OPCVM atypiques, des niches inexploitées

Trois grandes catégories : fonds à capital garanti, fonds éthiques et fonds indiciels.
Rentabilité minimale, action caritative, placement judicieux, chacun
répond à un besoin spécifique.
L’arrivée des instruments de couverture devrait permettre leur épanouissement.

Sur le marché marocain de la gestion collective, le réflexe naturel est de souscrire aux OPCVM (Organismes de placement collectif en valeurs mobilières) classiques qui répondent à vos exigences de base en matière de risque et de rentabilité. Ce sont les OPCVM actions, diversifiés, obligations moyen et long terme, obligations court terme et monétaires. Mais vous pouvez également trouver les mêmes fonds, avec toutefois quelques spécificités : OPCVM à capital garanti, à capital et rendement garantis, des fonds «islamiques», d’autres éthiques… Ces fonds existent au Maroc depuis des années déjà et répondent à des besoins bien concrets en matière de sécurité, d’objectifs de rendement, de restrictions à but religieux ou encore d’esprit humanitaire.
Combien en existe-il sur le marché ? Un nombre réduit pour le moment en raison de la faible maturité du marché financier marocain. Pourtant, le cadre réglementaire favorise la création de ces types d’OPCVM, et les besoins des investisseurs se font ressentir sur le marché.
Quels sont ces OPCVM qui existent sur le marché marocain ? Comment fonctionnent-ils ? Qu’est-ce qu’ils offrent de particulier et d’intéressant ? Pour quelles raisons leur nombre et leur actif net demeurent-ils réduits ?
Globalement, on peut classer les fonds «atypiques» en trois grandes catégories : ceux à capital garanti, ceux à gestion indicielle et enfin les fonds humanitaires et/ou islamiques.

Les OPCVM à capital garanti

  Ces produits d’investissement offrent à la fois une sécurité du capital investi et un rendement élevé par rapport aux investissements sans risque. En d’autres termes, dans le pire des cas, vous récupérez votre mise de départ. La performance négative étant bannie, c’est pour cette raison qu’ils sont les plus demandés par une large catégorie du public. Etant des OPCVM diversifiés à la base, ils sont gérés d’une manière dynamique, en réajustant constamment l’allocation entre les deux classes d’actifs qui forment leur portefeuille, à savoir les actions et les obligations, selon le comportement des deux marchés. Il faut y souscrire durant une période bien déterminée, fixée par l’établissement gestionnaire. C’est pour cette raison qu’ils sont appelés également «fonds fermés», car, au-delà de cette période de souscription, les demandes ne sont plus acceptées. L’objectif est de ne pas gêner la gestion du fonds, c’est la raison pour laquelle les droits de souscriptions et de rachats sont également fixés à leur maximum, pour dissuader des sorties intempestives des investisseurs.

L’option de garantie du capital investi impose aux investisseurs une obligation qui est la spécificité majeure de ces types d’OPCVM. En effet, pour pouvoir bénéficier de cette garantie, il faut accepter de rester dans le fonds pour une durée déterminée qui permet justement de mettre en œuvre ce type de produits. Cette durée est convenue au préalable avec le gestionnaire et elle est généralement de 4 ou 5 ans. Une sortie du fonds avant l’échéance fera tomber la garantie du capital, l’investisseur rachètera ses parts à la valeur liquidative qui prévaudra à cet instant, diminuées bien évidemment des droits de sortie qui, comme déjà cité ci-dessus, sont généralement élevés.

Il est sans doute intéressant pour les établissements de gestion de mettre en place ce type de produits vu qu’ils présentent beaucoup d’intérêt pour une clientèle nombreuse, à la fois en quête de sécurité et de rendement élevé. Pourquoi, dans ce cas, il n’en existe presque pas sur le marché ? Wafa Gestion avait mis en place trois OPCVM à capital garanti, qui n’existent plus aujourd’hui. La raison est qu’il faut, derrière tout fonds à capital garanti, un mécanisme de couverture, ce que ces établissements refusent de supporter, vu la situation du marché financier marocain. Ce problème ne se serait pas posé si des instruments de couverture contre les risques de variation des taux et des cours avaient été mis en place. Cela mène à penser qu’avec l’instauration prochaine du marché à terme au Maroc, ces instruments de couverture verront le jour et par conséquent les fonds à capital garanti, et même les fonds à capital et rendement garantis (rendement minimal fixé et assuré par l’établissement gestionnaire) seront plus développés.

Les fonds à gestion indicielle

Ces OPCVM sont généralement des fonds actions dont la particularité réside dans l’objectif recherché en matière de rendement et de volatilité. En effet, les fonds indiciels sont gérés de façon à réaliser à long terme une performance similaire à celle du marché boursier. Un investissement régulier dans un tel instrument permet de profiter des périodes de hausse que connaît le marché et de saisir les bonnes opportunités en périodes de baisse.
Ces fonds non plus ne sont pas nombreux sur le marché. Mais ce type de gestion est en train d’être adopté par toutes les sociétés de gestion de la place. La circulaire du CDVM (Conseil déontologique des valeurs mobilières) du 30 septembre 2005, relative à l’agrément des OPCVM, stipule que chaque fonds doit avoir un benchmark c’est-à-dire un indice de référence auquel les établissements de gestion doivent se référer en matière de performance.

Fonds humanitaires et fonds islamiques

Faire du social tout en investissant dans les OPCVM, c’est la raison d’être de ces fonds. Qu’ils soient des fonds actions, diversifiés ou obligataires, leur objectif est d’affecter les bénéfices réalisés à des fondations et des associations à but humanitaire pour financer leurs actions.
Pour ce faire, trois cas de figure existent, selon la volonté de l’investisseur. Le premier étant la donation, quand ce dernier fait don du capital en entier à la société de gestion. Celle-ci s’engage alors à affecter le capital de départ, les dividendes distribués et la plus-value de rachat à ces organismes humanitaires. Cela se fera après la durée minimale de placement figurant dans la note d’information de l’OPCVM. Le deuxième cas est le partage total. L’investisseur ne fait pas donation de son capital mais uniquement de la totalité des dividendes et de la plus-value de rachat. Pour le troisième cas, celui du partage partiel, l’investisseur fait don uniquement d’une partie des dividendes et de la plus-value de rachat à ces organismes humanitaires. Cette proportion est fixée à l’entrée de l’investisseur dans le fonds.
Outre l’aspect social de ces OPCVM, ces derniers peuvent être ou non assortis d’une garantie du capital, pour les investisseurs désirant faire de l’humanitaire sans risquer de perdre leur mise initiale. Et afin de s’assurer que les bénéfices réalisés seront effectivement reversés à des organismes humanitaires, des entités sont désignées pour contrôler la gestion de l’établissement gestionnaire et l’affectation effective des revenus dégagés à ces organismes.

Ce type d’OPCVM est plus présent sur le marché marocain que les autres. Pratiquement chaque société de gestion de la place dispose d’un ou de plusieurs fonds humanitaires. Leur gestion repose sur un investissement dans tous les titres financiers du marché, selon la politique d’investissement du fonds, mais en excluant généralement les titres de certaines sociétés, à savoir les institutions financières et les sociétés fabriquant des produits soit prohibés par la religion soit «politiquement incorrects». Ce mode de gestion est adopté même pour les fonds qui n’ont pas un objectif humanitaire mais seulement de rentabilité personnelle. Ces fonds sont appelés «islamiques».

Fonds islamiques, à capital garanti ou autres, ces OPCVM restent faiblement présents sur le marché marocain, et les montants qui y sont investis demeurent faibles par rapport à l’actif net global de la totalité des OPCVM et par rapport aussi à l’importance de l’épargne marocaine. Faut-il alors créer des produits de placement plus riches pour encourager les investisseurs potentiels à entrer dans le marché, ou faut-il d’abord que ces derniers en expriment le besoin avant de les créer ? Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que le marché financier marocain doit d’abord assurer la faisabilité technique de ces types de produits pour favoriser leur apparition.

Un potentiel de développement considérable

«Le marché de la gestion collective de l’épargne a connu, durant dix années d’existence, un essor important drainant actuellement plus de 90 milliards de DH. Il s’est constamment inscrit dans une dynamique de développement et de modernisation. Cependant, l’offre actuelle demeure globalement confinée dans des produits classiques. Elle est constituée de fonds dédiés ou grand public appartenant aux catégories obligataires et monétaires qui détiennent l’essentiel des encours suivis des fonds actions et diversifiés. Bien que le nombre moyen d’OPCVM gérés par société de gestion s’élève à 17, seulement 4 à 5 fonds totalisent généralement plus de 80% des encours détenus par chaque société.

Dans l’éventail de cette offre, nous rencontrons des produits différenciés, en l’occurrence des fonds humanitaires, indiciels, profilés, fonds de fonds, capital garanti et plans d’épargne.
Quoique l’encours drainé par ces produits n’ait pas atteint des proportions significatives, leur présence dénote de la volonté des professionnels de mettre à profit leur expertise et leur capacité d’innovation pour enrichir l’offre OPCVM. L’épanouissement d’une telle offre est tributaire de la capacité d’écoute des gestionnaires à l’égard de leur clientèle, de l’instauration d’une véritable culture de marché auprès du public des épargnants, de l’élargissement du cadre réglementaire et des mesures d’incitation fiscale.
Par ailleurs, le potentiel de développement reste intact. Le marché de la clientèle des particuliers, qui compte actuellement moins de 30 000 porteurs détenant environ 15% seulement des encours, devrait enregistrer une croissance considérable dans les prochaines années.
Face au potentiel de la demande, les gestionnaires d’OPCVM disposent de gisements de produits innovants encore peu ou non explorés ? L’épargne salariale, les plans d’épargne actions, retraite, assurance vie… en représentent quelques filons»

Un plan d’épargne à travers le placement en OPCVM

La société de gestion Alistitmar Chaâbi avait lancé en 2004 trois fonds communs de placement qui sont : Al Iddikhar Chaâbi kassir almada, Moutawassit almada et Tawil almada.
Ce sont trois fonds investis en obligations court terme pour le premier, moyen terme pour le second et long terme pour le dernier.
L’objectif de leur création est de permettre à une large catégorie du public marocain de se constituer une épargne sur l’horizon de placement qui lui convient, tout en bénéficiant de l’assistance et du conseil des spécialistes de la société de gestion, afin que ce public s’initie au marché financier et à la gestion collective.
La cotisation est périodique et le montant minimum est de 100 DH. Aucune restriction à la sortie de ces fonds n’existe.
Le risque lié à ces fonds est quasiment nul, puisque l’investissement régulier des cotisations des épargnants le lisse sur le temps.