Les sociétés de crédit conso multiplient les promotions

Elles tentent de résister à la conjoncture atone et à la concurrence des banques. Les taux promotionnels démarrent à 6% pour le prêt personnel et à 7,5% pour le crédit automobile.

Les sociétés de crédit à la consommation font de plus en plus d’efforts pour recruter de la clientèle. En 2015 et pendant ce mois de janvier 2016, elles ont multiplié leurs offres promotionnelles qui portent le plus souvent sur des réductions de taux, des différés de remboursement ou des formules à 0%. C’est que la demande est atone en raison du ralentissement économique et de la progression du chômage. Aussi, la concurrence est rude dans le secteur, surtout de la part des banques qui ont investi avec force ce segment de crédit au cours des dernières années afin de faire face au tassement des prêts au logement et aux entreprises. Selon les dernières statistiques de l’Association professionnelle des sociétés de financement (APSF), publiées en exclusivité par La Vie éco du 1er janvier (www.lavieeco.com), l’encours des sociétés spécialisées dans le crédit conso a enregistré une faible progression de 1% à fin septembre, à 42,2 milliards de DH, tirée notamment par la reprise des ventes de voitures neuves. En face, les banques ont réalisé une hausse de près de 5%, à 46,1 milliards. On le voit, la part de marché des banques a carrément dépassé celle des sociétés de financement, s’établissant à 52% pour un encours global de 88,3 milliards de DH.

Il faut dire que les banques disposent de plusieurs avantages concurrentiels. D’une part, elles bénéficient d’un réseau d’agences très large qui leur permet une plus grande proximité avec les emprunteurs potentiels. De l’autre, les millions de détenteurs de comptes bancaires constituent un gisement important de clientèle qui peut contracter un crédit à la consommation. Enfin, et c’est là le principal atout des banques, celles-ci bénéficient d’un coût des ressources bas leur permettant de réduire leurs taux d’intérêt et ainsi d’attirer plus facilement la clientèle.

Face à cette forte concurrence, les sociétés spécialisées essaient d’être les plus compétitives possibles avec les moyens dont elles disposent. Depuis fin 2014, elles sont aidées par la baisse du taux directeur de Bank Al-Maghrib (il est passé de 3% à 2,5%) et des taux des bons du Trésor qui leur a permis de réduire leur coût de refinancement et ainsi proposer des formules plus intéressantes que par le passé et se rapprochant de celles des banques. Une tendance qui profite aux emprunteurs mais doivent malgré tout rester vigilants et bien étudier les offres proposées.

Attention aux frais de dossier

Presque toutes les grandes sociétés du secteur ont joué le jeu des promotions depuis l’année dernière. Chez certaines, les offres ont pris fin en 2015 mais de nouvelles formules seront incessamment lancées. C’est le cas par exemple chez le leader Wafasalaf qui offrait, jusqu’à fin septembre, des crédits personnels de 10 000 DH à 50 000 DH sur 12 mois avec un taux zéro. Toutefois, la société exigeait des frais de dossier représentant 5% du montant emprunté. Ce qui revenait au final à un taux de 5%, un niveau nettement plus intéressant que les conditions standards. A noter que chez Wafasalaf, il est désormais possible de formuler en ligne une demande de crédit et d’obtenir l’accord de principe les samedis.

Chez d’autres sociétés de crédit conso, les offres promotionnelles sont toujours en cours. Eqdom, par exemple, propose jusqu’à fin mars 2016 un taux d’intérêt de 6,16% pour tout prêt personnel dont le montant est compris entre 16 000 DH et 160 000 DH. Les durées de remboursement sont fixes, de 16, 32 ou 46 mois. Pour illustration, un crédit de 16 000 DH contracté sur 16 mois donne lieu à une mensualité de 1 061 DH, assurance décès-invalidité comprise. En tenant compte de frais de dossier de 480 DH, le coût global du crédit ressort à 1 464 DH, soit un taux effectif global de 8,53%, un niveau comparable à celui des banques, voire plus intéressant.

Chez Axa Crédit, et jusqu’au 31 janvier, le crédit auto, pour l’achat d’une voiture neuve ou d’occasion, est à 7,50% hors taxes. Il faut bien entendu tenir compte de l’assurance décès-invalidité dont le coût s’élève à 0,07% du montant emprunté, et des frais de dossier qui s’élèvent dans cette formule à 4 000 DH. La société offre en outre des conditions préférentielles pour l’assurance automobile en partenariat avec sa maison mère Axa Assurance Maroc.

De leur côté, Salafin et Sofac misent à peu près sur la même formule : des prêts personnels à taux zéro pour des montants inférieurs à 20000 DH et des durées limitées à 10 mois (jusqu’à 20 mois chez Sofac). Ces deux sociétés n’ont par contre pas mis en avant dans leurs dispositifs de communication les frais de dossier exigés, qui constituent leur unique rémunération dans ces formules, et la prime de l’assurance décès-invalidité.

Pour les montants supérieurs à 20 000 DH, Salafin propose par exemple un crédit de 40000 DH sur 60 mois pour une mensualité de 870 DH, ou un prêt de 100000 DH sur 48 mois avec une traite de 2584 DH. Ce qui revient à un taux d’intérêt hors taxes de 10%, frais de dossier et d’assurance non compris. Quasiment le même niveau de taux est appliqué chez Sofac pour des crédits de 50 000 DH sur 72 mois (mensualité de 925 DH) ou de 100 000 DH sur 84 mois (1 712 DH).

Enfin, chez Taslif, une promotion qui a pris fin en décembre 2015 portait sur un crédit personnel à taux zéro et un différé de remboursement jusqu’à la fin de l’année. Actuellement, la société mise sur le financement automobile, notamment à travers une LOA «gratuite». Par exemple, pour une voiture d’une valeur de 300000 DH, le coût global est de 10 500 DH sur 25 mois, à condition d’effectuer un apport personnel de 160 500 DH et de supporter un loyer mensuel de 6 250 DH.

Les banques tout aussi agressives

Il est ainsi clair que les sociétés de crédit à la consommation font de leur mieux pour séduire la clientèle et résister à la concurrence des banques. Mais ces dernières se montrent tout aussi agressives et lancent de plus en plus de promotions. Par exemple, Société Générale proposait après les vacances d’été de 2015 un crédit à la consommation au taux de 6,5%. Plus que les promotions, ces établissements ont carrément réduit leurs taux standards pour certaines catégories de clients peu risqués, notamment les fonctionnaires et les salariés conventionnés du secteur privé. En effet, les taux ont été abaissés de 50 points de base à 1 point en 2015. De 7% accordé aux fonctionnaires chez Attijariwafa bank et BMCE Bank, le taux a été ramené à 6,5% chez la première et à 5,95% chez la seconde. Les salariés disposant d’une convention peuvent actuellement obtenir un crédit à la consommation à 7,5% contre 8,5% précédemment. En outre, ils peuvent bénéficier de la gratuité des frais de dossier et d’une prime d’assurance avantageuse par rapport aux clients classiques. Et pour ces derniers, les banques ont introduit plusieurs facilités afin de s’aligner sur les conditions appliquées par les sociétés spécialisées, tout en gardant les taux inchangés. La Société Générale, par exemple, a relevé le plafond du montant à emprunter à 200 000 DH, alors qu’auparavant on ne pouvait prétendre à plus de 100 000 DH sans présenter de garantie. Elle a également augmenté la durée maximum du crédit à 84 mois contre 60 mois auparavant. Idem pour BMCE Bank qui a hissé la durée maximale d’un prêt personnel à 83 mois et relevé le montant maximum à 300 000 DH, voire plus, à condition qu’il y ait dérogation spéciale.

Les sociétés de crédit à la consommation ont fait progresser leur production de 2% sur les 9 premiers mois de l’année, à 9,3 milliards de DH. Une croissance modeste certes mais qui rompt avec la tendance de 2014 qui s’était soldée par une stagnation de l’activité. Elle a été générée de façon équilibrée par les segments des prêts personnels et du financement automobile. La production du crédit auto a en effet progressé de 3%, à 5 milliards de DH, tirée essentiellement par la LOA dont les nouveaux financements ont crû de 5%, à 2 milliards de DH. Le prêt personnel a évolué à un rythme similaire (+2%) pour une production de 4,3 milliards de DH, sachant qu’il stagnait, voire baissait sur les dernières années. A noter une bonne progression de la production des crédits à l’équipement domestique, considéré par les sociétés de financement comme un relais de croissance. Elle s’est établie à 9% à fin septembre pour un encours qui se développe de 15%. L’encours reste toutefois limité : moins de 400 MDH.

Les crédits revolving n’ont jamais réussi à séduire les Marocains. Ces formules qui donnent la possibilité d’accéder à tout moment à une réserve d’argent qui se reconstitue à travers les remboursements mensuels voient leur production et leur encours s’effriter d’année en année. A fin septembre 2015, en effet, la production s’est établie à 29,6 MDH, en chute de 32% par rapport à la même période en 2014. L’encours a, pour sa part, reculé de 15%, à 165,8 MDH.