Mahlaba, petit taxi, téléboutique : ce que ça rapporte

Le taux de rentabilité peut atteindre les 25% et le bénéfice
mensuel varie de 4 000 à 30 000 DH.
La contrainte du local fait du petit taxi l’affaire la plus accessible…la
moins rentable aussi.
Trouver un homme de confiance pour gérer la laiterie ou la téléboutique
conditionne le succès.

Dans cette rubrique nous avons toujours lié étroitement l’épargne aux marchés financiers. Pourtant, actions, obligations, OPCVM, comptes sur carnet, dépôts à terme et autres instruments dits modernes ne sont pas les seuls débouchés possibles pour vos économies, ni l’unique moyen de les rentabiliser. Bien au contraire, il existe une multitude de «petites idées» qui permettent de faire «travailler» votre argent. Investissement direct, donc. Quoi de mieux que de créer sa propre entreprise pour faire fructifier son épargne… L’idée en effraie plus d’un. Et pour cause, beaucoup d’entre vous pensent que se lancer dans la création d’un business est une démarche qui nécessite énormément de fonds, réclame un grand engagement et requiert un certain savoir- faire.
Et pourtant, peu pensent à ces métiers simples, qui ne nécessitent pas de compétences spécifiques et qui, de plus, vous permettent de rester salarié. Nous avons identifié pour vous trois types d’« affaires » qui ne nécessitent pas un gros investissement (moins de 200 000 DH, hors local) et s’avèrent, dans certains cas, fort rentables.

Laiterie : au minimum300 000 DH de bénefs nets par an
Vous serez sans doute aussi étonné de trouver les business plans d’un… petit taxi, une laiterie (mahlaba) ou encore une téléboutique. Pourtant, à y regarder de près, on se rend compte que ce genre d’affaires rapporte dans certains cas davantage qu’un investissement en actions. Bien évidemment, le risque que vous encourez en vous lançant dans ce genre d’activité est relativement important, «mais pas aussi important que le risque encouru en investissant dans la Bourse de Casablanca», ironise le patron d’une téléboutique qui détient par ailleurs un petit portefeuille actions.
Abdelkrim est cadre supérieur dans une multinationale. Mais, chaque fois qu’il parle de l’évolution de sa carrière, il ne cache pas son vœu de tout laisser tomber pour une mahlaba. Ce projet, il sait très bien ce qu’il coûte et ce qu’il rapporte pour avoir une famille spécialisée dans ce commerce. Initié à la chose financière, il trace rapidement un business plan pour démontrer que le projet, si modeste soit-il, ne peut être que rentable. Une petite mahlaba rapportera à son propriétaire dans les 20 000 dirhams nets par mois. Et encore, il ne s’agit là que d’un minimum ! Le bénéfice sera plus important si le local est bien situé et achalandé. Des laiteries à Casablanca, rendez-vous incontournables à la sortie des usines (ou des «boîtes»), telles Al Boustane, Abdelmoumen 2, Bordeaux, … réalisent des chiffres autrement plus élevés. Abdelkrim précise d’emblée que la totalité des bénéfices est réalisée sur les «produits à valeur ajoutée». Il entend par-là les produits qui nécessitent une transformation : raïb, petit-lait, jus, sandwichs, harcha, meloui… Les produits commercialisés en l’état (yogourt, lait, pain, sodas…) ne laissent aucune marge, ou si petite. «Il s’agit uniquement de produits d’appel».
Même sur les produits maison, les marges, prises individuellement, paraissent faibles, mais à mesure que les ventes évoluent, elles justifient l’investissement. Cet investissement est de l’ordre de 125 000 dirhams, hors local. Le prix de ce dernier dépend de la ville, du quartier et de la proximité des centres commerciaux ou industriels.
L’équipement comprend une machine pour la fabrication du petit lait (30 000 DH), un frigo-comptoir (25 000 DH), un deuxième frigo de stockage (10 000 DH), des mixeurs et quelques ustensiles (10 000 DH)… Un fonds de roulement de 50 000 dirhams est suffisant pour se lancer. Cinq salariés et le tour est joué !
Les calculs faits sur une base annuelle, en tenant compte du coût matière, d’une charge locative de 24 000 DH, une masse salariale de 60 000 DH et des frais d’entretien et de réparation de 22 000 DH laissent, en fin d’exercice un bénéfice net de l’ordre de… 300 000 DH. Soit presque deux fois et demi l’investissement initial. Soit encore le montant qu’aura nécessité le financement du pas de porte et de l’aménagement du local.
Reste juste à préciser que ces calculs ont été faits compte tenu d’une activité normale, pour une laiterie à fréquentation moyenne. À ces chiffres, il faudrait ajouter les bénéfices du mois de Ramadan. Une période de suractivité des laiteries qui en profitent également pour commercialiser chebbakia, sellou et autres cornes de gazelle… Certaines y réalisent près de la moitié du chiffre d’affaires annuel. Tentant non ? Ce n’est pas Abdlekrim qui dira le contraire. Dans ce type d’affaires, le plus compliqué est, sans conteste, le fait de trouver LE BON LOCAL et la personne de confiance pour gérer le tout…si vous tenez à rester salarié.

Taxi : le placement pépère qui rapporte 4 000 DH par mois

Moins juteux, mais également plus facile et moins cher : le petit taxi. L’idée peut vous sembler un peu loufoque, mais sachez qu’un tel investissement offre un taux de rentabilité de près de 25 % par an. C’est-à-dire un retour sur investissement au bout de quatre ans seulement. De plus, vous pourrez par la même occasion trouver un débouché plutôt honorable pour tel ou tel membre de la famille (qui n’a pas de chômeur parmi les siens ?) qui recherche désespérément un boulot depuis deux années déjà.
Pour vous lancer dans cette entreprise, il vous faudra déjà débourser le prix d’une voiture neuve (Diesel) qui servira de taxi (environ 120 000 DH). Au Maroc, la profession est encore régie par un système de privilège. Ainsi, il vous faudra un agrément ou «grima» pour votre taxi. Deux options s’offrent alors à vous. La première dite de la hlawa vous permet de signer avec le détenteur d’une «grima» un contrat de location de son « bout de papier » pour une durée de cinq années. Il vous faudra pour cela débourser quelque 50 000 dirhams au début, et de verser un loyer mensuel de 1 500 DH. Au terme des cinq années, les deux parties peuvent d’un commun accord décider de reconduire la relation. Cette fois-ci, le détenteur de l’autorisation ne réclamera pas plus de 20 000 DH pour la reconduction du contrat dans les mêmes conditions, c’est-à-dire un loyer mensuel de 1 500 DH. L’autre possibilité est de louer l’agrément au prix de 2 500 DH. Dans ce cas-là il s’agit d’un simple contrat de location qui peut être rompu par l’une des deux parties à n’importe quel moment.
Maintenant que vous êtes l’heureux propriétaire d’un petit taxi, vous devrez trouver quelqu’un pour l’exploiter. Le chauffeur doit bien évidemment détenir un permis, dit de confiance, délivré par la wilaya. Les us de la profession fixent entre 200 et 250 dirhams le montant de la location journalière d’un taxi rouge à Casablanca, entre 6 000 et 7 500 dirhams environ par mois. En tant que propriétaire, certaines charges d’exploitation vous reviennent, comme l’assurance (7 000 dirhams par an), les visites techniques (600 dirhams par an), les charges d’entretien et, enfin, les éventuelles réparations du véhicule en cas de panne ou d’accident.
En gros, les recettes nettes de votre petit taxi peuvent facilement atteindre les 4 000 dirhams par mois. Au bout de la cinquième année, vous aurez largement récupéré votre mise de départ et entièrement amorti votre véhicule. Votre petit business dégagera une plus-value d’au moins 32 000 dirhams qui peut dans certains cas dépasser les 100 000 dirhams pour une mise initiale de 170 000 dirhams environ, soit un «taux de rentabilité» , grosso modo, de 20 à… 70 % au bout de la durée du contrat (cinq ans).
Pour une telle espérance de rentabilité, vous êtes bien obligé d’accepter un risque assez important. Les professionnels sont pourtant assez rassurants dans leurs propos : «Le seul risque, c’est qu’un accident entraîne un arrêt prolongé ou définitif du véhicule» explique un chauffeur de taxi.

Téléboutique : jusqu’à 20 000 DH par mois, mais un risque non négligeable
Le nombre de téléboutiques a connu un développement exponentiel durant les dernières années, si bien que certaines ont rapidement fait faillite. Aujourd’hui, le développement de la téléphonie mobile et surtout des services prépayés aidant, le filon redevient intéressant pour ceux qui réussissent encore à dénicher les bons emplacements. L’investissement reste relativement lourd si l’on compte le local. D’ailleurs, plusieurs propriétaires nous ont certifié qu’un tel projet n’est viable que si le local est disponible. Donc, pour vous lancer dans pareille entreprise, mieux vaut disposer d’un petit local dans un quartier populaire, ou du moins animé. Outre l’aménagement du local pour lequel vous devrez débourser quelques milliers de dirhams (entre 5 000 et 15 000 dirhams en fonction de l’état du local), il vous faudra acheter les taxiphones. Différents modèles aux caractéristiques différentes existent. Leur prix varie entre 15 000 dirhams et 25 000 dirhams l’unité.
Donc pour une téléboutique de six taxiphones, il faut compter un investissement initial de 170 000 dirhams en sus du local. Pour l’exploitation, sachez que Maroc Télécom vous concédera 40 % du prix de la communication. Vous pouvez également en profiter pour commercialiser des produits en relation avec la téléphonie (cartes de recharge, accessoires pour mobiles, envoi et réception de fax…), mais les marges sont souvent trop faibles (7 % sur les cartes de recharge). En vitesse de croisière, le chiffre d’affaires journalier d’une téléboutique qui connaît une affluence respectable est d’environ 500 dirhams par poste (3 000 dirhams pour notre exemple). À cela, il faudra rajouter le produit des ventes accessoires, évalué selon plusieurs sources à une moyenne de 500 dirhams par jour. L’ébauche de business plan réalisé sur cette base dégage un bénéfice mensuel d’environ 20 000 dirhams par mois.
Les risques liés au métier sont principalement d’ordre commercial. Une téléboutique installée dans une zone à faible achalandage ne risque pas de faire de vieux jours. En plus, la réglementation de la profession exige certes un éloignement d’au moins 200 mètres entre deux téléboutiques, mais est-ce vraiment suffisant ? Sans parler du développement de la téléphonie mobile qui représente aujourd’hui encore, de par sa structure (plus de prépayés que d’abonnement) une opportunité, mais reste certainement un véritable danger pour le métier.


Choisissez un gérant de confiance
Si nous traitons ce thème dans cette rubrique c’est pour l’apprécier en tant que placement à considérer en complément de l’activité officielle. N’étant pas disponible à temps plein et n’ayant que peu de moyens de contrôle, il vous faudra choisir un bon gérant, dynamique et rigoureux. Il doit surtout être un homme (ou une femme) de confiance. Beaucoup préfèrent recourir à des membres de la famille et rendent par là-même un service à des jeunes qui ne trouvent pas de débouchés sur le marché de l’emploi.