Pas de redressement en vue pour la Bourse de Casablanca

Le MASI se ressaisit en grande partie grâce aux opérations d’aller-retour qui ont commencé un peu tôt cette année. La majorité des investisseurs reste dans l’expectative.

L’année 2015 n’aura pas été celle de redressement pour la Bourse de Casablanca, contrairement aux prévisions de nombre de professionnels. A un mois de la fin de l’année, le marché est toujours en mal de croissance, avec un Masi en baisse de 5,5% le 30 novembre. Il avait même atteint un plus bas de 7% le 22 octobre, mais s’est légèrement ressaisi grâce à un retour timide des investisseurs, notamment institutionnels. Les particuliers, eux, ne comptent plus que pour une poignée et sont presque inactifs. Il reste que ce redressement n’est pas significatif. Il est porté essentiellement par certains investisseurs institutionnels qui ont commencé «un peu plus tôt que d’habitude» les opérations d’aller-retour, connues entre autres pour dynamiser le marché et soutenir le cours de quelques valeurs en fin d’année. Pour preuve, en novembre, le volume moyen quotidien échangé sur le marché central s’est établi à 118 MDH, alors que sur les autres mois de l’année il s’est situé à 97 MDH. Ces opérations ont concerné pour l’instant BMCI et dans une moindre mesure Maroc Telecom, Attijariwafa bank et certaines valeurs du secteur immobilier.

Hormis ce facteur technique, le manque de visibilité règne sur la place et la perte de confiance s’y est installée encore une fois, et ce, depuis le mois de mars. En effet, le marché a emprunté une tendance baissière alors qu’il s’était bien porté en début d’année. Il avait même enregistré une hausse de 9,4% le 9 mars. Mais rapidement, le trend s’est renversé en raison tout d’abord de la baisse inattendue des résultats des sociétés cotées au titre de l’exercice 2014, et qui a été aggravée ensuite par les nombreux problèmes qui ont frappé de plein fouet la cote, et partant le moral des investisseurs, à l’instar des affaires CGI, Alliances, la Samir… Bien que le résultat global de la cote ressort en hausse de 2,5% en excluant ces deux dernières sociétés de la masse bénéficiaire, il n’en demeure pas moins que l’impact de leurs contre-performances sur les investisseurs a plongé tout le marché dans une baisse ininterrompue. Même l’introduction en bourse de Total Maroc n’a pas eu un grand effet sur la bourse. Mis à part quelques transactions les premiers jours de cotation, le marché a poursuivi sa tendance baissière. «Nous sommes dans un contexte où le marché ne suit aucune logique. Des valeurs peuvent évoluer à la hausse ou à la baisse sans qu’il y ait forcément une base fondamentale au comportement des investisseurs. Cela sans parler de l’absence totale de profondeur du marché (ndlr: liquidité), qui rend toute analyse biaisée», explique un analyste d’une société de bourse. Ce manque de liquidité est accentué par le comportement des institutionnels qui restent attentistes et à l’affût de toute information pouvant bouleverser la donne. Or, ce sont ces investisseurs qui sont censés dynamiser les transactions et diriger le marché à la hausse ou à la baisse. «C’est là toute la différence entre le marché marocain et le marché égyptien par exemple», compare un analyste. «Dans les pires scénarios, la bourse du Caire draine un volume quotidien de 100 millions de dollars en moyenne, avec une forte volatilité. Ce qui rend ce marché toujours attractif aux yeux des investisseurs, puisqu’il offre toujours des opportunités de placement intéressantes», ajoute-t-il.

Le dossier la Samir fait craindre le pire aux analystes

Ce qui rend encore plus incompréhensible l’évolution de la Bourse de Casablanca, c’est bien le comportement du marché des bons du Trésor. Les taux y sont en quasi-stagnation depuis le début de l’année à des niveaux très bas, ce qui ne confère pas un rendement élevé aux investisseurs, notamment par rapport aux deux dernières années. Malgré cela, ils ne se sont pas réorientés vers le marché actions, d’autant plus que le rendement des autres produits financiers est également en repli. «En dépit de la disponibilité du cash auprès des institutionnels et des OPCVM, les investisseurs et les gérants de portefeuilles optent pour les placements liquides, à savoir les produits de taux de courte maturité (obligations de court terme et le marché monétaire) ou encore les dépôts à terme», fait remarquer notre source. En parallèle, ils préfèrent garder leurs positions sur le marché actions et effectuent à peine quelques arbitrages en vue de pondérer le cours de certaines valeurs ou encaisser de petites plus-values.

En tout cas, les opérations d’aller-retour devraient s’intensifier comme à la fin de chaque année. Elles devraient toucher surtout les grosses capitalisations dont les valeurs du secteur immobilier, cimentier, bancaire… Ceci devrait doper le volume des transactions. Entre 2013 et 2014, les échanges ont plus que doublé en décembre pour atteindre une moyenne quotidienne de 454 MDH. En plus d’un objectif d’optimisation fiscale, «nombre d’investisseurs effectuent ces transactions en vue de gonfler le cours des valeurs pour au final réduire leurs pertes potentielles», signale un opérateur de la place. Du coup, ces opérations devraient permettre de limiter la baisse du MASI. Les analystes s’attendent à ce que la contre-performance du marché soit résorbée en partie grâce à ces opérations. Sauf événement imprévu, l’indice devrait clôturer l’année sur une baisse comprise entre 1 et 3%. Cela dit, un grand point d’interrogation persiste autour de la société Samir et de son impact sur le marché. Pour le moment, aucune solution n’a été trouvée dans ce dossier et les pronostics divergent. Si certains s’attendent plutôt à une liquidation de la société, d’autres excluent cette solution et restent convaincus que l’Etat ne peut laisser couler une société de cette taille. Si le scénario de la liquidation se réalise, le marché pourrait balancer d’une légère contre-performance vers une énorme baisse, surtout que les investisseurs n’ont pas encore totalement intégré l’effet des difficultés du raffineur dans leurs placements puisque le CDVM bloque sa cotation depuis des mois.

Cela pourrait mener la bourse vers un véritable crash, selon certains, puisque l’affaire ne serait pas sans impact sur le secteur bancaire, à commencer par la BCP. Au titre du premier semestre de cet exercice, la banque a annoncé avoir provisionné un montant de 500 MDH par rapport à une exposition totale sur la société de 1,9 milliard de DH, sachant que 1,2 milliard de DH est couvert par des sûretés réelles. «Même avec ce niveau de provisions et de garanties plutôt rassurant, le cours de la banque devrait baisser et les investisseurs devraient se défaire du titre», conclut un analyste. Par effet de contagion, les cours des autres banques devraient se replier également, impactant aussi les compagnies d’assurance… Dans ce contexte, l’attention des investisseurs devrait être tournée vers d’autres valeurs qui bénéficieront de la réallocation des ressources, notamment les sociétés de l’agroalimentaire, de l’immobilier, des services, des utilities et de toute valeur à faible volatilité.

Dans un contexte où, d’un côté, le marché actions manque de profondeur, réagit davantage aux mauvaises nouvelles qu’aux bonnes et ne semble pas près de retrouver le chemin de la croissance, et où, de l’autre, le marché des bons du Trésor ne montre aucun signe d’évolution remarquable, les investisseurs, surtout les institutionnels, n’ont pas une grande marge de manœuvre dans leurs stratégies de placement. Autrement dit, ils n’ont plus la possibilité d’effectuer des arbitrages entre l’action et l’obligataire. En bourse, les investisseurs se tournent plus vers les valeurs de rendement, estimant que les valeurs de croissance n’offrent plus de potentiel de hausse. D’ailleurs, ce sont les titres qui affichent un dividend yield intéressant qui progressent fortement depuis le début de l’année, comme Taqa Morocco qui a enregistré une hausse de 33% et propose un taux de rendement de 3,8%, Lydec avec une croissance du cours de 15,5% et un dividend yield de 6%, ou encore Maroc Telecom qui affiche une progression de 9% pour un taux de rendement de 6%.

La baisse du marché s’est évidemment traduite par un recul de la capitalisation boursière. Au 30 novembre, elle a atteint 458 milliards de DH, en contraction de 5% depuis le début de l’année, soit presque le même niveau que celui de début 2014. Notons que depuis 2008, la valeur de marché des sociétés cotées a perdu plus de 230 milliards de DH. Le recul de la capitalisation est la conséquence de la baisse du cours de plusieurs valeurs de la cote, surtout celles de grande taille, à savoir Addoha, Alliances, Samir, Centrale Laitière, SNEP… Addoha a perdu 22% de son cours depuis le début de l’année et 73% depuis 2010. Elle ne représente plus que 2% de la capitalisation boursière globale contre 4,5% auparavant. Le cours d’Alliances, lui, s’est contracté de 84% cette année alors que celui de la Samir a fléchi de 47%. Pour leur part, Centrale Laitière et la SNEP ont vu leur cours diminuer respectivement de 25,5% et de 52%. Par ailleurs, la cote a enregistré la radiation de la CGI dont la valeur avoisinait 8 milliards de DH. La capitalisation boursière aurait pu baisser davantage si certaines sociétés n’avaient pas sauvé la mise comme Ciments du Maroc qui pèse pour 3,6% et dont le cours a progressé de 32,3%, ou encore Taqa Morocco qui a affiché une hausse du cours de 33% avec une part dans la valeur globale du marché de 3%. De plus, l’introduction en bourse de Total Maroc a fourni à la capitalisation globale un surplus de 5,2 milliards de DH.