Privilégiez les placements bancaires en attendant la reprise de la Bourse

En plus de la sécurité du rendement, les placements bancaires vont commencer à  rapporter plus à  l’avenir. Les besoins du Trésor et la pression sur les liquidités bancaires vont tirer les taux de rémunération de ces produits à  la hausse. La volatilité et le manque de confiance en Bourse risquent de persister même en 2012.

Ce sont plus de 7 000 particuliers qui ont souscrit à l’introduction en Bourse de la société Stroc Industrie en juin dernier. Ils ont investi un peu plus de 40 MDH, et espéraient réaliser une petite plus-value en cédant leurs actions quelques semaines plus tard. Le 25 juillet, le titre de ce spécialiste des installations industrielles affichait une baisse de 3% par rapport à son cours d’introduction de 357 DH. Une baisse que personne ne pouvait envisager, il y a 4 ans, pour une valeur nouvellement admise à la cote, tellement, à l’époque, les cours s’envolaient dès les premières séances de cotation.
Ces 7 000 personnes physiques ne sont pas les seules à avoir subi les conséquences des sautes d’humeur du marché boursier. Depuis le début de l’année, ce dernier n’a épargné aucun investisseur. La baisse qu’a accumulée le Masi, indice de toutes les valeurs cotées, depuis le début de l’année, dépasse actuellement les 10%, alors que certaines valeurs ont vu leur cours chuter de moitié. La volatilité a sensiblement augmenté, en raison des troubles politiques dans la région et du mouvement de réformes au Maroc, et plusieurs particuliers ont laissé des plumes dans ce contexte d’incertitude.

La crise des dettes publiques risque d’empêcher la reprise du marché boursier en 2012

Certains professionnels du marché, dont l’activité a fortement reculé sous l’effet de la raréfaction des transactions (volume en baisse de 50% par rapport à 2010), promettent un retour de la confiance avant la fin de l’année, et parlent même de l’entame d’un cycle haussier de fonds en 2012. Sauf que l’environnement géopolitique dans la région, qui a été à l’origine de la tendance baissière actuelle de la Bourse, est toujours loin de montrer des signes d’amélioration, et le contexte économique et financier mondial, encore plombé par la crise des déficits publics et la menace de faillite de plusieurs pays occidentaux, pèse sur toutes les Bourses du monde, et cela ne manque pas d’affecter, ne serait-ce qu’indirectement, la tendance de la place de Casablanca. Certains économistes et financiers internationaux parlent même d’une aggravation de la situation en 2012, si des solutions concrètes et efficaces ne sont pas trouvées pour régler les problèmes d’endettement de pays comme la Grèce et les Etats-Unis.
A moins donc de constater une reprise palpable à la Bourse de Casablanca, à travers la formation de supports robustes pour le Masi (seuils ascendants que l’indice ne refranchit pas à la baisse) et une augmentation des volumes de transactions, il reste prudent de ne pas entrer sur le marché actuellement, quelles que soient les valeurs en vue, car il est régi par des facteurs psychologiques et non économiques.
Quelle alternative s’offre alors pour les particuliers qui souhaitent fructifier leur épargne ? Pour plusieurs conseillers patrimoniaux, que ce soit au Maroc ou ailleurs, mieux vaut privilégier actuellement les placements bancaires, autrement dit les bons de caisse et dépôts à terme pour des sommes relativement importantes, et le compte sur carnet pour une épargne petite ou moyenne (jusqu’à 400 000 DH).
Ces produits présentent d’abord l’avantage de la sécurité. Le capital est en effet garanti, et la rémunération est fixe, négociable au moment de la souscription entre le client et sa banque pour les bons de caisse et dépôts à terme, et fixée semestriellement selon une formule publique pour les comptes sur carnet. Les 3% à 4% que rapportent ces produits peuvent paraître faibles pour un investisseur habitué aux plus-values boursières de 2006 et 2007. Mais quand on les compare aux 10% de baisse qu’a enregistrés le Masi en un seul semestre cette année (sachant qu’il a également baissé de 13,5% en 2008 et de 4,9% en 2009), et aux chutes de cours qui atteignent les 50% pour certaines valeurs, Ces taux de rémunération bancaires regagnent de l’attrait.
La fiscalité relative à ces produits bancaires, et qui porte sur une retenue à la source de 30% du revenu d’intérêts, peut également sembler désavantageuse. Mais l’on oublie que même les performances boursières sont affichées en brut, et qu’il faut les amputer d’un impôt sur les plus-values de 15%, ce qui réduit l’écart entre la fiscalité des actions et celle des placements bancaires.

Jusqu’à 4,5% pour un dépôt à terme sur 12 mois actuellement

Il y a aussi l’avantage de la disponibilité. En effet, l’argent déposé dans un compte sur carnet peut être retiré à tout moment, sans frais, et celui placé dans un dépôt à terme est récupérable sans délai à l’échéance convenue, c’est-à-dire après six mois ou une année. Il peut même être retiré avant l’échéance, moyennant une pénalité qui vient en réduction de la rémunération prévue (taux d’intérêt convenu majoré de deux points, appliqué à la durée séparant la date de retrait de la date d’échéance). En Bourse, et compte tenu de la morosité actuelle (plusieurs séances à moins de 30 MDH de volume sur le marché central), des semaines peuvent s’écouler avant de pouvoir céder ses actions, souvent avec un prix bien plus bas que celui du premier ordre de vente émis.
Il faut savoir en plus que les taux de rémunération des placements bancaires sont appelés à augmenter au cours des années à venir. Certes, ils n’atteindront pas les niveaux exceptionnellement élevés des années 1990 (plus de 10% pour les dépôts à terme et plus de 8% pour les comptes sur carnet), mais selon les spécialistes, ils gagneront sans doute quelques points.
Déjà, ces taux de rémunération ont atteint leur plus bas historique au cours de ces dernières années (2,15% pour le compte sur carnet en 2003 et 3,48% pour le DAT à douze mois en 2005), et ont emprunté depuis une trajectoire ascendante. Actuellement, ils sont à 3% pour le compte sur carnet, à 3,4% en moyenne pour les DAT à six mois et à 3,87% pour ceux à douze mois. Au cours des prochaines années, leur hausse pourrait s’accentuer, et ce, consécutivement au renchérissement prévu du coût de l’argent sur les marchés de référence, à savoir le marché interbancaire et celui des bons du Trésor.
En effet, le taux des comptes sur carnet est indexé sur celui des bons du Trésor à 52 semaines observé un semestre plus tôt, diminué de 50 points de base. Celui des DAT n’est pas officiellement indexé sur les titres d’emprunt du Trésor, mais il est fixé par les banques en fonction des niveaux de rémunération exigés sur le marché monétaire et celui des bons du Trésor. Or, sur le premier marché, l’insuffisance de liquidités bancaires exerce depuis 2007 une pression sur les taux monétaires, et ce déficit de trésorerie chez les banques a sensiblement augmenté cette année et pourrait encore s’aggraver (voir page 24). Jusqu’à présent, Bank Al-Maghrib assure une certaine stabilité sur ce compartiment, à travers le maintien du taux directeur inchangé à 3,5%, compte tenu d’une inflation toujours faible, et de ses injections hebdomadaires de liquidités. Mais s’il arrive que les pressions sur le Budget de l’Etat et sur les prix à la production repartent à la hausse, en raison notamment de la flambée des prix des matières premières importées (pétrole et céréales, entre autres), le taux directeur sera relevé, et les taux monétaires augmenteront systématiquement.
Sur le marché des bons du Trésor, la stabilité actuelle des taux va prochainement céder la place, comme le prévoient les banquiers, à une pression haussière, surtout en ce qui concerne les bons de maturités courtes, sur lesquels les comptes sur carnet sont indexés. En cause, l’augmentation des besoins de financement du Trésor prévue à partir de ce second semestre, en raison d’une enveloppe de compensation plus conséquentes, suite à la flambée des prix du pétrole, et des coûts engendrés par les différentes augmentations de salaires et promotions dans la fonction publique.
Depuis le début de l’année, les prêteurs au Trésor, que sont les institutionnels, ont montré un certain engouement pour les titres de l’Etat, rendant ainsi possible la stabilité actuelle des taux. Mais dès que l’augmentation de ses besoins se fera sentir de manière persistante, les taux obligataires augmenteront, et avec eux, tous les taux bancaires.