OPCVM : les investisseurs liquident leurs positions

Depuis le début de l’année, la décollecte nette s’élève à  15 milliards de DH.
Baisse du marché actions, dégradation des finances publiques et manque de visibilité poussent les investisseurs vers des produits plus classiques comme les DAT. Ceux qui restent privilégient les fonds obligataires et monétaires.

Les fonds de gestion collective font grise mine. Baisse du marché actions, dégradation des finances publiques, manque de liquidités, absence de visibilité…, tous les éléments sont réunis pour empêcher la reprise de ces véhicules de placement qui abritent près de 250 milliards de DH d’épargne. Confrontés à cette conjoncture, les investisseurs se retirent ou, dans le meilleur des cas, orientent leurs ressources vers les segments les moins risqués, et ce, même si grâce à une gestion de plus en plus active de la part des professionnels du secteur, les indices de performance des fonds se placent dans un territoire neutre, voire positif.

En effet, depuis le début de l’année, les transactions sur les OPCVM ont été plus orientées vers les rachats que vers les souscriptions. Et si le nombre de porteurs de parts a, contre toute attente, augmenté depuis le début de l’année (voir encadré), les achats des nouveaux investisseurs n’arrivent pas à compenser les ventes des anciens, sachant par ailleurs que la majorité des nouveaux placements sont orientés vers les segments sûrs (produits de taux).Au 19 avril (derniers chiffres communiqués par le Conseil déontologique des valeurs mobilières), ce sont 209 milliards de DH qui ont été rachetés contre 193 milliards de DH souscrits, soit un rachat net de 15 milliards de DH. Par segment, la décollecte a concerné aussi bien les fonds actions, monétaires et obligations court terme. Seuls les OPCVM obligations moyen et long terme ont drainé plus d’investissements, avec des souscriptions de l’ordre de 68 milliards de DH contre des rachats de 50 milliards de DH.

Les professionnels du marché expliquent ce désengagement de plus en plus perceptible par une capacité d’épargne qui s’affaiblit et par une préférence plus marquée des investisseurs pour d’autres produits de placement plus sûrs. Le directeur d’une société de gestion souligne qu’«avec un paysage économique et financier totalement opaque, nombre d’investisseurs préfèrent retirer leur argent des OPCVM dont le rendement s’effrite d’année en année et le placer dans les dépôts à terme bancaires qui, eux, offrent un rendement sûr, avec un risque nul».Dans ces conditions, l’actif net des OPCVM a quand même enregistré une amélioration de 2,8% depuis le début de l’année pour atteindre 248,6 milliards de DH. Seulement, hormis les fonds monétaires et obligations moyen et long terme, dont l’actif net s’est amélioré suite à un arbitrage favorable de la part des investisseurs, les autres catégories de fonds ont toutes affiché des baisses depuis le début de cette année.L’actif net des fonds actions s’est en effet contracté de 2,8%, à 20 milliards de DH. Cette baisse est le résultat d’un mouvement de rachats atteignant 2 milliards de DH contre des souscriptions d’à peine 696 MDH. La situation actuelle du marché boursier explique largement cette réticence pour les fonds actions.

La baisse de la capacité bénéficiaire des sociétés cotées et la faible liquidité sur le marché, conjuguées au manque de visibilité, ont poussé les investisseurs à liquider leurs portefeuilles dans les limites fixées par la réglementation, et ce, dans le but de restreindre au maximum leur exposition au  marché boursier.Pourtant, l’indice de performance des OPCVM actions, calculé par le CDVM, a réalisé une hausse annuelle de 4,8% alors que l’indice général du marché boursier affichait à cette date une baisse de 1,05%. En fait, cette surperformance s’explique par le récent rebond du marché actions que les gestionnaires de fonds ont mis à profit pour redresser leurs performances. Seulement, ce retournement est dû à des opérations ponctuelles sur certaines grosses capitalisations à l’instar d’Attijariwafa bank qui a fait l’objet d’une rumeur sur l’ouverture d’une partie de son capital à un opérateur étranger, ou encore Maroc Telecom qui pourrait offrir une décote intéressante relative à la cession des parts de Vivendi dans le capital de l’opérateur téléphonique. Un gérant de fonds actions se désole : «L’effet de ces informations n’est que ponctuel, il finira par s’estomper et fera replonger le marché dans la morosité qu’il connaît depuis près de cinq années».Pour leur part, les fonds obligations moyen et long terme ont réussi à drainer 18,5 milliards de DH de souscriptions nettes.

Leur actif net a augmenté de 4% pour s’établir à 120 milliards de DH. Mais là aussi, les choses devraient bientôt changer. Bouchaib Horma, gestionnaire de fonds obligataires à Marogest, précise : «Au début de l’année, les investisseurs tablaient sur une bonne performance de ces fonds car la Loi de finances prévoyait un déficit budgétaire ramené à 5,5% du PIB contre 7,1% en 2012. Du coup, ils ont orienté leurs ressources vers ce type d’OPCVM, prévoyant une détente des taux qui, pour rappel, est bénéfique pour les fonds obligations moyen et long terme». Seulement, cet engouement va finir par s’estomper car, concrètement, aucun élément ne justifie cet attrait pour ce type de fonds. «A fin mars, le déficit budgétaire atteint déjà 23 milliards de DH, c’est à dire près de la moitié du montant prévu sur toute l’année, soit environ 55 milliards de DH.

La baisse des recettes de l’IS couplée à une explosion des charges de compensation constituent un signal alarmant sur la soutenabilité du déficit», avertit M. Horma. Un autre gestionnaire ajoute : «L’Etat devra rembourser pendant le mois de mai près de 16 milliards de DH au titre de la dette intérieure, ce qui devra pousser le Trésor à lever massivement sur le marché local pour honorer cette échéance». Dans ces conditions, les taux devraient se réorienter à la hausse, d’une part, suite à une demande massive de la part du Trésor, et, d’autre part, suite à une offre de plus en plus exigeante de la part des investisseurs en termes de rendement.

Et comme tout le monde le sait, une hausse des taux n’est pas favorable pour les titres détenues en stock car ils commencent à rapporter moins que les nouveaux, ce qui se traduit par une baisse de la valeur liquidative des fonds obligataires moyen et long terme. Ainsi, l’indice de performance de ces OPCVM, qui affiche une légère hausse de 0,18% depuis le début de l’année, «devrait annuler ses gains, voire passer en territoire négatif au fur et à mesure que les besoins de financement du Trésor augmenteront», conclut ce gestionnaire.Dans l’état actuel des choses, c’est-à-dire un essoufflement continu du marché actions et une orientation à la hausse des taux obligataires, les investisseurs, toutes catégories confondues, orientent leur épargne davantage vers  les placements de court terme.

De ce fait, parmi les fonds les plus dynamiques, ce sont les OPCVM monétaires qui accaparent la plus grande part des transactions avec 125 milliards de DH, à la fois dans le sens des rachats que des souscriptions. «Ce dynamisme n’est pas le fait d’un rendement largement plus intéressant que les autres types de fonds. En fait, nous préférons orienter nos clients vers les fonds monétaires en raison de leur nature liquide et moins risquée, en attendant des jours meilleurs». Et malgré un déficit de liquidité grandissant sur le marché monétaire, suite au resserrement des trésoreries bancaires, les investisseurs sont un peu rassurés par les interventions régulières de Bank Al-Maghrib en vue de contenir ce manque et qui, indirectement, empêchent les taux de s’orienter à la hausse.

En tout cas, l’actif net des fonds monétaires s’est amélioré de 6% depuis le début de l’année pour atteindre 76 milliards de DH. Les OPCVM de ce segment ont réalisé une performance de 1,13%, soit la meilleure de tous les fonds adossés à des produits de taux.Le même constat prévaut pour les fonds obligataires de courte durée qui ont enregistré une hausse de 1% depuis début janvier. Cela dit, les investisseurs semblent plus privilégier le segment monétaire. En effet, le montant des rachats sur les OPCVM obligations court terme a totalisé 13,7 milliards de DH contre des souscriptions à concurrence de 12,2 milliards de DH, soit un solde négatif de 1,5 milliard de DH. Du coup, l’actif net a régressé de 6%, à 23,6 milliards de DH nIbtissam Benchanna