Placements : tout savoir sur la gestion sous mandat

Elle est de plus en plus pratiquée par les sociétés de gestion d’OPCVM dans un contexte de baisse du marché boursier. Il faut disposer d’un capital de départ plus ou moins conséquent pour accéder à ce service.

Confier la gestion de son épargne à autrui n’est pas un choix évident. La majorité préfère avoir un accès direct à son portefeuille et opte donc pour l’investissement direct dans les différents produits de placement. Par manque de temps ou de compétence, certains acceptent de déléguer cette tâche. Le hic est qu’en confiant totalement leur argent à un spécialiste, ils pensent que la sécurité du capital et la rentabilité sont garanties. Rares sont les personnes, physiques ou morales, qui acceptent la notion de perte potentielle. Ainsi, bien des problèmes surviennent entre les mandants et leurs mandataires. Il y a quelques années, par exemple, un investisseur avait mandaté une société de bourse connue sur la place pour la gestion d’un montant de 1 MDH. En plus du fait que la performance n’était pas au rendez-vous, l’investisseur a perdu une partie de sa mise. Chose qu’il a refusé d’accepter. Il a même menacé la société de porter plainte auprès du tribunal. Après plusieurs négociations, la société de bourse lui a, au final, remboursé la perte subie sur son capital.

Les exemples de conflits de ce genre ne manquent pas. Et la situation du marché boursier, en baisse depuis 2008, a poussé plusieurs investisseurs à se détourner de la gestion de portefeuille sous mandat. Ils préfèrent bloquer leur argent dans des dépôts à terme, le temps que la situation se redresse. Certains mandants ayant réalisé des moins-values reconduisent leurs contrats avec les sociétés de bourse, espérant profiter des petites opportunités qu’offre le marché actions de temps à autre. Mais selon ce que rapportent certains gestionnaires sous mandat, la plupart des portefeuilles investis en actions réalisent des contre-performances, même ceux dont le risque est le moins élevé. Certains moins que d’autres, mais la tendance suit le marché en général.

Néanmoins, cette situation a été avantageuse pour les sociétés de gestion des OPCVM. Elles ont tiré profit du désintérêt des investisseurs du marché actions en développant l’activité de gestion sous mandat pour leurs clients et en leur offrant la possibilité d’investir dans les produits de taux (obligations privées ou étatiques, DAT, OPCVM..). La différence de taille entre la gestion collective et la gestion sous mandat est que cette dernière n’est pas censée respecter des ratios prudentiels, encore moins les pondérations réglementaires. Ce qui permet au gérant de disposer de plus de latitude pour jongler entre une classe d’actifs et une autre. Sauf que la clientèle diffère selon qu’il s’agisse d’un mandant géré par une société de bourse ou une société de gestion d’OPCVM.

De par la nature des produits inclus dans le mandat de gestion, la mise initiale exigée varie. Il n’existe certes pas de ticket d’entrée spécifique pour qu’un investisseur puisse prétendre à une gestion sur mesure de son portefeuille. Toutefois, un montant minimum est requis par les sociétés de gestion de portefeuille et chacune y va de ses propres règles. Quoi qu’il en soit, ne peut aspirer à cette gestion que la clientèle catégorisée «Prestige». Si les sociétés de bourse exigent un montant plancher de
1 MDH pour un mandat de gestion «actions», les sociétés de gestion, elles, relèvent le niveau de l’investissement de départ à au moins 5 MDH pour les particuliers et à 20 MDH pour les personnes morales et institutionnelles. «Imposer un ticket d’entrée nous évite les clients de petite taille qui croient que confier leur argent à un professionnel est forcément synonyme de gain ; surtout aussi que cette gestion est prenante en termes de temps et exigeante en matière d’analyse et d’arbitrage», confie un opérateur. De plus, les investisseurs de petite taille ne sont pas rentables et ne peuvent même pas supporter les frais qu’engendre une gestion sur mesure.

En effet, en fonction des sociétés de bourse, les charges de gestion, qui ne peuvent, selon la loi, être indexées sur le nombre de transactions réalisées, se composent de deux commissions. La première est fixe et est prélevée annuellement. Elle varie de 1% à 2,5% de l’actif géré, selon le montant investi. La seconde, elle, dépend de la performance du portefeuille. Si par exemple le mandataire réussit à réaliser une performance dépassant celle de l’indice général du marché ou celle conventionnée, la société de bourse prélève une part des gains, parce qu’en plus d’avoir réussi à dégager une plus-value à l’investisseur, elle a pu surperformer le marché dans son ensemble. Cette part diffère encore une fois selon les sociétés de bourse, et se situe en moyenne à 10% de la plus-value. Par contre, si le gérant dégage une performance inférieure à celle du marché, aucune commission n’est prélevée à part celle liée aux frais de gestion. En même temps, aucune indemnité n’est versée au client parce que le gérant de portefeuille est tenu par une obligation de moyens et non de résultats.

En revanche, les sociétés de gestion d’OPCVM s’engagent à garantir un taux de rendement minimum au terme du contrat, vu que la grande partie du portefeuille est investie dans les produits de taux, et ce, selon le profil du client et le montant à placer. Si le rendement réalisé est supérieur au taux conventionné, la société de gestion ponctionne une part du surplus, qui peut aller jusqu’à la moitié, selon ce qui a été décidé dans le contrat. Dans le cas contraire, la société de gestion doit mettre la main à la poche et verser au client le différentiel. Les frais de gestion, eux, peuvent être nuls auprès de certaines sociétés, un pourcentage du capital investi ou un montant forfaitaire. Tel est le cas de cette société de gestion qui retient un montant de 50 000 DH pour 1 MDH investi. Evidemment, plus le montant est élevé, plus les frais de gestion augmentent.

La résiliation du mandat est possible à tout moment par les deux parties et sans indemnités

Toutes ces dispositions doivent être précisées noir sur blanc dans le contrat de gestion qui définit, en plus de cela, l’étendue du mandat, les objectifs assignés à la gestion, la durée, les obligations du mandant et selon le profil du client (prudent, équilibré ou dynamique), une gestion personnalisée lui est assurée.

En outre, le contrat explicite que le mandant autorise le mandataire à prendre l’initiative de tout investissement ou désinvestissement, pourvu que ses interventions soient à même de servir les intérêts des clients. Tous les clients doivent être traités équitablement par la société de gestion. «Si une opportunité d’achat ou de vente se présente, les clients du même type de profil doivent en bénéficier à parts égales, même si la quantité proposée n’est pas suffisante pour tous les mandants», explique notre source. Plus en détail, lorsque le gérant agit au nom de plusieurs clients, il peut passer un ordre unique. Mais préalablement à la passation de l’ordre, il définit la méthode de répartition de l’ordre. Suite à cela, il procède à l’allocation des titres selon la méthode de répartition prédéfinie. Au cas où l’ordre est exécuté partiellement, l’allocation doit être faite au prorata de l’exécution.

Il s’agit d’une gestion collective certes mais qui est personnalisée et qui n’est pas dépourvue de problèmes. Bien des clients s’immiscent dans la gestion de leur portefeuille, appellent quotidiennement pour ordonner au gérant de prendre une position sur telle ou telle valeur…, chose qui n’est pas permise selon le contrat signé. «Cela ne dérange pas vraiment quand l’avis converge vers notre vision. Mais si les interventions du client peuvent changer la composition du portefeuille ou encore la pondération des valeurs ou des actifs sur laquelle on s’était mis d’accord à la signature du contrat, on l’invite à revoir les termes du contrat en apposant un avenant, ou même à le résilier en cas de grands chamboulements et à en signer un autre avec de nouvelles clauses». D’ailleurs, la résiliation d’un contrat peut intervenir à n’importe quel moment à l’initiative des deux parties et ne donne lieu au paiement d’aucune pénalité. La seule obligation contractuelle et non réglementaire à laquelle le mandant est soumis est d’en informer le gérant par lettre recommandée, et ce, 5 jours ouvrés à l’avance.

Le gestionnaire d’un portefeuille sous mandat doit respecter un certain nombre d’obligations. Au-delà de la gestion de l’épargne dans l’intérêt du client, il est obligé de lui adresser, selon une périodicité convenue à l’avance et, au moins, au terme de chaque trimestre, un journal qui récapitule l’ensemble des opérations réalisées durant la période considérée et un relevé du portefeuille valorisé. Cette valorisation doit être effectuée au dernier cours coté de la période considérée. Cela en plus d’un compte rendu de gestion faisant ressortir, notamment, l’évolution de l’actif géré, ainsi que les résultats dégagés durant la période écoulée. En cas de perte, le mandataire est obligé de présenter à son mandant les explications nécessaires. Il doit également envoyer un relevé des frais de gestion et/ou des commissions prélevés faisant état du type de rémunération perçue, de sa périodicité de calcul et de perception, ainsi que de son montant. Ces documents doivent être transmis au client dans un délai qui ne peut dépasser 15 jours à compter de la date d’arrêté.

La gestion sous mandat ne séduit plus beaucoup les investisseurs. Elle avait enregistré un franc succès pendant la phase haussière du marché boursier, entre 2004 et 2007. La tendance s’est renversée à partir de 2008, date du début du déclin de la Bourse de Casablanca. L’activité a légèrement repris au début de cette année ; les investisseurs ayant été attirés par la reprise rapide du marché… Mais ils n’ont pas tardé à résilier leurs contrats et à revenir sur leurs décisions. Dans ces conditions, certaines sociétés de bourse contactées se plaignent du manque ou même de l’absence de clients. «Les contrats dont nous disposons concernent d’anciens encours, le plus souvent renouvelés. Nous anticipons une fuite de clients dès qu’ils auront réalisé des plus-values», prévoit un mandataire d’une société de bourse… Bref, la situation ne devrait pas s’arranger de sitôt. Entre-temps, ils campent chez les sociétés de gestion qui leur offrent un rendement certain à moindre risque.