 2004 et 2005, et éviter l’alimentation d’une bulle financière !», estime notre spécialiste.
Cela dit, il serait intéressant de réaliser ses bénéfices au cours actuel, et de se repositionner plus tard, quand les cours seront revenus à des niveaux plus raisonnables… A condition, bien sûr, de trouver des titres à acheter et qu’ils soient revunus à ces «niveaux raisonnables».

Wafabank : «wait and see»
Selon la période sur laquelle portera le calcul de la moyenne des cours, et compte tenu d’une prime de 15 %, la BCM devrait proposer un prix de 730 à 760 dirhams par action Wafabank aux actionnaires qui souhaiteraient apporter leurs titres à l’OPA. Ce niveau est désormais synonyme pour le marché du seuil maximum que pourrait atteindre la valeur. Les petits actionnaires de Wafabank n’ont apparemment pas trop le choix s’ils agissent individuellement et s’ils désirent apporter leurs titres à l’OPA.
L’Association marocaine pour la défense des actionnaires minoritaires (Amdam) a déjà fait connaître son mécontentement. Hassan Kettani, son président, ne réclame pas moins, pour les petits porteurs, que les mêmes privilèges concédés à OGM et éventuellement aux actionnaires étrangers (Crédit agricole français et BBVA espagnole). Anticipant, il annonce d’ores et déjà qu’un prix de 750 dirhams par action Wafabank serait «ridiculement bas». Il réclame en outre de rendre publics les rapports d’évaluation et demande au CDVM de faire son travail de gendarme du marché et ce, quel que soit l’initiateur de l’offre.
La question de la valorisation a été justement laissée dans le flou. Les responsables de la BCM refusent, en tout cas pour l’instant, de dissocier l’ensemble (valorisation de Wafa Assurance et de Wafabank chacune prise individuellement). Ils déclarent avoir acheté le tout et donc avoir offert un prix pour OGM en tant que tel.
Pour Khalid Oudghiri, le montant de la transaction correspond au cours de la Bourse (70,5 % de Wafa Assurance et 15,5 % de Wafabank) mais aussi au goodwill, c’est-à-dire une partie des synergies (parce qu’il faut bien réserver l’autre partie à l’acquéreur) qui naissent du contrôle d’une banque et d’une compagnie d’assurance en même temps (bancassurance) et d’autre part celles qui existeront avec le réseau BCM. Sans compter «certains ajustements prévus dans le contrat» (il faut entendre par là une garantie du passif).
Notre conseil : il vaut mieux garder ses actions Wafabank en attendant le dénouement des tractations. Si l’action de l’Amdam aboutit – et elle a des chances d’y parvenir puisque la BCM doit encore mettre la main sur près de 20% d’actions Wafabank pour atteindre les deux tiers du capital nécessaires avant de procéder à une fusion -, le niveau de 750 DH peut être dépassé. Wait and see, donc.

Wafa Assurance : acheter ou du moins conserver
Les analystes restent divisés sur cette valeur. Et pour cause, un flou plane encore sur la relation future de la société avec AXA Assurance Maroc, détenue conjointement par ONA et AXA France et partenaire stratégique de la BCM, apportant savoir-faire et, surtout, contrats des multinationales.
Du côté de la BCM on laisse entendre qu’il faut désormais compter avec Wafa Assurance. Dans ce cas, la compagnie ne pourra que prendre de la valeur puisqu’elle accédera en plus de sa clientèle Wafabank (qui représente 40 % de son business) à celle du réseau BCM. Ou du moins à une partie, dans un premier temps.
La recommandation d’investissement dans ce cas sera, si ce n’est de renforcer le portefeuille, au moins de le conserver.
Ceci dit, l’évaluation d’une compagnie d’assurance n’est pas une tâche des plus aisées. Encore moins quand il s’agit d’une compagnie mixte comme la Wafa Assurance qui commercialise à la fois les produits vie et non-vie.