Les valeurs sûres malgré la déception du Mondial 2010

Les valeurs BTP, agroalimentaire et banques ont été surévaluées depuis début 2004 mais restent des placements intéressants.
L’impact de l’échec du Mondial persistera à court terme mais n’aura pas d’effet significatif sur la cote.

Sans surprise, la Bourse de Casablanca a perdu des points à l’annonce du verdict de la FIFA. Encore heureux que cette dernière soit intervenue un samedi, jour chômé pour les marchés. Dès lundi, première séance de cotation où traders et investisseurs devaient traduire leur déception, le Masi (indice composite) s’est rétracté de 2,7 % et le Madex (indice des valeurs les plus liquides) de 2,3 %.

27 valeurs sur 35 traitées lundi étaient en baisse
La capitalisation boursière s’est par conséquent amenuisée de 2,81 % à 130,4 milliards de dirhams, dans un marché globalement vendeur.
Sur les 35 valeurs échangées, 27 étaient en régression, six en stagnation et deux seulement ont vu leur cours s’améliorer… Bien évidemment, c’est le secteur bâtiment et matériaux de construction qui a été le plus touché (voir encadré).
« C’est une réaction normale et légitime du marché. Et il faut s’attendre à ce qu’elle dure un petit moment avant que les choses ne reprennent leur cours normal, celui de la croissance », note un analyste. Combien de temps la baisse durera-t-elle encore ? Personne n’ose donner une estimation, mais les opérateurs contactés par La Vie éco sont unanimes sur le fait que l’impact de la déception liée à l’organisation de la Coupe du monde ne devrait pas prendre le pas sur les potentialités réelles des sociétés cotées. Cela dit, à très court terme, « en l’absence de bonnes nouvelles concernant une valeur, son cours en Bourse sera plutôt sujet à la baisse, compte tenu du comportement moutonnier des investisseurs».
L’organisation de la Coupe du monde du football 2010 au Maroc devait donner un sérieux coup de pouce à bon nombre de sociétés inscrites à la cote et le marché a profité, dans sa globalité, de l’existence de cette fenêtre d’opportunité. Maintenant que le verdict est tombé, le marché devra se délester de la surévaluation spéculative et retrouver ses niveaux réels.

Quelle stratégie adopter dans ces conditions ?
«Il est clair que des secteurs comme le ciment ou l’agroalimentaire avaient trop pris, mais est-ce une raison suffisante pour se désengager ? Non, ils continuent d’être les plus intéressants de la cote», avance, avec conviction, un analyste chevronné. Avis partagé par un collègue qui estime que ces deux secteurs ont encore plusieurs arguments pour séduire les investisseurs et qu’il va falloir seulement attendre que le mouvement de baisse généralisé s’essouffle pour se repositionner sur les mêmes valeurs qui tireront la cote pour des mois, voire des années, encore.
Les chiffres sont là pour le prouver : la consommation du ciment a progressé de 9,7 % à fin avril 2004, comparativement à la même période de l’année dernière. Une forte croissance qui devra se traduire par une amélioration du chiffre d’affaires et des résultats des sociétés cotées du secteur. D’autant plus que les professionnels prédisent un maintien de tendance pendant au moins cinq ans encore. A cela s’ajoute la poursuite des programmes d’investissement et d’augmentation des capacités de production de quasiment tous les opérateurs locaux.
La menace de la ZLE entre pays arabes ne semble pas inquiéter outre mesure les professionnels. Les analystes restent en tout cas optimistes, ne prévoyant pas de sitôt un changement majeur de la donne et avançant comme argument l’importance des marges des cimentiers et la maîtrise des réseaux de distribution qui leur permettront de mieux affronter la concurrence étrangère.
Autre fait encourageant : les déclarations des responsables gouvernementaux ont été pour le moins rassurantes. «Les projets annoncés seront réalisés avec ou sans FIFA» ; «Le Maroc a son propre projet de société» ; «La vision 2010 est plus que jamais notre préoccupation première…».
L’autre secteur qui a bien profité des spéculations sur l’organisation du Mondial 2010 chez nous est l’agroalimentaire. Les sociétés qui le composent ont vu leurs cours progresser jusqu’à 55 % depuis le début de l’année. Mais les fondamentaux, insistent les analystes, ne sont pas faibles.

L’agroalimentaire : des performances faibles, mais durables
Sans rentrer dans les détails, les opérateurs du secteur sont tous engagés dans une démarche de maîtrise des charges d’exploitation, d’optimisation des approvisionnements et d’amélioration des outils de production. Les nouvelles marques qui ornent les étalages montrent en outre le dynamisme commercial, l’esprit d’innovation et le sens du partenariat de certains acteurs. Tous ces éléments, et malgré la concurrence de plus en plus vive, devront impacter positivement les réalisations du secteur à la fin de l’année, et surtout au-delà, une fois les investissements complètement amortis et lorsque l’effet marketing jouera pleinement.
Toutes les sociétés cotées du secteur restent alléchantes. Brasseries du Maroc, même si elle s’est délestée, entre autres, de l’activité boissons gazeuses, continue d’intéresser quelques investisseurs après sa concentration sur les bières et vignobles. Idem pour Oulmès qui s’est alliée à Pepsi et qui vient en outre de lancer la bouteille d’eau minérale Sidi Ali de 75 cl. Lesieur, avec ses nouvelles huiles 100 % soja et 100 % maïs et la déclinaison «paillettes» du savon El Kef, ne s’en sortira pas moins bien. Centrale Laitière, qui inonde le marché de produits nouveaux et qui bénéficie du soutien inconditionnel de Danone, se démarque assez bien de son concurrent direct, Jaouda.
Les banques étaient également données favorites en cas d’organisation du Mondial, en raison de l’amélioration de leurs marges et du volume additionnels de crédits qu’elles devaient accorder. Aujourd’hui, les analystes contactés ne les donnent pas perdantes. Ils continuent de les plébisciter en raison de leur programme d’ouverture d’agences et de bancarisation du pays, mais aussi suite aux changements majeurs qu’elles connaissent actuellement, la perspective de consolidation et les tentatives de certains établissements financiers d’atteindre la taille critique pour pouvoir faire face à leurs concurrents, et surtout à la montée en puissance de l’ensemble BCM-Wafa, aidant.
Le secteur du crédit à la consommation semble par contre surévalué. Avec un price earning ratio de 26x (ce qui veut dire que ses actions sont vendues à un prix correspondant à 26 fois leurs bénéfices), il n’a pas les faveurs des analystes. Les 25,9 % qu’il a gagnés depuis le début de l’année ne sont pas totalement dus à la spéculation, mais aussi à l’amélioration des résultats de ses sociétés.
Quelques valeurs sortent du lot. A leur tête Eqdom qui jouit d’un actionnariat de référence et d’une position de choix, malgré le récent renforcement de BCM-Wafabank (Attijariwafa Bank ) dans le secteur, suite au rachat de Crédor par sa filiale Wafasalaf

Var. YTD : variation depuis le début de l’année. BPA 03 : bénéfice par action 2003.
DPA : dividende par action 2003. PER 04e : price earning ratio 2004 estimé.
Les chiffres sont arrêtés au 14 mai, soit la dernière séance de Bourse avant l’annonce du pays organisateur de la Coupe du monde 2010.
Les variations positives ne sont pas dues à la seule spéculation sur le Mondial, mais aussi aux bonnes réalisations des sociétés cotées au titre de l’exercice 2003.

Source : Wafa Bourse

La baisse actuelle fera davantage de dégâts auprès des spéculateurs que des petits porteurs qui sont dans une optique de placement à moyen terme.

Il est clair que des secteurs comme le ciment ou l’agroalimentaire avaient trop pris. Est-ce une raison suffisante pour se désengager ? Non, car ils continuent d’être les plus intéressants de la cote.

Les valeurs qui ont été le plus touchées après l’annonce
Les variations du lundi 17 mai ont été significatives puisqu’elles ont permis d’avoir une idée sur les préférences des investisseurs. Ainsi, la baisse des cours a été bien ressentie par les sociétés du secteur «bâtiment et matériaux de construction», avec une régression minimale de 4 % pour Sonasid, et Lafarge. Aluminium du Maroc a perdu 4,5 % alors que Cimar et Holcim Maroc ont vu leur valorisation se déprécier de 5 %. Le secteur « assurances » n’est pas en reste : -6 % pour La Marocaine-Vie et -5,47 % pour Agma-Lahlou Tazi alors que Wafa Assurance s’est maintenue. « Les sociétés de financement » – hors Taslif, qui profite de l’annonce de son programme de rachat d’actions et qui a gagné 5,6 % – ont toutes reculé. Eqdom perd 4 %, Crédor et Maroc Leasing frôlent la perte maximale, 6 %.
Dans le secteur «agroalimentaire», on note le recul de 5 % des Brasseries du Maroc, de 4 % pour Centrale Laitière et de 2 % pour Cosumar et Lesieur.
Imiter a perdu 6 % et Managem 4 %, tirant à la baisse les réalisations du «secteur minier» coté.
Le «secteur bancaire» n’a par contre pas souffert autant de la mésaventure du marché. Le recul varie de 0,2 % pour BMCE Bank à 1,8 % pour le CDM. BCM et Wafabank ont été épargnées.