Pour quel placement faut-il opter en 2016 ?

Dans un contexte toujours perturbé, les fonds obligations de moyen et long terme sont les plus indiqués. Les risquophiles peuvent s’orienter vers le marché actions, à travers les OPCVM de préférence.

L’année 2015 n’est pas encore bouclée mais les gestionnaires et les investisseurs ont déjà commencé à mettre en place leurs stratégies de placement pour 2016. Un exercice devenu compliqué dernièrement. Et pour cause, le contexte global reste perturbé et les rendements de tous les produits de placement s’amenuisent d’année en année. Après que la bourse a réussi à regagner la confiance des investisseurs et à enregistrer des hausses successives, la donne a complètement changé, à cause notamment des affaires Alliances, la Samir… Actuellement, l’indice général du marché continue de plonger et n’est pas près de se redresser. De leur côté, les produits de taux, notamment les OPCVM obligations, ne rapportent plus autant comme auparavant. Fini les rendements qui pouvaient atteindre 10% il y a 2 années. La chute des taux des bons du Trésor, en raison de l’amélioration des finances publiques, est la principale raison de cette tendance, laquelle touche également les placements bancaires et l’assurance-vie. Reste alors les produits de placement non financiers, à l’instar de l’or et de l’immobilier, qui peuvent bien rapporter mais qui demeurent réservés à des investisseurs qui misent plutôt sur le long terme.

Vu ces conditions, pour quel placement faut-il opter en 2016 ? Il faut préciser que choisir tel ou tel produit dépend d’abord du montant investi, du profil de risque de l’investisseur et enfin de la rentabilité espérée. Une personne souhaitant disposer d’un placement liquide avec un minimum de rendement devrait s’orienter vers les fonds monétaires, obligataires de courte durée, ou encore les produits bancaires. En revanche, un investisseur exprimant plus d’appétit pour le risque devrait privilégier le segment obligations de moyen et long terme et actions.

Cela dit, certains analystes qui avaient privilégié l’investissement dans le marché actions au début de 2015, ne sont plus aussi convaincus de le faire. Le manque de visibilité règne toujours et la perte de confiance s’installe encore une fois auprès des investisseurs. «Le marché n’émet que des signaux négatifs qui plaident pour un mauvais comportement. Les réalisations des sociétés cotées sont décevantes et aucune introduction en bourse ne se profile à l’horizon. De plus, les réformes traînent ou tardent à produire leurs effets», se désole un professionnel. Toutefois, d’autres analystes restent optimistes, estimant que malgré la baisse du marché, bien des secteurs sont résilients et donc plusieurs opportunités sont à saisir (voir encadré). Pour éviter tout renversement de tendance sur le marché actions, certains recommandent de ne pas calquer son portefeuille titres sur l’indice général du marché. D’autres préconisent, pour les moins averses au risque, de s’orienter vers les OPCVM actions qui, eux, offrent un rendement supérieur au marché.

Sur le marché des taux, les professionnels sont unanimes: aucun élément ne plaide pour une évolution sensible des taux des bons du Trésor l’année prochaine. En effet, l’objectif d’un déficit budgétaire de 3,5% du PIB, tel que prévu dans le projet de Loi de finances 2016, est réalisable aux yeux des analystes. Le Trésor devrait donc maîtriser son financement interne. «Même s’il a un besoin ponctuel important, le Trésor a encore une grande marge de manœuvre, celle de l’endettement extérieur», estime un gestionnaire de fonds. Précisons que le Trésor n’a même pas eu besoin de recourir aux lignes de financement budgétisées en 2015 de l’ordre de 13 milliards de DH. Au contraire, il a procédé à des remboursements.

Le marché des taux devrait donc évoluer au même rythme que l’année en cours, ce qui est de nature à stabiliser les rendements, notamment ceux des OPCVM obligations moyen et long terme. Ils devraient se situer autour de 3%, un niveau jugé satisfaisant par les professionnels dans la conjoncture actuelle. «Les fonds obligations moyen et long terme resteraient le placement à privilégier en 2016 à l’instar de 2015. Néanmoins, il ne faut pas sortir complètement des placements actions. Mais, être sélectif sur le choix des fonds et des valeurs», indique Karim El Hnot, directeur général de Sogécapital Gestion, filiale du groupe Société Générale Maroc.

Pour ce dernier, en ne tenant compte que de ces deux placements, à savoir la bourse et le marché des taux, il est recommandé de composer son portefeuille à hauteur de 80% des obligations moyen et long terme et de 20% des actions pour un souci de diversification et de liquidité.

Le statu quo devrait prévaloir également pour les produits de taux de courte maturité. En effet, «en l’absence de signes inflationnistes et dans un contexte de relative faiblesse de la croissance économique, Bank Al-Maghrib devrait maintenir son taux directeur au niveau actuel», signale M. El Hnot. Cela, en plus de la poursuite de l’amélioration du déficit extérieur avec la croissance des exportations, notamment celles des phosphates et du secteur automobile, qui devrait se traduire par un redressement du niveau de liquidités du système monétaire. Du coup, les rendements devraient tourner autour de 2,5%. Un niveau intéressant pour les investisseurs cherchant un placement liquide.

Notons que ce type de placement demeure plus avantageux que l’investissement dans les produits bancaires, surtout les comptes sur carnet. Pour rappel, leur rémunération est indexée sur le taux des bons du Trésor à 52 semaines, diminué de 50 points de base. Et puisque ce dernier devrait rester bas, ce placement devrait à peine protéger l’épargne contre l’inflation, surtout qu’il est assujetti à une fiscalité plus contraignante (30%) que les OPCVM. Même les dépôts à terme ne devraient pas rapporter gros. En fait, les banques n’ont plus besoin d’autant de liquidités qu’auparavant.

D’ailleurs, elles se suffisent des avances hebdomadaires de la Banque centrale. Il faut savoir que le taux de rémunération des DAT commence en moyenne à 2,5% pour un client lambda. Le taux calculé par Bank Al-Maghrib reste une moyenne pondérée en fonction du montant des dépôts. Il tient compte alors des gros dépôts des institutionnels à qui les banques peuvent accorder jusqu’à 4,5%. En tout cas, «à rendement sensiblement égal (entre 2,5% et 3,5%) et en tenant compte d’une fiscalité plus avantageuse, les fonds obligations restent plus intéressants que les produits bancaires», conclut un analyste.

Cela dit, pour un investissement de long terme, avec un risque très faible et une rémunération certaine, les professionnels conseillent un placement dans l’assurance-vie car, en plus d’un taux de rendement garanti par la réglementation, les compagnies rajoutent une participation aux bénéfices. Il est vrai que les rendements ont baissé sur les 4 dernières années, mais ils restent à un niveau plus intéressant que tous les autres produits de placement. Toutefois, ces produits ne sont pas liquides, car pour bénéficier des abattements fiscaux en matière d’impôt sur le revenu, l’investisseur doit bloquer son épargne pendant 8 ans et doit dépasser l’âge de 50 ans au moment du retrait.

Pour résumer, il est recommandé de s’orienter en 2016 vers les fonds obligations moyen et long terme, d’allouer une partie de l’épargne aux actions, tout en pondérant son portefeuille par le placement dans les produits de taux à court terme puisqu’ils sont plus avantageux fiscalement que les produits bancaires.

Le marché actions est certes en mal de croissance et plusieurs facteurs plaident pour une poursuite de la tendance baissière. Néanmoins, nombre de gestionnaires estiment qu’il regorge d’opportunités d’investissement. A ce titre, M. El Hnot indique que les valeurs de rendement restent les plus prisées dans l’état actuel du marché. Selon lui, ces titres doivent être choisis en fonction de trois critères, à savoir la résilience des bénéfices aux retournements de la conjoncture, la faiblesse du taux d’endettement et une distribution récurrente des dividendes. Ainsi, en fonction de ces critères, il recommande d’investir dans le secteur agroalimentaire, les utilities ainsi que les télécoms. Les secteurs des banques et des assurances demeurent certes intéressants aux yeux des analystes. Mais ils sont à surveiller car, fondamentalement, leur bénéfice devrait être impacté par la non-récurrence de la baisse des taux des bons du Trésor de l’année dernière. Ce qui devrait impacter aussi le niveau de dividende à distribuer.

L’investissement dans l’or au Maroc prend principalement la forme d’achat et de revente d’or physique. Les particuliers y placent leur épargne en fonction de l’évolution des cours à l’international. Il est certes difficile dans un contexte toujours perturbé de prévoir la tendance mondiale du métal jaune. Mais une chose est sûre, l’or reste une valeur refuge sur le très long terme. D’ailleurs, il a enregistré une croissance ininterrompue durant 11 années successives grâce aux achats massifs de l’Inde et de la Chine en vue de réduire leur dépendance aux devises, avant qu’il n’enchaîne des baisses depuis quelques années. Actuellement, il subit un mouvement très volatil compte tenu de plusieurs facteurs dont notamment l’anticipation du relèvement du taux directeur de la Réserve fédérale américaine. En tout cas, certains professionnels recommandent de réserver une partie de l’épargne pour l’or, sans espérer réaliser un gain immédiat. Sur le marché marocain, Attijari Gold, un FCP créé par Attijariwafa bank, permet aux investisseurs, particuliers ou institutionnels, d’investir dans l’or d’une manière plus professionnelle. Il dispose d’un actif sous gestion de 8 MDH après qu’il a atteint un pic de 100 MDH, sous l’effet d’un mouvement de rachat suite aux récentes baisses du cours. A fin octobre, il a réalisé une performance de 5,65% et, sur une année glissante, sa performance s’est hissée à près de 9%.