Marché actions : de bons signaux sans grand effet

Depuis le début de l’année, le MASI a enregistré une hausse de 3,6%. Les publications trimestrielles restent sans impact palpable sur les cours. La qualité des indicateurs publiés est remise en cause.

La Bourse de Casablanca aura connu une année assez volatile, enchaînant des hausses et des baisses de son indice principal le Masi, au gré des nouvelles du marché, de la publication des résultats des sociétés cotées et autres évènements. A l’heure où nous mettions sous presse, le 10 décembre, il a clôturé la séance, en réalisant une performance annuelle de 3,8%.

Suite aux publications semestrielles où la Bourse a légèrement réagi, le marché reste hésitant, pâtissant toujours des mêmes difficultés, à savoir un profil fragile de la croissance de l’économie nationale, conjugué à un manque de liquidité de plus en plus accru. Même les publications trimestrielles, désormais obligatoires, n’ont eu que peu d’effets sur l’orientation des indices. «La communication trimestrielle ne concerne que quelques indicateurs (le chiffre d’affaires, l’investissement réalisé et la dette nette). Mis à part Maroc Telecom et les banques cotées, toutes les sociétés se sont limitées à ce minimum légal. Et cela ne donne pas une idée claire sur l’orientation du marché», explique un analyste du marché. Un autre corrobore ces propos: «Les émetteurs ne donnent pas assez d’éléments qualitatifs pour expliquer telle ou telle évolution. Ce qui nous laisse dans l’incapacité de bien évaluer les sociétés cotées ou la direction de leurs cours».

Toujours est-il que les réalisations à fin septembre ont été intégrées dans les cours bien avant leur publication. Après les publications semestrielles, le marché a été refroidi, vu que la masse bénéficiaire est ressortie en recul par rapport à fin juin une année auparavant. «Le marché était hésitant mais semblait être prêt à remonter. Sur les trois derniers mois, il a entamé une hausse qui s’est poursuivie jusqu’à fin novembre», analyse un spécialiste. Actuellement, il est revenu à son calme d’avant la période des publications, que ce soit en matière de flux que d’évolution de l’indice boursier.

Evolution du MASI et du volume du marché central depuis le début de l'année
Evolution du MASI et du volume du marché central depuis le début de l’année

S’il y a un autre élément qui concourt à cette léthargie du marché, c’est bien l’arbitrage entre les produits de placement, notamment entre le marché actions et les produits de taux. Il faut dire que la courbe des taux ne présente pas un rendement attractif. Il est compris entre 2,3% pour le 52 semaines et 2,75 pour le 10 ans. En cause, des besoins du Trésor toujours faibles et qui ne favorisent pas une remontée des taux. «Le Trésor continue à lever des fonds peu importants qui n’arrivent pas à satisfaire la demande des investisseurs. Ce qui contribue à baisser les rendements, ou au mieux à les maintenir en stagnation», explique un analyste obligataire. En même temps, la progression du marché actions ne casse pas des briques. Avec une évolution moyenne de 3,3%, la rémunération reste dérisoire, si l’on déduit l’impôt correspondant à la plus-value. Du reste, le rendement du dividende (D/Y) est plus intéressant, puis qu’il se situe en moyenne à 3,7%. Dans ce contexte, les investisseurs se sentent piégés puisque aucun produit de placement n’offre une rémunération alléchante. Cela dit, même si l’arbitrage se fait pour les actions, (ce qui est normal dans un contexte de baisse prolongée des taux), le problème de la liquidité se maintient. «Quelques particuliers ont envie de se repositionner sur l’action, mais il n’y a plus d’actions sur le marché», ironise un analyste. Les titres sont détenues globalement par les investisseurs institutionnels qui, eux, ont des politiques de placement à moyen et long terme. Rebelotte : on revient au même problème de base : manque de papier frais, nécessité d’introduire de nouvelles sociétés en bourse…

En tout cas, certains analystes contactés ont du mal à prévoir la fin de l’année, sans exclure une évolution qui serait comprise entre 0 et 5%. «Si l’on prend juste cette séance de cotation, soit le 10 décembre, le marché intègre deux nouvelles favorables à une hausse de l’indice général du marché. Il s’agit du retour de Mohamed Ammor aux commandes du groupe Alliances et de l’augmentation du capital d’Addoha». Cela devrait maintenir la tendance haussière du marché, pour quelques séances encore. Mais elle finira par s’essouffler, car il n’existe pas de base solide pour le maintien d’une hausse. Allusion faite à la reprise des principaux secteurs de l’économie dont le BTP. L’année prochaine serait-elle aussi calme que celle en cours ? Cette question laisse les analystes partagés. Certains évoquent la concrétisation des prémices de reprise qui auraient un impact solide sur les secteurs phares de l’économie nationale. «La relance attendue du BTP avec la matérialisation du contrat programme, la mise en place de mesures de relance de l’immobilier et de nouveaux avantages attendus en faveur du logement social, la réforme des CRI, la déconcentration des administrations…, pourraient donner un bon signal pour la dynamisation du marché actions», détaillent-ils.

D’autres abordent un élément important qui est la préparation des élections de 2021. Le facteur politique a toujours joué un rôle important dans l’évolution du marché actions. «Autant le 1er semestre devrait se passer sous le signe du calme, autant le second devrait connaître des mouvements sur la scène politique, avec tous les programmes électoraux qui seront diffusés et qui devraient forcément impacter la Bourse de Casablanca», s’accordent à affirmer des professionnels. Une chose est sûre, le projet de Loi de finances 2020 n’aura aucun impact sur la bourse, puisqu’il ne comprend aucune mesure phare à même de le dynamiser. De façon globale, les évolutions à la hausse comme à la baisse de l’indice restent ponctuelles. Le marché est en quête d’informations stratégiques ou importantes pour pouvoir réagir durablement. Et tant qu’aucun événement majeur ne vient changer la donne, elles resteraient techniques et s’essouffleraient une fois l’information en question consommée.

Au terme du 3e trimestre, un effet rattrapage a été constaté au niveau de l’activité de la cote. En fait, le 2e trimestre de cette année a été marqué par un volume d’affaires défavorable. De même, la même période de l’année précédente s’était soldée par des réalisations défavorables en raison notamment du plein effet du boycott qui a touché les sociétés en question et d’autres. L’activité des 3 derniers mois a donc été bien orientée avec des revenus en progression de 2,7%, atteignant 177,5 milliards de DH.

Cette hausse est redevable essentiellement au secteur bancaire qui a affiché une bonne tenue des activités de marché, au secteur de la distribution avec comme seule valeur cotée Label’vie qui a profité de la poursuite de son plan de développement et au secteur minier qui a tiré profit de la hausse des cours au niveau international, après une baisse au 1er trimestre, conjuguée à une augmentation des volumes de production.

Dans le secteur agro-alimentaire, la société des boissons du Maroc (SBM), elle, a bénéficié de la coïncidence de la fin du mois de Ramadan avec le début de la saison estivale pour booster son activité.

Par ailleurs, le niveau d’endettement des valeurs cotées hors financières se monte à 63,6 milliards de DH, selon BMCE Capital Research.

Le secteur des télécoms accapare 32% de l’encours global, suivi des promoteurs immobiliers avec 16%, des opérateurs de matériaux de construction avec 13%, du groupe Taqa Morocco avec 12% et des minières avec 6%.