Patrons de PME, ce qu’ils pensent de leur banquier

Par rapport aux années passées, les taux d’intérêt ont bien baissé. J’arrive à  avoir des crédits à  court terme à  11% au lieu de 14 ou 15% auparavant.

Driss Khyat DG d’une société de multimédia
«L’accès au crédit est devenu plus difficile et nous nous perdons dans les commissions»
«Par rapport aux années passées, les taux d’intérêt ont bien baissé. J’arrive à avoir des crédits à court terme à 11% au lieu de 14 ou 15% auparavant. Les grandes entreprises qui peuvent négocier bénéficient même d’une baisse plus significative. J’en ai vu qui se financent à 8%. Le revers de la médaille est que l’accès au financement est devenu encore plus difficile. Compte tenu des règles strictes mises en place dans tout le secteur bancaire, les chefs d’agences, nos interlocuteurs directs, refusent systématiquement de s’engager sur certains dossiers, préférant s’en référer au siège. Et s’ils acceptent de nous accompagner, c’est en contrepartie de garanties réelles très solides. Mais le plus marquant, à mon avis, concerne les commissions. Je n’arrive pas à bien situer tout ce que l’on me facture et j’ai du mal à comparer les tarifs de mes différents banquiers. D’une banque à l’autre, tout change. On est sans moyen devant cette situation. Elles savent que nous n’avons ni le temps ni les moyens de contester ou de discuter ces commissions.»

Mourad Benzekri Patron d’une société de fabrication de pièces industrielles
«Nous courons constamment après les facilités de caisse»
«Vous abordez un sujet qui ne sera jamais épuisé. Entre banque et entreprise, il y aura toujours, à mon avis, un rapport de force. En tant que chef d’entreprise, je suis très content de voir des entrepreneurs réaliser de bons résultats. Je dirais que les banques ont travaillé pour arriver à ce niveau. Mais le paradoxe est que nous avons un secteur financier très riche face à des entreprises qui courent après les facilités de caisse à des prix que je juge élevés. On nous accuse d’être sous-capitalisés, mais on oublie toujours que les délais de paiement font qu’il est très difficile de gérer convenablement sa trésorerie. Moi, j’ai en moyenne 5 mois de chiffre d’affaires dehors et mes clients ne me paient aucun intérêt là-dessus. C’est dire que pour rester en vie, je partage ma marge avec mon banquier, je lui donne même un peu plus. Je suis navré de souligner que les taux bas que l’on annonce ici et là concernent un petit nombre de privilégiés. En ce qui concerne les commissions, j’ai fini par baisser les bras. J’ai essayé de négocier un montant flat, sans succès.»

Omar Terhmina DG Ereka Industrie (constructions métalliques, chaudronnerie)
«A chaque fois que je fais un devis pour un client, je prévois 3% au titre des frais bancaires»
«Je ne suis franchement pas content de ma banque. Au lieu de faire un véritable travail d’accompagnement, mon banquier se limite à me prêter de l’argent non pas sur la base de mon activité, de mes potentialités, de mon secteur mais seulement sur la base des mouvements créditeurs et débiteurs de mon compte. En plus de cela, pour mes lignes de fonctionnement, par exemple, je suis obligé de donner en garantie des biens dont la valeur dépasse largement le niveau d’engagement de la banque sans compter les cautions, nantissements et autres. Quant aux taux de découvert, ils sont trop élevés. C’est simple, à chaque fois que j’établis un devis pour un client, je prévois systématiquement 3% au titre des frais financiers que je paie à ma banque. Cette dernière partage avec moi en quelque sorte ma marge bénéficiaire. Pourtant, c’est avec la PME, solvable évidemment, que les banques gagnent le plus d’argent. Les grandes entreprises arrivent toujours à avoir des taux plus bas et des conditions préférentielles.»

Hamid Zerda DG Abacus conseil et formation «Les banquiers ne descendent pas sur le terrain pour connaître le business de leurs clients»
«Le point qui est à mon sens le plus flagrant est celui des commissions appliquées à tout bout de champ par les banques. La PME ne peut rien contre ce fait alors que la grande entreprise, de par sa force, arrive toujours à obtenir des gratuités. Nous sommes dans un environnement de plus en plus concurrentiel et les marges s’érodent de plus en plus. Certes, les banques ont revu leurs taux à la baisse mais cette baisse est moins importante que celle des marges. Du coup, même si l’entreprise réalise moins de bénéfice, la banque, elle, continue de gagner confortablement. Aujourd’hui, les banques sont loin de jouer le rôle d’accompagnement. Les banquiers ne descendent pas sur le terrain pour connaître le business de leurs clients, connaître leur potentiel, comprendre leurs contraintes… Ils sont de simples prêteurs d’argent sur la base de chiffres relatifs aux comptes de leurs clients.»