Où peut-on placer son épargne en 2015

La bourse et les OPCVM actions sont les plus recommandés vu
la reprise du marché financier depuis 2014. Les produits de taux sont à  exclure, sauf pour les placements à  court terme. La rémunération des produits bancaires reste affectée par la chute des taux
des bons du Trésor.

Où peut-on placer son épargne en cette année ?  Alors qu’une année auparavant, les rendements des placements des produits financiers subissaient une grande pression due au contexte économique général, la donne a changé en 2015. En effet, le marché boursier montre des signes de reprise «pérenne», alimentée par le retour de la confiance des investisseurs, l’amélioration de la liquidité, quoique légèrement, et le bon comportement de certains secteurs, longtemps boudés par les opérateurs du marché. De son côté, le marché des bons du Trésor qui avait offert une rémunération pouvant atteindre 6%, a enchaîné des baisses successives depuis le dernier trimestre de 2013. Baisse qui n’est pas prêt de s’arrêter. Cette tendance baissière n’a pas manqué de peser sur les rendements des produits bancaires et du livret d’épargne, sachant qu’ils sont indexés sur la courbe primaire des taux des bons du Trésor.
Pour leur part, les produits d’assurance vie rémunèrent toujours l’épargne au même niveau et ce, durant ces deux dernières années. On est cependant loin de la rémunération  de l’ordre de 6% atteinte dans les années 2006 et 2007. Par ailleurs, le placement dans l’or, l’immobilier ou encore les œuvres d’art réservé par les investisseurs, dont l’horizon de placement est moyen à long, ne bat pas vraiment son plein (voir encadrés).
Dans ces conditions, quel placement devrait-on privilégier ? Il faut préciser que l’investissement dans les produits de placement financier dépend tout d’abord du montant de l’épargne, du profil risque de l’investisseur ainsi que de la rentabilité espérée. Ainsi, un investisseur «risquophile» disposant d’une épargne de 200 000 DH et souhaitant avoir un rendement certain à court terme devrait la diriger vers les fonds de gestion liquide (monétaire ou obligataire à court terme), contrairement à un autre qui souhaite placer 1 MDH sur un horizon long. Ce dernier pourrait se diriger vers le marché actions essentiellement, connu pour être rentable à moyen et long terme.

La rémunération des dépôts à terme est sur une tendance baissière

Néanmoins, les professionnels contactés favorisent le placement en bourse vu le potentiel de hausse qu’offre le marché. En effet, après avoir clôturé 2014 sur une performance de 5,5%, l’indice de toutes les valeurs poursuit sa tendance haussière, qui est toutefois ponctuée par un mouvement de prises de bénéfices, entamé par des investisseurs spéculateurs attirés par l’appât du gain. Avec une hausse actuellement de 6,2%, les analystes se montrent optimistes, surtout si la masse bénéficiaire des sociétés cotées au titre de l’exercice 2014 se révèle en progression. Il est vrai qu’à côté, existe une poignée d’analystes assez sceptiques par rapport à la solidité de cette hausse. Selon eux, elle devrait s’estomper graduellement si aucun signal positif ne vient la confirmer. Allusion faite aux introductions en bourse et au retour massif des investisseurs étrangers sur le marché. Toujours est-il qu’ils sont unanimes à penser que le Masi ne fléchira pas. Un private banker de la place recommande alors de se positionner sur le marché actions, surtout aux investisseurs qui ont une aversion pour le risque et espérant un rendement élevé à moyen ou long termes. Pour les moins avertis, il est recommandé de s’orienter vers les OPCVM actions pour ainsi minimiser le risque lié à un placement direct sur la bourse et réaliser une performance appréciable. D’ailleurs, bon nombre de fonds de gestion de la place affichent des réalisations qui arrivent même à dépasser celles du MASI.

En revanche, dans un contexte de chute des taux des bons du Trésor, le placement dans les produits de taux est à exclure à moyen et long terme, en raison des rendements qui s’effritent. En cause, le Trésor fait de moins en moins appel au marché du fait de l’amélioration de la situation des finances publiques. Du coup, les investisseurs, moins exigeants qu’auparavant, acceptent le rendement proposé par le marché. La situation n’est pas près de changer compte tenu de la poursuite de l’amélioration de la conjoncture économique globale. Par conséquent, l’investissement dans les nouveaux titres impliquerait un rendement bas, voire le plus bas parmi les autres produits de placement car «les taux sont actuellement à un niveau plancher, jamais atteint auparavant», précise un directeur d’une société de gestion. Et d’ajouter : «S’il n’y a aucun élément fondamental exogène qui vient bouleverser la donne, le rendement du marché obligataire moyen et long terme n’atteindrait même pas 3,5% en cette année».  Quoi qu’il en soit, les investisseurs qui sont placés sur ce segment, le sont par obligation de par la réglementation qui les oblige de placer une partie de leur portefeuille dans cette classe d’actifs. Cependant, les épargnants libres dans leur stratégie de placement et qui voudraient jouir de leur épargne sur un horizon court, tout en bénéficiant d’une rémunération certaine sans risque, pourraient s’orienter vers les fonds monétaires et obligataires de courte échéance. Selon notre source, les rendements de ces produits de taux devraient se situer entre 2,5% et 3%. Ce qui représente presque le même niveau de rémunération des produits de placement bancaires. En effet, les comptes sur carnet ne rapportent plus que 2,43% au titre du premier semestre de cette année, consécutivement à la baisse des taux des bons du trésor ayant pour échéance 52 semaines, sur lesquelles est indexée la rémunération. Notons qu’elle est en contraction sur les 4 derniers semestres où elle avait pointé à 3,74% sur les six premiers mois de 2013. Il faut dire que la rémunération des dépôts à terme suit la même tendance baissière, non qu’elle ait comme sous-jacent une quelconque ligne de la courbe primaire des taux, mais parce que les établissements bancaires, ou, du moins, ceux de grande taille, n’éprouvent plus le besoin d’attirer les déposants en offrant une rémunération attractive. Les taux des dépôts bloqués sur 6 mois étaient à 3,71% à fin 2013 alors qu’en octobre dernier (dernière donnée disponible), le taux moyen pondéré s’est établi à 3,5%. Cette baisse tient à deux raisons : la 1ère est l’allègement continu du déficit des liquidités bancaires qui a atteint actuellement 46,8 milliards de DH. La seconde, elle, est relative à la réduction du coût de refinancement conjointement à l’abaissement du taux directeur. Ce qui permet aux banques de se refinancer auprès de Bank Al-Maghrib à moindre coût. Dans ces conditions, les professionnels n’excluent pas une baisse supplémentaire du rendement des comptes sur carnet et des comptes bloqués pour le prochain semestre, surtout que le repli des taux des bons du Trésor se poursuit et que la situation des trésoreries bancaires continue à s’améliorer.

L’assurance vie, une bonne option pour le long terme

A côté de cela, notre private banker considère le placement dans l’assurance vie comme un bon investissement de long terme puisque la DAPS (Direction d’assurance et de prévoyance sociale) exige des compagnies d’assurance d’assurer un rendement minimum qu’elle fixe au début de chaque semestre, auquel s’ajoute la participation aux bénéfices. D’autant qu’avec la bonne tenue du marché boursier, «les compagnies devraient optimiser leurs placements, dont le rendement devrait être meilleur que la catégorie obligataire de court terme ou monétaire», prévoit notre directeur. Sauf que ce produit, de par sa nature, n’est pas liquide puisque l’épargne devra être bloquée pendant 8 années et ne peut être retirée que si l’épargnant dépasse 50 ans; cela pour pouvoir bénéficier des abattements fiscaux en terme d’IR. De plus, la nouvelle mesure prévue dans la Loi de finances ayant pour objet de limiter la déduction des cotisations à 50% du salaire net imposable et de taxer les avances au taux de l’IR correspondant alors qu’elles étaient exonérées auparavant, sont des facteurs à même de limiter l’intérêt des épargnants pour ce produit de placement.
In fine, pour résumer, il est recommandé de s’orienter vers le marché boursier, soit directement ou à travers les OPCVM. Les produits bancaires ou encore les fonds de gestion de la catégorie monétaire et obligataire à court terme sont également recommandés mais seulement pour les investisseurs qui disposent d’une épargne dont ils veulent jouir rapidement.