Les sociétés de domiciliation ont de l’avenir

Il en existe environ 200 dont la moitié est concentrée sur l’axe Casablanca-Rabat. Pour un investissement de départ de 500000DH, l’affaire peut générer un bénéfice annuel de 350 000 DH.

Les sociétés de domiciliation se multiplient au Maroc. Il en existe environ 200 dont la moitié est concentrée sur l’axe Casablanca-Rabat, selon les estimations de certains professionnels du marché. Si elles se sont développées rapidement, c’est en raison d’une demande croissante des entrepreneurs, surtout les jeunes en début d’activité. En effet, face à la cherté de l’immobilier professionnel, faire appel aux sociétés de domiciliation est indiqué pour ceux qui lancent leurs projets avec des moyens limités, surtout dans des domaines comme le consulting, le développement web, le commerce en ligne… où le fait d’avoir un siège physique n’est pas nécessaire au départ. De plus, ces structures offrent en général plusieurs prestations autres que la domiciliation, qui peuvent dispenser ces entrepreneurs de recruter dans l’immédiat ou de recourir à des experts aux honoraires coûteux. Cela dit, en l’absence d’une réglementation encadrant l’activité des sociétés de domiciliation, les services que ces dernières offrent peuvent varier sensiblement. Cela va de la simple mise à la disposition de la société domiciliée d’une adresse postale à des opérations d’ingénierie financière, en passant par la tenue de la comptabilité. Du coup, les tarifs varient en fonction des prestations mais aussi de la taille de la société domiciliée. Certaines n’hésitent pas à brader les prix, misant sur un effet volume. Ce qui crée une forte concurrence entre les sociétés de domiciliation, voire une certaine anarchie vu le vide juridique. Il existe certes une réglementation censée mettre de l’ordre dans le secteur. Il s’agit du projet de loi 68-13, complétant la loi n°15-95 formant code de commerce. Mais ce texte n’a toujours pas été adopté, et ce, depuis 2013. Pour exercer leur activité dans l’état actuel des choses, «les sociétés de domiciliation se réfèrent donc aux textes juridiques généraux et à une note du ministère de la justice datant de 2003, mais celle-ci n’a aucune force juridique», précise Yassine El Idrissi Hamidi, directeur de Tekequipement.

La masse salariale constitue le gros des charges de fonctionnement

Malgré cette situation, plusieurs sociétés de domiciliation tirent leur épingle du jeu. Certaines arrivent même à dégager des taux de rentabilité très intéressants. Selon plusieurs professionnels contactés, on peut se lancer dans cette activité avec un investissement de moins de 500 000 DH, et dégager un bénéfice net d’impôt de plus de 350 000 DH par an. Tout d’abord, «on ne doit créer une société de domiciliation que si l’on dispose, au préalable, d’un portefeuille de clients ou d’un réseau», met en garde M. El Idrissi. Au démarrage, on peut même conclure des partenariats avec des sociétés de domiciliation concurrentes, par exemple pour assurer une prestation que celles-ci n’offrent pas. Ensuite, du côté réglementaire, on ne peut créer une société de domiciliation que si elle est propriétaire du local. Si elle est locataire, elle doit avoir une autorisation écrite du bailleur. De plus, le projet de loi précise, entre autres, que l’investisseur doit être en situation régulière vis-à-vis des administrations fiscales.

Pour l’investissement de départ, il faut compter un peu plus de 470 000 DH pour un bureau en location d’une superficie de 120 m2. Ce budget englobe un coût d’aménagement de l’ordre de 100 000 DH, destiné à la mise en place d’espaces de bureaux pour le personnel et d’une salle de réunion. Notons que le projet de loi, dans son article 49-8, oblige le domiciliataire de «mettre à la disposition de la personne domiciliée des locaux équipés de moyens de communication et dotés d’une salle permettant la tenue de réunions régulières des organes chargés de la direction, de l’administration ou de la gestion de l’entreprise…». Pour sa part, l’équipement nécessite une enveloppe de 150 000 DH. En outre, l’investisseur doit consacrer une enveloppe de 70 000 DH à la confection de brochures et à la création d’un site web. Enfin, il faut disposer d’un fonds de roulement de pas moins de 150 000 DH pour faire face aux charges des trois premiers mois d’activité au moins. 

Des packs sur mesure pour répondre aux divers besoins des clients

Ces charges sont constituées en premier lieu de la masse salariale fixe, à hauteur de 41%. En effet, le personnel doit inclure au moins un comptable (2 dans notre modèle), un responsable juridique, une assistante et un coursier pour une masse salariale de 23 600 DH par mois. Il faut savoir en outre qu’une société de domiciliation fait fréquemment appel à des intervenants externes pour fournir des services d’ingénierie financière ou d’expertise comptable. Ce qui gonfle encore plus la masse salariale, de 5 000 DH mensuellement dans notre cas pour une opération financière en moyenne par mois. En plus d’une charge locative de 12 000 DH pour un local de 120 m2, des frais de service de 6 500 DH et des fournitures de bureau pour 8000 DH, les charges récurrentes se montent à 55 100 DH par mois, soit plus 690000 annuellement en intégrant les charges d’amortissement.

Les recettes que peut dégager une société de domiciliation peuvent varier du simple au double en fonction des tarifs appliqués et des services offerts. Et en matière de services, il n’y a pas de limites, précisent les opérateurs du secteur. Cependant, Anas Akel, directeur de Prestigia Business Center, souligne qu’il existe des services de base qui accompagnent l’offre de l’adresse fiscale, à savoir la réception du courrier et son renvoi éventuellement à l’entrepreneur, la gestion des appels, les alertes mobiles et la location de bureaux équipés par heure, en plus des alertes de fin de contrat. Les tarifs de ces services de base peuvent aller de 120 DH à 250 DH par mois, en fonction de la taille de la société domiciliée. Sur le terrain, il existe des domiciliataires qui appliquent des prix bien inférieurs à cela : jusqu’à 75 DH ! «Ce niveau de tarif ne pourrait assurer la continuité de l’entreprise si d’autres services complémentaires ne sont pas mis en place», explique un domiciliataire. En effet, bien des sociétés proposent la tenue de la comptabilité, l’établissement des déclarations fiscales, le conseil lors de la création d’entreprise, le choix du nom de domaine du site web, des opérations d’ingénierie financière relatives aux augmentations/réductions de capital, cessions de parts, transmission ou transfert de siège, suivi bancaire… Ces services ne sont pas proposés à l’unité mais font presque toujours partie d’un pack dont le prix peut atteindre 30 000 DH par an. Cela dit, les professionnels recommandent de mettre en place des packs sur mesure selon les besoins des clients. Quoi qu’il en soit, une société de domiciliation, ayant un bon réseau et proposant des tarifs en ligne avec les pratiques du marché peut réaliser un chiffre d’affaires de 100 000 DH mensuellement. M. Akel recommande de miser sur le service lié à la création de sociétés et de développer par la suite les autres activités. Ce qui permettra au client de s’orienter machinalement vers la société domiciliataire pour tout autre service durant sa vie professionnelle. En retranchant l’IS, le bénéfice net s’élève dans notre exemple à plus de 350000 DH par an, soit un taux de marge nette de 30%.