Ouvrir une librairie : jusqu’à  11% de marge nette

L’investissement de départ est conséquent : une librairie de 100 m2 dans un quartier central peut nécessiter jusqu’à  3,2 MDH. L’affaire peut rapporter près de 470 000 DH par an en début d’activité. Il faut nécessairement intégrer les livres et les fournitures scolaires pour espérer un gain.

Fini le temps où les librairies pouvaient survivre en vendant uniquement des romans, des magazines et des ouvrages spécialisés. Aujourd’hui, quasiment toutes proposent les livres et les fournitures scolaires. Des libraires contactés à Casablanca et Rabat assurent en effet que vendre les manuels scolaires et universitaires est devenu une nécessité pour rentabiliser l’affaire. Pour preuve, pas moins de 70% de leur chiffre d’affaires est réalisé pendant la rentrée scolaire. Certains vont encore plus loin et proposent journaux et accessoires informatiques pour couvrir leurs charges pendant les périodes de vaches maigres. Cette diversification est d’autant plus nécessaire au regard «du faible taux de lectorat marocain et qui tend à s’affaiblir de plus en plus», comme le déplore ce libraire au quartier Maârif à Casablanca.

En dépit de ce contexte, on peut gagner de l’argent dans le secteur. Les librairies de taille petite et moyenne continuent d’ouvrir partout au Maroc et de grandes enseignes françaises telles que la FNAC et Virgin ont pénétré le marché récemment et enregistrent un afflux de visiteurs non négligeable. Amazone ne devrait pas tarder à leur emboîter le pas en ouvrant bientôt ses portes au Maroc.

On peut récupérer sa mise au bout de sept ans

Cela dit, l’affaire n’est pas à la portée de tous. La concurrence est de plus en plus rude, les marges ne sont pas forcément conséquentes et l’investissement de départ peut être important. De plus, l’achat de livres et les différentes charges liées au fonctionnement plombent le budget. A titre d’exemple, une librairie de 100 m2 dans un quartier central à Casablanca ou Rabat nécessite un investissement de pas moins de 3,2 MDH. Elle ne rapporterait en début d’activité pas plus de 470 000 DH, soit une marge nette de 11% et un retour sur investissement de 14%.

Une personne souhaitant investir dans une librairie devrait tout d’abord trouver un bon local. Si les propriétaires des librairies implantées depuis longtemps ont préféré opter pour l’acquisition, cela n’est pas chose aisée pour les nouveaux venus sur le marché. En raison de la rareté du foncier et de la cherté des locaux à usage commercial, la location s’avère être la seule alternative. Les professionnels recommandent un local de pas moins de 100 m2 afin de disposer de suffisamment d’espace pour séparer les ouvrages littéraires des livres spécialisés ou encore des manuels et fournitures scolaires.
Ensuite, il faut compter près de 700 000 DH au titre de l’aménagement du local. Cela englobe le rayonnage, l’éclairage et la rénovation du sol, des murs, du plafond… Parallèlement, il faut constituer un bon stock de livres tant littéraires que scolaires pour bien démarrer l’activité. Pour ce faire, comptez au moins une enveloppe de 1,5 MDH.

Vu l’entrée nouvelle sur le marché, le libraire ne peut espérer des gains immédiats. Il devra donc assurer par ses propres moyens le paiement de ses fournisseurs et la couverture de ses charges récurrentes. Les distributeurs n’acceptent en effet d’échelonner les paiements à leurs clients que s’ils commencent à se faire connaître et à passer des commandes importantes. C’est pour cette raison qu’un fonds de roulement est indispensable pour un début d’activité : 1 MDH idéalement. Du coup, l’investissement de départ s’élèverait à 3,2 MDH.

Plus de 80% des charges vont à l’achat des ouvrages littéraires et scolaires

Une fois la librairie aménagée et le stock constitué, le propriétaire devra faire face à plusieurs charges mensuelles dont notamment le loyer, les salaires et l’acquisition d’ouvrages. Pour un local convenable dans un quartier central de la ville, il faut compter environ 25 000 DH de loyer mensuel, ce qui engendre une charge annuelle de 300 000 DH. Ensuite, une librairie doit compter en début d’activité au moins cinq employés dont deux libraires, un comptable, un caissier et un coursier. Le personnel devrait coûter à l’employeur 360 000 DH annuellement, charges sociales et fiscales comprises.

Ces deux rubriques représentent 18% des charges annuelles d’une librairie. L’acquisition d’ouvrages et de livres scolaires, elle, constitue le gros des charges avec un poids de 80%. Ainsi, il faut débourser au moins 150 000 DH par mois pour l’achat des ouvrages de tout type et pas moins de 1 MDH de livres et fournitures scolaires et universitaires pendant la période de la rentrée. Khadija Alaoui Ismaili, administrateur adjoint de la Librairie Papeterie de l’Agdal à Rabat, précise dans ce cadre que «ce sont les livres scolaires tant du système français qu’américain qui coûtent le plus cher comparativement à ceux demandés à l’école publique».
A cela, il faut ajouter les frais de service, notamment le téléphone, internet et l’électricité dont la facture peut s’élever à 3 000 DH par mois. En plus des sachets imprimés du nom de la librairie pour une dépense annuelle de 35 000 DH, les charges globales
peuvent revenir à plus de 3,5 MDH.

Par ailleurs, les librairies, constituées généralement en SARL, sont assujetties à un impôt sur les sociétés de 15% dans le cas où leur chiffre d’affaires annuel ne dépasse pas 3 MDH. Autrement, le taux d’IS appliqué est de 30%.

Du côté de la rentabilité, une librairie ne peut espérer un rendement conséquent dès la première année de son activité. Les professionnels rapportent que les revenus pourraient à peine couvrir les charges et laisser une petite marge. C’est en s’adjugeant une bonne place sur le marché et en assurant aux lecteurs la disponibilité des livres littéraires et aux étudiants des livres scolaires que l’affaire devient florissante. «Cela est d’autant plus difficile actuellement surtout que la concurrence devient plus rude, non seulement entre les librairies mais également vis-à-vis des grandes surfaces. En effet, ces dernières intègrent dans leurs rayons les fournitures et papeterie, mais également les livres scolaires», se désole Mme Alaoui, ce qui, selon elle, facilite la tâche aux parents et leur permet une économie de temps : acheter les produits alimentaires et les fournitures pour leurs enfants du même endroit.

Quoi qu’il en soit, une librairie de taille moyenne, bien située, pourrait réaliser jusqu’à 100 000 DH par mois, soit 1,2 MDH par an au titre de la littérature. En y ajoutant les livres scolaires, les fournitures, la papeterie et les prestations annexes, le chiffre d’affaires peut s’élever à 4,2 MDH par an durant les premières années d’activité. Pour doper ce chiffre, les libraires recommandent de nouer des partenariats avec les écoles privées et les missions étrangères afin de favoriser l’écoulement de grosses quantités de marchandises. Ces établissements commencent même ces derniers temps à offrir aux étudiants la possibilité d’acquérir sur place les livres scolaires, sans passer par les librairies.

Si on déduit les différentes charges et on applique le taux d’IS, le bénéfice net se situe aux alentours de 470 000 DH, ce qui confère au propriétaire une marge nette de 11%.