Les taux des bons du Trésor ont repris leur tendance haussière

Le rythme des levées sur le marché domestique s’est intensifié, mais le refinancement porte surtout sur le moyen terme. A l’avenir, le système d’indexation des prix pétroliers devrait alléger les caisses de l’Etat et contribuer à  stabiliser les taux. Ils devraient finir l’année à  leurs niveaux actuels.

Les taux des bons du Trésor ont fini par rompre avec la tendance légèrement baissière sur laquelle ils se sont inscrits depuis la fin du premier semestre de cette année. Ils se sont en effet réorientés à la hausse depuis le début du mois de septembre comme l’avaient prévu les analystes de la place. Pour rappel, entre juin et août, le Trésor avait réduit son recours au marché domestique poussant au repli des taux sur cette période. En cause, notamment, le financement du Trésor de 750 millions de dollars sur le marché international et l’encaissement des dividendes des entreprises publiques. Ajouté à cela, le Trésor avait profité des versements de l’impôt sur les sociétés pour renflouer ses caisses.

Toutefois, ses besoins commencent à reprendre leur rythme haussier quoique d’une ampleur moins élevée que celle affichée au début de cette année. En fait, ces rentrées financières étant consommées, l’argentier commence à exprimer des besoins toujours aussi importants pour financer son déficit. Ainsi, sur le marché des adjudications, les besoins se sont élevés à près de 15,5 milliards de DH en septembre contre une moyenne de 11 milliards de DH sur la période couvrant de juin à août, soit une hausse d’environ 41%. Notons que sur les trois premières séances de ce mois, le Trésor a levé près de 12,8 milliards de DH, soit 2,7 milliards de DH de moins que les estimations de la direction de la dette du ministère des finances. Cependant, les courtes maturités ne semblent plus l’intéresser puisque ses levées se dirigent surtout vers la partie moyenne de la courbe, tout en privilégiant la maturité 2 ans.

Il faut dire que ce choix est appuyé par la volonté d’alléger les tombées de court terme pour l’année prochaine, vu qu’il se finançait sur cette maturité, surtout sur le 13 et le 26 semaines de par sa nature liquide et pour satisfaire la demande des investisseurs qui s’était largement manifestée en raison des taux attrayants.

Calme plat sur la partie longue de la courbe

La donne a également changé pour la partie courte de la courbe.  Les investisseurs, en quête de plus-value, n’hésitaient pas à exiger des taux de rendement élevés pour placer leur épargne en bons du Trésor. Sauf qu’actuellement, ils considèrent que le potentiel de hausse a été entièrement consommé et vu que leur demande excédait les besoins exprimés, ils ont de ce fait orienté leur placement sur des échéances plus longues, à savoir la maturité allant de 2 à 5 ans, ce qui arrange le Trésor qui peut se permettre de rallonger ses délais de remboursement.

Sur le 26 semaines, les taux se sont établis à 3,75%, en baisse de 5 points de base par rapport au début du mois. En revanche, sur la maturité 2 ans, ils ont gagné 7 points de base à 4,95%. Toutefois, depuis le début de l’année, la tendance des taux est toujours haussière. Sur le premier semestre, ces deux maturités ont progressé respectivement de 9 et de 51 points de base. Pour sa part, la partie longue de la courbe est encore boudée tant par les investisseurs que par le Trésor lui-même. D’ailleurs, les taux se sont maintenus à leur niveau à près de 5,38% pour le 10 ans et 5,73% pour le 15 ans.

Il est vrai que la situation budgétaire n’est pas au beau fixe en raison de l’explosion des dépenses de fonctionnement, ce qui agit négativement sur les taux, mais le système d’indexation récemment mis en place devrait, aux dires des analystes obligataires, alléger l’état des finances publiques.

Selon l’un d’entre eux, «l’indexation de l’évolution du cours du pétrole sur les prix à la pompe devrait donner une bouffée d’oxygène aux caisses de l’Etat. Cependant, cela ne devrait pas se ressentir instantanément sur les taux. L’effet devrait être palpable dans les trois mois à venir au minimum». En effet, il faudrait que la situation des finances de l’Etat reprenne son souffle et que le déficit budgétaire s’allège pour que le Trésor abaisse le niveau de ses levées. Ainsi, les investisseurs seraient moins exigeants en termes de rendement et les taux pourraient se diriger vers une baisse ou une stabilisation.

En tout cas, en prenant en compte l’état actuel de la conjoncture et le rythme des levées du Trésor, les taux devraient se stabiliser pour finir l’année à leurs niveaux actuels.
Pour leur part, les taux sur le marché monétaire demeurent toujours dépendants de la situation des trésoreries bancaires. Ces derniers tournent toujours autour du taux directeur, fixé depuis mars 2012 à 3%, et ce, grâce à l’intervention régulière de Bank Al-Maghrib pour combler le déficit de liquidité du système bancaire, qui avoisine en moyenne 73 milliards de DH.