Produits bancaires : le Maroc comparé à  ses voisins

La Tunisie, l’Egypte et la Jordanie offrent une rémunération pour les dépôts à  vue. Au Maroc, le taux du compte sur carnet est plus intéressant. Pour le crédit immobilier, les banques marocaines appliquent des taux raisonnables.

Le secteur bancaire marocain a enregistré de grandes avancées ces dernières années. Outre l’évolution du cadre réglementaire et le renforcement de la solidité des établissements de la place, l’offre de produits bancaires s’est nettement diversifiée en s’adaptant à toutes les catégories de la population, et le taux de bancarisation a sensiblement progressé grâce à une meilleure couverture du territoire national et à un accès facilité aux différents services bancaires. Ceci est le fruit d’une concurrence acharnée que se livrent les banques marocaines depuis des années, et d’une supervision rigoureuse du secteur par la Banque centrale. Les organismes internationaux à l’instar du FMI ou de la Banque mondiale ne cessent d’ailleurs de noter avec satisfaction ces évolutions et distinguent le Maroc par rapport aux autres pays de la région ou à économie comparable. Mais qu’en est-il justement de ces pays ? A quel niveau se positionne le Maroc par rapport à ses voisins arabes, par exemple l’Algérie, la Tunisie, l’Egypte et la Jordanie, notamment en matière de produits et services bancaires proposés ?

Tout d’abord, il y a lieu de noter que les banques égyptiennes, algériennes et jordaniennes opèrent dans un environnement peu concurrentiel, dominé par les établissements publics, contrairement aux banques marocaines. «Ce système bureaucratique n’est pas favorable à la création de nouveaux produits bancaires à même de satisfaire les besoins des citoyens», explique Mohammed Agoumi, directeur général délégué en charge de l’international de BMCE Bank. «C’est d’ailleurs pour cette raison qu’en Egypte, par exemple, BNP Paribas et la Société Générale se sont désengagées du pays au profit des Emirats Arabes Unis», ajoute-t-il.

Néanmoins, en étudiant l’offre bancaire dans ces pays, on constate premièrement que les types de comptes proposés sont les mêmes qu’au Maroc, à quelques différences près. En effet, dans tous ces pays on peut ouvrir des comptes courants, des comptes d’épargne et des dépôts à terme. Le Maroc est même dépassé par l’Egypte, la Jordanie et la Tunisie sur un aspect : ces trois pays offrent une rémunération des dépôts à vue. La Jordanie applique par exemple un taux d’intérêt créditeur de 0,42% alors qu’en Tunisie ce taux est plafonné à 2%. Au Maroc, l’idée de rémunérer les comptes à vue a fait débat à une certaine époque, mais à ce jour, ces dépôts ne sont toujours pas rémunérés.

En outre, les autres pays offrent la possibilité à tout client d’ouvrir un compte en devises étrangères, généralement en euro ou en dollar, plafonné à un certain montant. Cela est certes permis au Maroc, mais reste réservé aux MRE, aux étrangers résidant au pays ou aux Marocains ayant une double nationalité.

Cela dit, en matière de rémunération de l’épargne, le Maroc se place largement au-dessus des pays voisins avec un taux de 3,74% pour les comptes sur carnet contre 1,25% en Algérie, 3,7% en Jordanie et 3,5% en Tunisie. Il est également bien positionné en matière de rétribution des dépôts à terme avec un taux moyen de 3,50% pour les comptes bloqués sur six mois. L’Algérie les rémunère à 1,25%. Par contre, le taux est largement plus intéressant en Jordanie avec 4% ou encore en Egypte avec 7,9% et en Tunisie avec 5%.

Pas de crédit conso en Algérie

Au niveau des crédits, il faut savoir que l’Algérie reste à la traîne par rapport aux autres pays. «Le pays reste dominé par un système bancaire administratif, loin d’être à l’écoute des attentes du client», affirme M. Agoumi. En effet, les clients algériens n’ont pas droit au découvert bancaire. Mais l’un des retards historiques enregistrés par ce pays est l’absence de crédit à la consommation. Ce produit a été interdit en 2009 par le gouvernement algérien. Les autorités discutent d’un possible retour de cette forme de crédit en 2014, mais uniquement pour l’achat de produits algériens. Le marché algérien se fait également écho d’un plafonnement de ce type de crédit à 500 000 dinars, avec une capacité d’endettement du client de 30% maximum.

Les autres pays offrent le crédit à la consommation qui se décline, tout comme au Maroc, en prêt personnel, en crédit auto et en crédit à l’équipement. Toutefois, les taux d’intérêt diffèrent. Ils restent élevés en Egypte et au Maroc avec près de 12%. En revanche, la Tunisie applique un taux de 7,50% en moyenne contre 10% en Jordanie.

Le crédit immobilier, lui, est proposé par l’ensemble des banques de ces pays. Cependant, des différences existent non seulement en termes d’offre mais également en termes de taux. Par exemple, la Tunisie offre un crédit dédié exclusivement à l’aménagement d’un bien immobilier au moment où l’Algérie a mis en place des conditions de prêts préférentielles pour les fonctionnaires et les personnes à revenus modestes. Les premiers peuvent bénéficier d’un taux de 1% alors que pour les seconds, le taux peut varier de 1% à 3% selon le niveau de leur revenu annuel.

Pour les salariés, les banques algériennes appliquent un taux de 7,5% avec une durée de prêt pouvant aller jusqu’à 40 ans. La Tunisie, elle, facture le crédit logement à 6,9%. En Egypte et en Jordanie, les taux relatifs à un prêt long terme sont plus chers qu’au Maroc avec un niveau avoisinant 10% dans le premier pays et 8,25% dans le second. «Même si l’offre de crédit logement est présente en Egypte, elle reste chère, voire inaccessible pour les particuliers», précise M. Agoumi, au vu des conditions imposées et des garanties exigées, particulièrement pendant ces dernières années avec les différents bouleversements politiques qu’a connus le pays.

Par ailleurs, seul le crédit à taux fixe est proposé par les banques algériennes. Le système bancaire algérien ne dispose pas de centrale des risques.
Enfin, sur le plan de la monétique, le Maroc a connu une évolution comparable à celle des autres pays. En effet, l’offre rassemble les cartes bancaires permettant le retrait et le paiement, les achats électroniques, le transfert d’argent et même le mobile banking. Toutefois, les banques marocaines se démarquent par rapport aux autres en mettant sur le marché des cartes spécifiques, comme les cartes rechargeables et celles dédiées au seul paiement sur les sites marchands.