Net rebond des cours à la Bourse de Casablanca

Surliquidité des investisseurs et bons résultats annuels de certaines sociétés ont déclenché la reprise. Regain de confiance vis-à-vis des valeurs immobilières. La tendance devrait se poursuivre sur les prochains mois mais la prudence reste de mise.

La Bourse de Casablanca retrouve des couleurs. Le principal indice de la place, le Masi, affichait à l’issue de la séance du 22 mars une performance depuis le début de l’année de 7%. Quelques semaines auparavant, on en était encore à une variation négative par rapport à fin 2015. Il y a eu donc un net renversement de tendance qui s’explique, selon les analystes, par deux principaux facteurs.

Le premier est «la bonne surprise» faite par les sociétés cotées au marché en cette période de publication des résultats annuels. En effet, les réalisations annoncées jusqu’à présent sont au-delà des attentes des investisseurs. «En début d’année, les anticipations étaient négatives en raison d’une conjoncture économique globalement morose, des mésaventures de certaines sociétés en 2015 et des multiples profit warnings publiés. Les opérateurs ont donc répercuté de façon excessive leurs craintes sur le marché. C’est ce qui explique le comportement des indices au cours des premières semaines de l’année», rapporte un analyste. Mais au fil des publications de résultats, l’état d’esprit des investisseurs a commencé à changer. Les principales banques cotées, notamment Attijariwafa bank et la BCP, ont dégagé des résultats en hausse et ce, malgré le ralentissement du crédit, le retour à la normale des activités de marché après une année 2014 exceptionnelle et la persistance d’un coût du risque élevé suite à la progression continue des impayés. Pour sa part, Maroc Telecom a certes dégagé un bénéfice en légère baisse, mais son expansion en Afrique lui a permis d’augmenter significativement son chiffre d’affaires et permet d’espérer un redressement des résultats en 2016. Surtout que l’opérateur maintient sa politique généreuse de distribution de dividendes, un aspect que les investisseurs ne négligent pas. De leur côté, les compagnies minières, dont les résultats étaient attendus en baisse en raison de la volatilité des cours internationaux des métaux, ont surpris la place en publiant des réalisations globalement en amélioration (voir article en page suivante). Même le secteur des matériaux de construction qui était boudé par le marché en raison de la méforme du BTP, intéresse de nouveau les investisseurs après l’annonce par les cimentiers de bénéfices en nette progression par rapport à 2014. Les secteurs défensifs comme l’agroalimentaire n’ont pas déçu non plus avec notamment Cosumar, Centrale Danone et Oulmès qui affichent de bonnes performances au titre de 2015.

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Précisons en outre le regain de confiance des investisseurs vis-à-vis des valeurs immobilières après une longue période d’appréhension. Les annonces faites par les groupes Addoha et Résidences Dar Saada sur l’état d’avancement de leurs plans stratégiques et leurs activités ont apaisé les tensions et permis au marché de prendre conscience que leurs cours étaient nettement sous-évalués. D’ailleurs, au 22 mars, c’est Addoha qui signe la meilleure performance du marché avec une progression du cours de près de 67%. Résidences Dar Saada affiche également un bond non négligeable de 25%. Même Alliances qui n’a pas encore définitivement tourné la page des difficultés financières en a profité avec un cours qui a pris 46% depuis le début de l’année.

Enfin, n’oublions pas l’effet de l’annonce de la fusion absorption de Holcim Maroc par Lafarge Ciments (voir article en page 22). Les cours des deux cimentiers affichaient au 22 mars une progression de 22% pour la première et de 17,4% pour la seconde.

Pour résumer, un analyste estime que pour l’instant les réalisations sont globalement satisfaisantes aussi bien en termes de croissance de la capacité bénéficiaire qu’en termes de distribution de dividende. «A l’issue de la période des publications, il se pourrait même que le résultat global de la cote soit en progression, hors Alliances et Samir bien entendu», ajoute-t-il.

Le marché de la dette offre des rendements de plus en plus maigres

Le deuxième facteur qui explique la reprise du marché est la surliquidité des investisseurs. En effet, le redressement des finances extérieures du Maroc, grâce principalement au sensible recul du déficit commercial (hausse des exportations et baisse des importations), a permis de reconstituer les réserves de change et, de facto, de réduire de façon significative le déficit de liquidités. Ainsi, les investisseurs se sont retrouvés avec d’importants flux de cash venus s’ajouter aux remboursements effectués par le Trésor après plusieurs années de fort endettement. Une bonne partie de ces liquidités a été orientée vers le marché actions car, en face, les besoins de financement du Trésor ont sensiblement reculé et les rendements proposés n’intéressent plus autant les investisseurs (les taux ont sensiblement reculé ces deux dernières années).

Ainsi, surliquidité et bonnes réalisations des sociétés cotées ont favorisé le rebond du marché actions. «L’année dernière, le marché était également surliquide et les indices bien orientés, mais les mauvaises surprises faites par certaines sociétés de la cote ont cassé la dynamique», tient à rappeler le directeur analyse et recherche d’une société de bourse. Ce qui amène à la question : la reprise va-t-elle se confirmer ? Pour certains, la tendance haussière a de grandes chances de se poursuivre, notamment si à l’issue de la période de publications des résultats annuels ceux-ci sont globalement satisfaisants. «Quand les réalisations sont bonnes, elles ont un effet positif sur le moral des investisseurs pendant 4 à 5 mois, soit jusqu’au début des vacances d’été», avance l’un des analystes contactés. Notons en plus que les dividendes qui sont généralement distribués en mai et juin ont tendance à doper les cours. Par la suite, il s’agira d’analyser les publications semestrielles à partir de fin août/début septembre. Si elles n’apportent pas de mauvaises nouvelles, il n’y aura aucune raison pour que la tendance haussière soit interrompue. D’autant plus que la surliquidité des investisseurs devrait persister. «L’on s’attend à une poursuite de l’amélioration des finances extérieures du Maroc. En parallèle, le Trésor devrait continuer à lever de moins en moins de fonds sur le marché de la dette, ce qui maintiendra la pression sur les taux et orientera les investisseurs vers le marché actions», explique un professionnel.

Néanmoins, d’autres analystes estiment qu’il faut rester prudent en argumentant que le marché manque encore de profondeur. «Le volume moyen quotidien des transactions sur le marché central est inférieur à 70 MDH alors qu’on en était à près de 120 millions à la même période de l’année dernière. Ce n’est donc pas encore l’euphorie, les intervenants agissent avec beaucoup de précaution car les perspectives sont toujours incertaines», explique l’un d’entre eux. Pour un de ses confrères, en plus de la prudence, c’est l’étroitesse du marché qui explique les volumes de plus en plus faibles. «La demande est là, mais le nombre de valeurs à potentiel est limité. De plus, il n’y a pas d’introductions en bourse pour absorber le surplus de cash. Si cette demande continue de cibler uniquement quelques valeurs, l’on risque la formation d’une bulle qui pourrait éclater à tout moment», met-il en garde.

Au final, et en tenant compte des avis des uns et des autres, on peut dire que le marché est pour l’instant porteur mais qu’il faut rester vigilant dans le choix des valeurs dans lesquelles investir et dans la fixation de son degré d’exposition au marché. Il faut aussi savoir que des corrections techniques suite aux prises de bénéfices sont inévitables et donc se fixer une limite de gain est primordial.

Au 22 mars, une quarantaine de valeurs sur les 75 de la cote affichait des variations positives depuis le début de l’année. Les principaux secteurs ayant réalisé les plus fortes croissances sont notamment l’immobilier (67% pour Addoha, 46% pour Alliances er 25% pour Résidences Dar Saada), l’informatique (15,6% pour HPS, 16,4% pour Microdata, 18,2% pour Disway et 21,2% pour S2M) et les matériaux de construction (22% pour Holcim, 12,2% pour Cimar et 17,4% pour Lafarge). En face, une trentaine de valeurs ont vu leurs cours reculer dont principalement Crédit du Maroc (-27%), Managem (-10%), Brasseries du Maroc (-16,7%), Label’Vie (-12,4%) et Sonasid (-7%).

Les OPCVM actions se portent aussi bien que le marché boursier. Au 11 mars (dernière donnée disponible à l’heure où nous mettions sous presse), leur indice de performance tel que calculé par l’Autorité marocaine du marché des capitaux était de 3,04%, soit légèrement mieux que la performance du Masi à cette même date (2,98%). Les fonds diversifiés profitent également de la bonne tenue des cours puisque leur indice de performance s’établit à 2,01%. Les fonds obligations moyen et long terme ne déçoivent pas non plus grâce à la poursuite de la baisse des taux des bons du Trésor. Ils affichent une hausse moyenne de 1,8%. Enfin, les OPCVM monétaires et obligations court terme ont enregistré des performances proches d’environ 0,60%.