Placements : la Bourse n’arrive pas à  détrôner la banque

La baisse des taux d’intérêt créditeurs n’a eu aucun effet sur l’attractivité des produits bancaires.
Les placements en OPCVM représentent à  peine 10% de ceux en compte-chèques et 14% des dépôts à  terme.
Peur du risque
et manque d’information expliquent ce faible engouement pour les placements boursiers.

La Bourse de Casablanca, avec les bonnes performances qu’elles a réalisées depuis 2004 et l’explosion de 2006, a-t-elle réussi à  détrôner les produits de placements classiques, notamment bancaires ? Il est difficile de répondre avec précision à  cette question car il n’existe pas de données chiffrées sur le niveau et l’évolution de l’épargne financière des particuliers investie en Bourse. Mais, à  en croire les professionnels du secteur bancaire et ceux du marché financier, la Bourse n’arrive toujours pas à  séduire une grande partie des petits épargnants marocains qui restent fidèles aux produits d’épargne classiques. Il n’y a d’ailleurs qu’à  voir les chiffres du secteur bancaire et leur évolution pour s’en rendre compte.

D’après les statistiques du GPBM (Groupement professionnel des banques du Maroc), les dépôts bancaires ont atteint 425,6 milliards de dirhams à  fin 2006, en progression de 17% par rapport à  décembre 2005. Les comptes sur chèques, qui représentent près de 40% du total des dépôts, ont évolué de plus de 20%. Pour les comptes d’épargne (comptes sur carnet), leur encours s’est établi à  53,4 milliards de dirhams (12,5% du total), en accroissement de 18% par rapport à  l’année dernière. Quant aux dépôts à  terme (les fameux comptes bloqués), ils ont atteint 119 milliards de dirhams (30% du total), en croissance de 20,3%.

Cet engouement pour les produits bancaires, connu de longue date, se poursuit donc au moment oà¹, paradoxalement, les taux d’intérêt rémunérateurs, eux, connaissent une nette baisse ces dernières années. En effet, le taux de rémunération des comptes sur carnet a baissé de moitié, passant de 5,11% en 2001 à  2,49% aujourd’hui. Même chose pour les dépôts à  terme, dont les taux moyens pondérés sont passés de près de 5% en 2001 à  un peu plus de 3% à  fin 2006. En même temps, la Bourse, elle, récoltait les fruits du bon comportement des sociétés cotées (+14% en 2004, +22,5% en 2005 et +71% en 2006), laissant croire aux professionnels que l’épargne allait s’orienter de la banque vers le marché. «Avec l’envolée de la Bourse, nous avons pensé que les épargnants, qui gelaient jusque-là  leur argent dans les banques, allaient se diriger de plus en plus vers le marché pour tirer profit des rendements élevés. Mais en regardant l’évolution des dépôts bancaires, nous ne pensons pas qu’il y a eu un rush sur le marché boursier», affirme un responsable au sein de la direction de la supervision bancaire à  Bank Al-Maghrib.

Les épargnants cherchent la sécurité avant le rendement
Même constat chez un gestionnaire d’actifs de la place. Ce dernier, qui démarche quotidiennement les épargnants détenant de gros comptes bancaires pour placer leur argent dans les fonds qu’il gère, confie que l’investissement des particuliers sur le marché boursier, directement ou indirectement (à  travers les Organismes de placement collectif en valeurs mobilières, OPCVM), reste faible même si la Bourse affiche ces dernières années des performances honorables. «Les clients des banques sont mécontents du fait de la baisse continuelle des taux d’intérêt et du niveau élevé de la fiscalité (30% de retenue à  la source pour les comptes sur carnet et les dépôts à  terme). Quand ils voient la performance de la Bourse ainsi que celle des OPCVM, ils sont tentés par de tels placements, mais rares sont ceux qui franchissent le pas», explique-t-il.

En fait, s’il n’existe pas d’indicateurs sur le placement direct des particuliers sur le marché, il en existe concernant leur investissement à  travers les OPCVM. En 2006, l’actif net détenu par les personnes physiques a atteint 16,9 milliards de dirhams, soit 13% de l’actif net global (128,6 milliards). Cette part, quoique en évolution par rapport à  2005, reste très faible en comparaison avec l’actif net détenu par les particuliers dans les pays occidentaux. Elle est également faible si on la compare au volume des dépôts bancaires en 2006. En effet, 16,9 milliards de dirhams d’actifs nets représentent à  peine 10% des comptes sur chèques, 14,2% des dépôts à  terme et 31,7% des comptes sur carnet.

Au vu de ces chiffres, on peut conclure que le bon comportement de la Bourse et des OPCVM profite essentiellement aux institutionnels et aux investisseurs étrangers. «Quand les particuliers décident d’intervenir sur le marché, ce n’est que pour réaliser des plus-values rapides et se retirer. Cela prend souvent la forme d’une participation à  une introduction en Bourse», explique un banquier de la place. Et d’ajouter que, «pour eux, il n’y a pas plus intéressant qu’un dépôt bancaire malgré le faible niveau de rendement». En effet, et selon les professionnels interrogés, trois facteurs majeurs expliquent la préférence des particuliers pour les produits bancaires au détriment des placements en Bourse : l’aversion au risque, la complexité des mécanismes du marché et l’absence de communication de la part des opérateurs.

Les directeurs d’agences bancaires consultés sur le sujet affirment que beaucoup de leurs clients ont peur de mettre leur argent en Bourse et ce, malgré le fait que la tendance générale soit haussière, et même s’ils sont accompagnés par des conseillers. Selon eux, ces clients estiment que la Bourse est volatile et que les cours varient souvent d’une façon aléatoire. «Même les épargnants qui choisissent de confier leur argent aux gestionnaires d’OPCVM optent surtout pour les fonds obligataires», précise l’un des banquiers. En effet, sur les 16,9 milliards de dirhams d’actifs sous gestion détenus par les particuliers en 2006, seulement un milliard est investi en actions (soit 6% contre 6,27% en 2005), alors que plus de 12 milliards sont investis en obligations (75,4% contre 73% en 2005).

Outre cette catégorie de personnes qui préfère la sécurité au rendement, il y en a une autre qui se contente des produits bancaires parce que leur principe et leur fonctionnement sont plus simples que ceux de la Bourse et des OPCVM ou parce qu’elle n’est pas bien informée. D’après une enquête réalisée en 2004 par la Bourse de Casablanca sur l’épargne individuelle au Maroc, près de 40% des personnes interrogées estiment que les mécanismes boursiers sont complexes et que cela constitue un frein à  l’investissement en Bourse. Concernant les différents aspects du marché (rendement, sécurité, proximité et complexité), plus de 50% des personnes interrogées ont été incapables d’émettre un jugement par méconnaissance de cette niche de placement. Il faut reconnaà®tre que les placements bancaires présentent des avantages pour les épargnants qui n’ont pas de culture boursière. Car malgré la baisse des taux d’intérêt, comptes d’épargne et dépôts à  terme offrent la sécurité, la disponibilité des fonds et la facilité de l’utilisation.

Par ailleurs, et concernant les taux d’intérêt, les professionnels prévoient qu’ils connaà®tront une hausse dans les années à  venir, étant donné que les rendements sur le marché obligataire (base de calcul des taux de rémunération des comptes bancaires) ont atteint des niveaux très bas et ne pourront que remonter. Ce qui confèrera encore plus d’attrait aux produits bancaires.

Alternative
OPCVM : le bon compromis
Les organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) constituent la meilleure solution pour les épargnants qui souhaitent diluer le risque et profiter de manière optimale de
la performance des marchés sans être obligé de maà®triser les mécanismes financiers. De plus, les différentes catégories d’OPCVM offrent des niveaux de rendement et de risque adaptés à  chaque profil d’investisseur. Toutes les catégories affichent des évolutions honorables sur plusieurs années.

En effet, les OPCVM investis en actions (risque élevé) ont réalisé des performances allant de 43 à  123% en 2006, et de 71 à  180% sur deux ans glissants. Les OPCVM diversifiés (risque moyen) ont enregistré des progressions comprises entre 27 et 117% en 2006 et entre 40 et 190% sur deux ans glissants. Enfin, les OPCVM investis en obligations moyen et long terme (risque faible) ont connu des évolutions allant de 3,5 à  18,4% en 2006 et allant de 6 à  23,5% sur deux années glissantes.