«Nous sommes sur un sentier de croissance soutenable et rentable»

Le repositionnement stratégique de la société a fini par payer. Le management étudie plusieurs pistes de croissance externe n Malgré sa performance, l’action Jet Contractors reste sous-évaluée.

Directeur du développement de Jet Contractors

Au titre du premier semestre de l’année en cours, Jet Contractors s’est démarquée par de très bonnes performances commerciales et financières, ce qui s’est traduit par un redressement de son cours boursier. Cette croissance, le management de l’entreprise la voit pérenne car émanant d’un repositionnement bien réfléchi. Nicolas Kepel, directeur du développement de Jet Contractors, revient dans cet entretien sur les réalisations des dernières années et les perspectives à moyen terme.

 Comment a évolué Jet Contractors durant ces dernières années ?

En 2016, Jet Contractors a finalisé l’essentiel d’une mue stratégique initiée en 2012 et l’ayant fait passer de leader sectoriel de la façade (connu sous le nom de Jet Alu) avec 400 MDH de chiffre d’affaires, à un groupe de construction intégré dont le carnet de commandes dépasse les 2 milliards de DH. Un changement de taille significatif, qui fait écho à celui de notre positionnement et de notre dénomination sociale, dont l’origine est à chercher dans l’anticipation du ralentissement des mises en chantiers de programmes résidentiels sur lesquels était concentrée une partie importante de notre activité historique. L’activité de Jet Contractors repose ainsi dorénavant sur deux piliers: le general contracting, soit le métier d’ensemblier de la construction, pour livrer clés-en-mains les ouvrages bâtimentaires les plus variés, et le métier d’industriel intégré pour les lots architecturaux et structuraux, via notre plateforme de Skhirat déployée sur 5 ha couverts.

En prenant ce virage, Jet Contractors s’est exposé à de nouveaux foyers de croissance. Nous avons été et sommes ainsi en mesure d’accompagner la dynamique d’expansion du Royaume en matière d’infrastructures, notamment liées au transport. En parallèle, les premiers succès du PAI ont constitué un important appel d’air en termes de besoins en bâtiments industriels, entrepôts et zones logistiques. Enfin, Jet Contractors a aussi résolument pris le train de l’internationalisation africaine, dans le sillage des initiatives menées par les plus hautes instances du Royaume. Cette inflexion stratégique explique en partie l’importante croissance de notre chiffre d’affaires des dernières années.

 Votre entreprise faisait face auparavant à un accroissement soutenu de son BFR et de ses provisions pour créances. Quel a été l’impact du changement du business model sur ces deux indicateurs ?

L’une des grandes vertus de ce repositionnement est de réduire le BFR rapporté au chiffre d’affaires. En effet, le general contracting, en nous rapprochant du donneur d’ordre, nous permet de dominer le cycle des encaissements et ce faisant d’améliorer mécaniquement le BFR relatif. Les premiers pleins effets ont été constatés sur 2016 avec une hausse de BFR de 16% pour une croissance de chiffre d’affaires de près de 40%, soit une réduction nette du BFR relatif ayant permis d’accroître d’autant le cash-flow opérationnel.

Pour ce qui concerne les provisions sur créances, elles sont inhérentes à notre secteur d’activité et à la stricte politique prudentielle afférente du groupe. De fait, une grande partie de notre chiffre d’affaires est réalisé avec la personne publique, notamment connue pour ses délais de paiement. Cela étant, les provisions sur créance représentent historiquement une base normative de 6 à 8% de notre chiffre d’affaires. Pour autant, le volume de provisions pourrait être amené à diminuer si la règlementation relative aux délais de paiement pour la personne publique devenait effective. En parallèle, la participation à des opérations de type BOT devrait également avoir un impact positif.

 Doit-on s’attendre à une poursuite de la croissance enregistrée au premier semestre sur toute l’année 2017 ? Quid de 2018 ?

Le résultat net du premier semestre a quasiment représenté le double de celui de 2016 et il atteindra plus de 100 MDH à fin 2017. Cette performance doit être regardée comme la première matérialisation comptable de l’évolution du modèle de Jet Contractors. Dans le même temps, l’augmentation des volumes d’activité conjuguée au maintien de solides marges opérationnelles ainsi qu’à la réduction du BFR ont eu pour effet mécanique d’améliorer le cash-flow opérationnel et ce faisant de permettre de réduire l’endettement net global.

Fort d’un robuste carnet de commandes, l’année 2018 devrait ainsi se caractériser par une hausse du chiffre d’affaires avec un niveau de marge comparable et un BFR relatif anticipé en amélioration.

 Au volet boursier, Jet Contractors superforme le marché. Toutefois en termes de P/E, l’action traite toujours à 6,9 fois les bénéfices dans un marché valorisé à 20x. Le titre est-il sous-évalué par les investisseurs ?

Sur un plan fondamental, il nous semble en effet que l’évolution de notre modèle n’a pas été encore cristallisée dans le prix de l’action. Nous nous inscrivons aujourd’hui sur un sentier de croissance soutenable et rentable par la conjugaison unique, sur le marché marocain, des compétences en general contracting et en tant qu’industriel intégré. La première permet en effet de drainer les volumes et de maîtriser le BFR tandis que la seconde assure l’optimisation des marges. Cela étant, notamment au regard du P/E des comparables et des belles perspectives du groupe, le titre apparaît effectivement décoté.

 Quelles sont vos ambitions sur les années à venir ?

Nous souhaitons en premier lieu asseoir notre empreinte en matière de general contracting, notamment par la réalisation d’opérations de croissance externe à la condition sine qua non qu’elles présentent un caractère relutif pour les actionnaires de Jet Contractors. De sérieuses réflexions en ce sens sont en phase de finalisation. Dans cette même veine, nous étudions les moyens d’assurer à notre bilan le souffle nécessaire pour faire face aux enjeux de la croissance.

En parallèle, dans le sillage d’une première opération en cours, Jet Contractors se penchera, avec AR Corporation et ses partenaires, sur davantage d’opérations de type BOT (PPP, Built-to-Suit, etc.). Pour ce pan d’activité, Jet Contractors se concentrera sur le general contracting et l’O&M, le financement et la détention d’actifs relevant d’une autre compétence apportée par lesdits partenaires.

Enfin, nous allons ajouter un troisième administrateur indépendant au sein d’un conseil d’administration composé de six voix. Une telle politique de gouvernance est, elle aussi, unique pour les small/mid caps marocaines.

Cet ensemble constitue donc le socle de notre prochain palier de croissance qui devra donc être marqué par la soutenabilité, la profitabilité et la lisibilité.