Livrets, DAT…, les produits classiques résistent malgré un faible rendement

La rémunération des comptes sur carnet est passée de 7% en 1995 à  2,41% en
2007, celle des dépôts à  terme à  12 mois de 9,41% à  3,76%.
Malgré cette baisse, l’encours des dépôts ne cesse d’augmenter.
Compte tenu de l’inflation, l’épargne placée dans les banques perd pratiquement
de sa valeur.

Les produits financiers classiques à  revenu fixe rapportent de moins en moins. Leur rémunération est en constante baisse depuis plus d’une décennie. En effet, le taux d’intérêt des comptes sur carnet est passé de 7% en 1995 à  2,41% en 2007, soit un recul de 4,6 points de pourcentage. Celui des bons de caisse et dépôts à  terme a chuté de 4,58 points pour les placements à  six mois (de 8,06% en 1995 à  3,48% en 2007) et de 5,65 points pour les placements à  12 mois (de 9,41% à  3,76%). Quant au livret d’épargne nationale, produit historique commercialisé par Poste Maroc, sa rémunération a été divisée par deux en quatre ans seulement, passant de 2,36% en 2003 à  1,20% en 2007.

Malgré cette tendance, l’épargne placée dans ces produits n’a cessé d’augmenter durant ces dernières années. Selon les statistiques du Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM), les dépôts bancaires se sont établis à  498,5 milliards de DH à  fin 2007, en progression de 17,13% par rapport à  2006 et de plus de 37% par rapport à  2005. L’encours des dépôts à  terme a atteint pour sa part 124,3 milliards de DH, en évolution de plus de 27% par rapport à  2005, et celui des comptes sur carnet a totalisé 58,9 milliards de DH, en accroissement de 30,3%. Quant au CEN (Compte d’épargne nationale), son encours s’est établi à  12,3 milliards de DH à  fin 2007, en hausse de 15% par rapport à  2005.

La baisse des taux est liée à  la chute des rendements des bons du Trésor
Cette situation paradoxale suscite plusieurs interrogations. Comment se fait-il que l’encours des dépôts augmente alors que la rémunération chute ? Qu’est-ce qui explique la baisse des taux d’intérêt des produits bancaires ? L’épargne placée dans ces produits ne se déprécie-t-elle pas avec l’inflation ? Qu’est-ce qui empêche les Marocains de s’orienter vers d’autres produits plus rémunérateurs tels que les actions et les fonds de placement ?

Pour expliquer la dégradation des taux d’intérêt, il faut d’abord distinguer entre les produits indexés et les produits libres. Les taux de rémunération des comptes sur carnet et du livret d’épargne nationale sont en effet indexés sur les taux des bons du Trésor, lesquels ont enregistré une forte baisse ces dernières années suite à  l’aisance financière du Trésor et à  la surliquidité du marché monétaire. Ainsi, le taux des comptes sur carnet est égal au taux moyen pondéré des bons à  52 semaines, émis par adjudication au cours du semestre précédent, diminué de 100 points de base.

S’agissant de la rémunération des bons de caisse et dépôts à  terme, elle est déterminée librement par les établissements bancaires. Sa baisse s’explique principalement par le recul des taux d’intérêt des crédits. «La rémunération de l’épargne est une composante majeure du coût de collecte des ressources par les banques. Ces dernières ne peuvent pas accorder des prêts à  des taux inférieurs à  leur coût moyen pondéré des ressources. Or, les taux de crédit ont baissé de manière significative ces dernières années, pour un ensemble de raisons, ce qui a conduit au recul des taux créditeurs», explique Najib Ibn Abdeljalil, professeur en finance à  l’université Hassan II. En effet, la chute des taux des bons du Trésor sur le marché obligataire et l’accentuation de la concurrence entre les banques ont tiré les taux d’intérêt du crédit vers le bas, ce qui a eu une incidence importante sur le niveau de rémunération des dépôts à  terme.

Cela dit, cette situation n’a pas empêché l’épargnant marocain de continuer à  miser sur ces produits. En témoigne l’importante évolution des dépôts évoquée précédemment. Selon les économistes et les professionnels de la banque, ceci est lié à  quatre facteurs majeurs.

Le premier est relatif à  la capacité d’épargne des Marocains. Cette dernière a en effet connu une augmentation significative ces dernières années, ce qui est plutôt positif.
Le deuxième est le poids des habitudes chez les particuliers. En effet, «c’est seulement depuis quelques années que le système financier marocain s’est développé et libéralisé. Auparavant, les personnes physiques ne faisaient que déposer leur argent auprès des banques sans se préoccuper de la rémunération», confie Najib Ibn Abdeljalil.
Le troisième facteur est le manque de communication des banques au sujet des produits nouveaux. Ces dernières incitent peu leurs clients à  optimiser la rémunération de leurs dépôts et encore moins à  orienter leur épargne vers des véhicules alternatifs de placement.

Quant au quatrième facteur, il concerne le niveau de formation financière des épargnants. «Nombre de particuliers ne maà®trisent pas les mécanismes des produits financiers modernes et leurs caractéristiques, notamment la rentabilité, le risque et la liquidité. Ils se contentent donc de placer leur argent dans les comptes bancaires car leur fonctionnement est plus simple», affirme un chargé de clientèle auprès d’une société de gestion d’actifs.

D’après une étude, réalisée par la Bourse de Casablanca sur l’épargne individuelle au Maroc, près de 40% des personnes interrogées estiment que les mécanismes boursiers sont complexes et que cela constitue un frein à  l’investissement en Bourse. Concernant les caractéristiques des produits financiers modernes (rendement, sécurité, liquidité…), plus de 50% des personnes interrogées ont été incapables d’émettre un jugement, par méconnaissance. à  2,43%, le taux d’intérêt net des dépôts à  terme couvre à  peine l’inflation

Maintenant, quelle que soit la raison qui pousse les épargnants à  continuer à  miser sur les produits de placement bancaires, il faut savoir qu’avec ces niveaux de rémunération, l’argent peut perdre de sa valeur si le taux d’inflation est élevé. En effet, selon les statistiques du Haut commissariat au plan (HCP), l’indice du coût de la vie a enregistré depuis 1990 une progression annuelle moyenne de 3,05% et sa croissance pour l’année 2007 s’est établie à  2,01%. Le taux d’intérêt servi pour les comptes sur carnet était de 2,41% jusqu’à  décembre 2007. De ce taux il faut déduire la taxe sur les produits de placement à  revenu fixe (TPPRF) qui s’élève à  30%, ce qui laisse un taux d’intérêt net de 1,69%, soit un niveau inférieur au taux d’inflation. De même, si on déduit une retenue à  la source de 30% du taux d’intérêt observé en décembre 2007 pour les dépôts à  terme à  12 mois, il reste un taux d’intérêt net de 2,43%, ce qui couvre à  peine le renchérissement du coût de la vie. Quant au livret d’épargne nationale, même s’il est exonéré d’impôt, son taux de rémunération actuel de 1,20% est largement inférieur au taux d’inflation, ce qui conduit directement à  une dépréciation du capital. Dans d’autres pays, le taux d’intérêt des comptes d’épargne de base est indexé sur le taux d’inflation (voir encadré).

Pourtant, il existe des produits de placement accessibles au grand public, qui assurent un rendement très élevé par rapport aux comptes bancaires et qui offre plusieurs autres avantages. Il s’agit notamment des OPCVM (Organismes de placement collectif en valeurs mobilières). En effet, ces véhicules assurent un niveau de rentabilité intéressant, une gestion professionnelle de l’épargne, des niveaux de risque sur mesure et une disponibilité des fonds. Rappelons à  ce titre que, pour les dépôts à  terme, les fonds doivent rester bloqués jusqu’à  l’échéance sous peine de se voir appliquer une pénalité de l’ordre de 2% sur les intérêts à  percevoir.

Si les fonds investis dans les actions sont considérés par beaucoup comme risqués, même si le marché boursier est inscrit depuis plus de cinq ans dans une tendance haussière ininterrompue, les OPCVM diversifiés allient rendement intéressant et risque acceptable. Rien que pour l’exercice 2007, les fonds diversifiés ouverts au grand public ont réalisé des performances comprises entre 8% et 60%, ce qui est au pire des cas meilleur que le rendement des placements bancaires, d’autant plus que la fiscalité est plus avantageuse pour les OPCVM (imposition à  20%).

Nombre de particuliers, relativement avertis, ont tenté l’expérience de la gestion collective est ont réalisé des plus-values conséquentes. Il est temps que l’épargnant lambda profite du bon comportement des marchés financiers. Pour cela, il faut plus d’actions de communication de la part des organismes concernés et de conseil de la part des chargés de clientèle des banques.