Les taux d’intérêt resteront stables au cours des trois prochains mois

L’abaissement de la réserve obligatoire sera sans impact sur les taux monétaires et obligataires qui devraient maintenir leur tendance actuelle, selon le consensus des professionnels.
Seule une révision
du taux directeur en septembre pourrait provoquer un changement de tendance.

Les professionnels du marché des taux sont unanimes : l’issue de la réunion trimestrielle du conseil de Bank Al-Maghrib (BAM), tenue le 16 juin, n’aura aucun impact sur la tendance stable des taux d’intérêt installée depuis quelques mois. Pour rappel, il a été décidé lors de ladite réunion de réduire de 2 points le taux de la réserve obligatoire imposée aux banques en vue de le ramener de 12 à 10% de leurs fonds propres et ce, à compter du 1er juillet.
Dans l’immédiat, cette mesure soulagera la trésorerie des banques et leur donnera donc plus de latitude pour accorder des prêts. «Ce qui est bienvenu à voir le ralentissement qui a touché les concours à l’économie depuis le début de l’année», estime Karim El Hnot, directeur de la gestion à CDG Capital Gestion.  En effet, ayant progressé de plus de 15% entre avril et décembre 2008, les concours à l’économie se sont tout juste contentés d’une croissance de 1,25% sur les quatre premiers mois de l’année en cours.
Le coup de pouce de la banque centrale reste toutefois modeste. «Il se traduit concrètement par l’injection de 7,5 milliards de DH dans le système monétaire, alors même que le montant des interventions de BAM il y a une semaine pointait à 23,6 milliards de DH», relativise un professionnel. «Au final, cette rallonge ne fait que ramener le déficit du système monétaire à son niveau d’il y a 3 à 4 semaines», conclut-il.
Ce déficit mis à part, on estime que les taux ne seront pas impactés. Dans le monétaire, ils se maintiendront au niveau de 3,25% selon le consensus du marché, sachant que quelques mois auparavant, ils tournaient autour de 3,5%. Une baisse qui, rappelons-le, était en relation avec la décision de la banque centrale de réduire, en mars dernier, son taux directeur (ramené de 3,5 à 3,25%) et d’adopter une politique expansionniste de liquidités via les injections hebdomadaires. Tout cela dans le souci de relancer la demande et de prévenir un ralentissement brutal de l’économie. Les taux obligataires qui ont, pour leur part, entamé leur baisse bien avant la révision du taux directeur en mars et davantage au-delà de cette date devraient se consolider.

Les professionnels n’ont pas d’avis tranchés sur la décision du conseil de BAM en septembre
Signalons que deux scénarios étaient envisagés par les professionnels avant la tenue de la dernière réunion du conseil de BAM. En cas de révision à la baisse du taux directeur, c’était une détente des taux obligataires qui était anticipée. Celle-ci devait néanmoins être de moindre ampleur que celle intervenue depuis le début de l’année, les investisseurs ayant déjà intégré le recul des taux.  Puisque le scénario de baisse du taux directeur ne s’est pas réalisé, c’est donc plus de consolidation qu’il s’agit à présent.
Qu’en sera-t-il maintenant de la tendance jusqu’à fin 2009 ? «La situation actuelle devrait se maintenir jusqu’à la prochaine réunion du conseil de BAM en septembre prochain», estime un professionnel.
A signaler que dans l’intervalle, les investisseurs pourraient adopter une attitude d’attentisme et d’observation, ce qui se traduirait par une légère correction à la hausse sur les maturités longues, vu que certains d’entre eux seraient tentés de liquider leurs positions par manque de visibilité.
Mais ce sont surtout les révisions qui pourraient toucher le taux directeur qui devraient déterminer une tendance claire. Les pronostics des professionnels sur la décision de la banque centrale à ce sujet ne sont pas tranchés pour l’heure. C’est que les facteurs d’incertitude sont encore nombreux.
L’évolution future des taux monétaires et obligataires dépend fortement de l’évolution de l’inflation. Et à ce sujet, le conseil de BAM n’a pas manqué de relever le ralentissement du rythme de progression de l’inflation qui s’est poursuivi en avril, en ligne avec ses prévisions. L’inflation en glissement annuel a en effet atteint 2,6% en avril après 3,6% en mars, 3,8% en février et 4% en janvier.
Certes, cette tendance couplée, entre autres, au ralentissement observé de l’activité domestique, et du reflux des prix  des matières premières, a conduit BAM à conclure à l’orientation à la baisse des risques entourant sa prévision centrale pour l’inflation. L’orientation à la baisse devrait même se maintenir plus longtemps que prévu. Néanmoins, il demeure qu’à plus long terme, la volatilité des prix des matières premières, en particulier le pétrole, et les risques liés à la spéculation sur ces marchés, constituent une source d’incertitude non négligeable.
Les conditions monétaires joueront également pour beaucoup dans l’issue de la prochaine réunion trimestrielle de la banque centrale. «Si les concours à l’économie continuent à évoluer mollement, le taux directeur devrait vraisemblablement être révisé à la baisse», explicite M. El Hnot.
A ce niveau, les données recueillies par BAM à fin avril confirment la poursuite du ralentissement de la création monétaire. La hausse annuelle de l’agrégat M3 s’est établie à 9,2%, après 10,5% au cours des deux derniers trimestres. Cela dit, bien que le rythme de progression du crédit en glissement annuel affiche une décélération continue depuis le troisième trimestre 2008, il demeure élevé avec une hausse de 18% en avril.