Placements : misez sur les produits de taux de courte maturité

La faible liquidité et la tendance baissière ne favorisent pas l’investissement sur le marché actions. Les fonds obligataires court terme et monétaires présentent des rendements sûrs et intéressants.

Quelle stratégie de placement faut-il adopter dans ce contexte bien particulier sur le marché des capitaux ? Vers quel produit faut-il s’orienter et de quel marché faut-il sortir actuellement ?
Selon les gestionnaires de portefeuille, la situation semble s’aggraver à la Bourse de Casablanca. En effet, la tendance baissière entamée depuis le début de l’année se poursuit, pour ne pas dire s’accélère, et le manque de liquidité persiste sur le marché actions. Au 16 juillet, le Masi affichait une contre-performance depuis le début de l’année qui avoisine les 12% et un volume quotidien moyen sur le marché central de 120 MDH seulement.

Le marché des taux (obligataire et monétaire), pour sa part, évolue toujours dans un contexte de pression haussière sur les rendements, qui est due, d’une part, aux besoins de financement du Trésor qui ne cessent d’augmenter, plombés par les charges de compensation, et, d’autre part, au manque persistant de liquidités bancaires. Certes, dans cette situation, la valeur des anciens titres détenus dans les portefeuilles subit une dépréciation. Néanmoins, la tendance haussière des taux est favorable aux titres nouvellement émis dans le sens où ces derniers rapporteront mieux que les anciens.

Quoi qu’il en soit, les souscriptions des particuliers aux fonds de gestion collective sont sur une tendance baissière, ces derniers étant découragés non seulement par la situation globale qui prévaut sur tous les marchés mais également par le manque de visibilité sur leur évolution d’ici à la fin de l’année. Malgré cela, l’actif net global des OPCVM est en hausse de plus de 3% depuis le début de l’année, à 236,7 milliards de DH, porté principalement par les souscriptions des investisseurs institutionnels.

Les OPCVM actions sont boudés en attendant un redressement de la situation

Dans ces conditions, les gestionnaires de fonds sont toujours réticents quant à un changement de leur stratégie de placement. Ces derniers privilégient notamment les placements liquides à rendement certain et à risque faible. A ce stade, les gestionnaires des fonds actions de la place sont unanimes : «La Bourse ne présente actuellement aucune réelle opportunité de placement, et les indicateurs ne plaident pas pour un retour sur le marché dans l’immédiat». Toutefois, certains professionnels du marché ne qualifient pas la situation d’alarmante. Ils s’attendent à un léger dynamisme du marché sur les mois restants de cette année, comme le souligne ce gestionnaire de portefeuille : «Le marché pourrait offrir des opportunités d’investissement d’ici la fin de l’année. Nous demeurons de ce fait attentifs aux évènements susceptibles de toucher les sociétés cotées, notamment la publication des résultats au titre des six premiers mois de cette année».

Cela étant, pour un investisseur particulier désirant placer son épargne dans les OPCVM actions, les gestionnaires recommandent généralement les grosses capitalisations, peu volatiles, qui proposent un rendement de dividendes appréciable et qui sont facilement échangeables sur le marché. L’accent est dans ce cas mis surtout sur le secteur des télécommunications qui continue de voler la vedette aux autres valeurs en dépit du trend baissier qu’emprunte sa capacité bénéficiaire. Certaines valeurs des secteurs du BTP et des mines figurent également dans les portefeuilles en raison de leurs fondamentaux relativement attractifs. Les petites capitalisations ne sont pas toutes déconseillées. En effet, certains professionnels adoptent une stratégie de diversification à travers certaines petites valeurs qui ne présentent pas un grand risque de volatilité et, du coup, le risque de dévalorisation de l’actif net s’en trouve limité. Un gérant de portefeuille se désole : «Même avec des niveaux de valorisation bas, les titres de certaines petites capitalisations ne suscitent pas l’intérêt des investisseurs».

De manière générale, le placement dans les produits de taux paraît plus sûr, quoique grevé par la hausse des taux des bons de Trésor. En ce sens, les produits de taux de courte maturité sont les plus recommandés. Autrement dit, les professionnels de la gestion favorisent plutôt le placement de l’épargne dans les fonds obligataires à court terme et les fonds monétaires, du fait de leur rendement plus intéressant que les autres OPCVM de maturité plus longue. A titre d’illustration, en date du 13 juillet, la performance des OPCVM obligataires à moyen et long terme grand public s’est située en moyenne à 1,51% contre 1,9% pour les fonds investis en obligations court terme.

Du côté des perspectives, les professionnels de la place estiment que l’attentisme restera de mise. Seule la publication des résultats semestriels de cette année pourrait donner un coup de pouce au marché boursier. D’autres gérants de portefeuille estiment que la situation actuelle va se prolonger au moins jusqu’au deuxième semestre de l’année prochaine, ce qui les pousse à mettre en œuvre une stratégie prudente sur le marché actions.
Parallèlement, le marché des taux, lui, subirait toujours les conséquences de l’appétit grandissant du Trésor, ce qui aura pour conséquence une pression de plus en plus forte de la part des investisseurs afin d’obtenir des rendements plus élevés.