Les valeurs à  choisir si le Maroc décroche le Mondial 2010

Le BTP et l’agroalimentaire sont les premiers secteurs qui seront touchés.
A terme, toute la cote devra bénéficier d’un effet d’entraînement
positif.
On peut investir aujourd’hui en spéculant sur les résultats
des votes. Mais il serait plus sage d’attendre le 15 mai pour agir.

Dans un peu plus d’un mois, le 15 mai prochain, le Maroc a un rendez-vous important. Cette date correspond en effet au jour du vote de la FIFA , organe suprême des compétions footballistiques mondiales, pour la désignation du pays organisateur de la Coupe du monde 2010. Nous sommes donc à un mois de cette échéance, mais vous pouvez d’ores et déjà vous positionner par rapport au résultat du vote et ce d’autant que, cette fois-ci, nos chances de succès sont réelles.
L’enjeu est de taille et les entreprises cotées à la Bourse de Casablanca devront en tirer profit. Et pour cause, les investissements directement liés à la Coupe du monde (installations sportives, infrastructures, santé…) s’élèveraient, selon le comité Maroc 2 010, à environ 7,5 milliards de dirhams. A cette somme viendraient s’ajouter les 14 milliards de dirhams d’investissements programmés par l’Etat, mais qui seront accélérés si le Maroc accueille la Coupe du monde. Ces sommes colossales seront destinées à «mettre à niveau» l’infrastructure sportive, routière, hôtelière et sanitaire du Royaume, pour accueillir l’événement sportif, un mois durant.

Le 15 mai déclenchera peut-être un long cycle de croissance économique
Laquelle, parmi la cinquantaine d’entreprises inscrites à la cote, profitera le plus de cette aubaine ? A priori une bonne partie d’entre elles, mais l’étroitesse du marché risque d’en atténuer l’effet ou d’en exagérer les conséquences.
La cote casablancaise reste relativement limitée et ne compte pas de représentants pour un certain nombre de secteurs directement touchés par les perspectives d’un Maroc 2010. Il s’agit essentiellement du tourisme, des infrastructures et de la grande distribution. Cela n’empêche pas les analystes de pronostiquer des retombées positives sur quasiment l’ensemble des sociétés cotées. « C’est un événement qui canalisera un niveau d’investissement énorme et qui relancera la machine économique, avec tout ce que cela implique comme création d’emplois et donc hausse de la consommation des ménages. Ce ne sont donc pas quelques secteurs en particulier qui seront touchés mais l’ensemble du tissu économique, et donc toute la cote», explique Jalal Berrady, responsable de la recherche à la société de Bourse Attijari Intermédiation. «Ce sera le schéma d’une croissance économique tel qu’on nous l’a enseigné à l’école», ajoute-t-il.
Plus concrètement, plusieurs analystes pensent que le secteur des BTP sera placé en première ligne. La construction des stades, des routes et des autoroutes nécessitera à elle seule quelque 14 milliards de dirhams d’investissements sur les cinq prochaines années. Cela sans compter les investissements touristiques qui découlent de la Vision 2 010 et qui seront également accélérés. Les perspectives déjà prometteuses pour les cinq représentants du secteur ne peuvent donc que s’améliorer lorsque le 15 mai transformera le Maroc en un véritable chantier de construction.

Le crédit à la consommation dopera les dépenses des ménages
Pour les sociétés du secteur, déjà très engagées dans un processus de mise à niveau, un tel événement constitue une réelle opportunité pour donner un nouveau coup de fouet à leurs stratégies d’investissement.
Jalal Berrady préfère quant à lui parier sur un effet immédiat sur la consommation des ménages. Pour lui, c’est l’agroalimentaire et l’immobilier qui seront les premiers affectés. Dans un premier temps, le consommateur, plus confiant, dépensera certainement davantage. L’amélioration du niveau de vie, conséquence de la création d’emplois, induira une consommation supplémentaire qui profitera directement aux produits de grande consommation et à la grande distribution. Dans cette logique, il faudra également s’attendre à une amélioration des ventes des véhicules et plus généralement de biens d’équipement, avec pour corollaire une reprise plus soutenue de l’activité des sociétés de crédit à la consommation, censée accompagner cet effort de consommation.
Les sociétés de crédit à la consommation ne seront pas les seules à être directement touchées par le changement alors observé dans le comportement des ménages et des consommateurs. Le secteur bancaire profitera en effet d’une reprise économique qu’il sera appelé à financer. Si les banques sont aujourd’hui quelque peu réticentes à octroyer des crédits aux entreprises, il en sera autrement en cas d’organisation de la Coupe du monde. D’abord par la quantité et la qualité des projets viables que les creditmen auront à traiter, mais aussi parce que, cause nationale oblige, les banques seront appelées à un plus grand engagement au niveau du financement de l’économie.
A terme, la croissance économique déteindra sur l’ensemble des sociétés cotées. Il n’est pas non plus écarté que des entreprises non cotées fassent appel au marché boursier pour financer des projets de développement directement ou indirectement liés à l’organisation de la Coupe du monde. Plus hypothétique, l’Etat serait peut-être tenté de reprendre les privatisations via les OPV (offres publiques de vente), afin de financer une partie des investissements nécessaires. Le ton a d’ailleurs déjà été donné avec l’annonce de l’introduction prochaine en Bourse de deux mastodontes du secteur public : la Banque populaire et Maroc Telecom. Dans cette perspective, c’est le marché boursier marocain qui en tirera le plus grand bénéfice, de manière aussi bien qualitative que quantitative.
Inutile de mettre en jeu vos économies avant la décision de la FIFA
Cette rapide prospective des effets directs et plus ou moins rapides d’un Maroc 2010 démontre qu’une grande partie de la cote profitera des retombées «extraordinaires» d’un tel événement. La question que se posent aujourd’hui les investisseurs et les épargnants est de savoir s’il est judicieux de positionner ses pions avant ce fameux 15 mai, pour espérer tirer le maximum de profits si le Maroc l’emporte sur ses concurrents africains. Les analystes deviennent soudainement moins enthousiastes. «Investir en Bourse dans ces conditions serait de la pure spéculation et notre rôle n’est pas de conseiller cette catégorie d’investisseurs », explique l’un des analystes.
A l’instar de ce qui s’est passé au lendemain de l’annonce de la découverte de gisements «importants» et de «bonne qualité» dans la région de Talsint, les analystes s’attendent à une répercussion immédiate du vote des instances de la FIFA sur les cours en Bourse. «Si le Maroc est désigné comme organisateur de la Coupe du monde en 2010, je pense que les indices seront en hausse durant plusieurs séances de suite, le temps que nous, analystes, nous penchions sur les nouvelles valorisations en prenant en compte la nouvelle donne», prévoit-on chez certaines sociétés de Bourse. Et si ça ne marchait pas ? «Cela risque de porter un coup fatal au moral des troupes», avance-t-on. D’où le risque de voir se déclencher, de manière plus ou moins prématurée, un renversement de la tendance haussière, du reste inéluctable, selon les analystes.
Si les spéculateurs ont donc tout à gagner (ou à perdre) à parier sur le choix des votants du 15 mai, les investisseurs particuliers, agissant, eux, en bons pères de famille, devraient plutôt adopter une stratégie d’attente, tout en se dotant des moyens d’agir, au lendemain de l’annonce.
D’ailleurs, indépendamment de tout cela, une stratégie wait and see n’est pas superflue dans un marché qui a gagné en l’espace de 15 mois plus de 40 %. «Le marché a trop pris ces derniers mois et nous nous retrouvons aujourd’hui avec des valorisations trop importantes pour certaines sociétés», prévient le responsable de la recherche d’Attijari Intermédiation pour qui une correction à la baisse serait même salutaire pour la place casablancaise.
«Si la chance nous sourit, le Maroc devra changer de business plan», commente Jalal Berrady. C’est dire toutes les retombées positives que l’on peut espérer d’un tel événement sportif. Une comparaison avec l’Espagne ne serait d’ailleurs pas fortuite. Le Royaume ibérique a en effet su tirer tous les bénéfices de l’organisation de la Coupe du monde en 1982. L’équipe Maroc 2 010 le souligne d’ailleurs clairement dans une étude d’impact : «L’événement sportif a fortement contribué à rassembler les décideurs de l’économie autour du choix du tourisme et à un changement très clair dans le positionnement du pays en le replaçant de manière notoire parmi les acteurs majeurs du continent européen».