Les sociétés de Bourse toujours malmenées par la crise

Leur bénéfice net, dopé par l’exceptionnel, a tout de même baissé de 12% en 2012.
La morosité du marché n’a pas épargné les intermédiaires financiers adossés aux groupes bancaires. Dix sociétés sur les 17 de la place affichent un résultat déficitaire.

Les sociétés de bourse pâtissent toujours de la crise qui sévit sur le marché actions. Elles ont dégagé pour la deuxième année consécutive des bénéfices en forte baisse, en raison d’un volume d’activité en recul continu. En fait, hormis l’année 2010 durant laquelle ces opérateurs ont pu relever la tête, suite notamment aux opérations de retrait d’ONA et SNI de la cote, la déprime dure depuis le déclenchement de la crise internationale en 2008. En cause, une très faible liquidité du marché, conséquence d’un attentisme persistant des investisseurs.

La baisse des résultats des sociétés de bourse en 2012 n’est certes pas aussi importante que celle enregistrée en 2011. En effet, les 17 intermédiaires opérant sur le marché ont généré à fin 2012 un résultat net agrégé de 53 MDH, en retrait de 12% par rapport à 2011, alors que les bénéfices au titre de 2011 avaient chuté de près de 60%. Ce qu’il faut savoir, c’est que les résultats de 2012 sont dopés par des revenus exceptionnels, réalisés notamment par CFG Marchés et Eurobourse. Hormis ces deux sociétés, le résultat sectoriel aurait pu être déficitaire !

Il faut dire que dix sociétés de bourse ont dégagé des résultats déficitaires en 2012, contre seulement 7 une année auparavant. Et la conjoncture ne frappe plus que les sociétés de bourse indépendantes et de petite taille, elle touche également celles de plus grande taille, qui sont notamment adossées à des groupes bancaires. D’ailleurs, le rang des sociétés déficitaires a accueilli cette année BMCE Capital Bourse, CDG Capital Bourse ou encore Sogécapital Bourse.

Néanmoins, tout en restant dans le rouge, des sociétés ont réussi à limiter la casse, à l’instar d’Atlas Capital Bourse, Alma Finance ou BMCI Bourse. A contrario, d’autres, de plus grande taille n’ont pas pu augmenter leurs bénéfices. Il s’agit, entre autres, d’Attijari Intermédiation, Upline Securities et ICF Al Wassit.
Quoi qu’il en soit, les revenus de l’ensemble des sociétés de bourse, constitués des commissions sur transactions sur valeurs mobilières, des commissions sur activités connexes et des produits sur prestations de services, essentiellement de conseil, se sont repliés de 31,4% par rapport à 2011 pour atteindre 171 MDH. Cette baisse est la résultante de la contraction des volumes d’échanges sur le marché boursier puisque près de 90% du chiffre d’affaires des sociétés de bourse sont constitués de la marge d’intermédiation. En effet, le flux transactionnel sur le seul marché central a chuté pendant l’année écoulée de près de 18%, s’établissant à 33 milliards de DH. Parmi les intervenants, c’est Eurobourse qui a pâti le plus de la raréfaction des transactions sur le marché, au même titre qu’Atlas Capital et ICF Al Wassit. Au moment où le chiffre d’affaires de la première s’est enlisé de 69,3%, à 818 439 DH, il s’est déprécié pour les deux autres de 66,5% et 65,6%, à près de 911 000 et 3,3 MDH respectivement. CDG Capital Bourse a, elle, vu ses revenus chuter de 58,8%, à 12 MDH et BMCI Bourse de 36,6%, à 2,2 MDH.

En revanche, trois sociétés ont réussi à tirer leur épingle du jeu, à savoir Alma Finance qui a réalisé 3,8 MDH de chiffre d’affaires, en hausse de 2,6%, BMCE Capital Bourse avec 5,5% de hausse, à 21,8 MDH et Wafa Bourse avec une progression de 6,5%, à 4,6 MDH. Notons toutefois que la légère progression du chiffre d’affaires de ces dernières ne résulte pas d’un redressement des commissions sur transactions mais plutôt de la hausse des autres commissions, relatives notamment à la conservation des titres et à la gestion sous mandat ainsi qu’aux activités de conseil et d’ingénierie financière. A titre d’illustration, ces dernières se sont améliorées auprès de BMCE Capital Bourse de plus de 400%, passant de 875 000 DH à 4,8 MDH.

Un résultat d’exploitation en chute de 100%

Suite à la chute du chiffre d’affaires et à une augmentation des charges d’exploitation, ou, au mieux, à leur maintien au même niveau que l’année précédente, le résultat d’exploitation agrégé s’est creusé à 5,5 MDH, affichant une perte de plus de 100%. Le directeur d’une société de bourse explique : «De par la nature de l’activité et la réglementation qui régit le secteur, un intermédiaire boursier ne peut diminuer certaines charges fixes, notamment les charges de personnel. La muraille de Chine entre les différents métiers oblige à garder au moins une seule personne par métier. Ce qui ne nous permet pas de manipuler ce poste afin de réduire nos charges».

Par ailleurs, le résultat financier des sociétés de bourse a enregistré un recul de 13,8% pour s’établir à 42,5 MDH. Cette baisse s’explique par les pertes réalisées sur la cession de titres et valeurs de placement consécutivement à la contre-performance du marché boursier. Rappelons à ce titre que l’indice général du marché a clôturé l’année 2012 sur un repli de 15%.

La dégradation du résultat financier agrégé des sociétés de bourse aurait pu être plus forte si six d’entre elles n’avaient pas réalisé une progression. CFG Marchés a en effet hissé son résultat financier à 33,3 MDH, en progression de 111% suite notamment à la croissance exponentielle des produits des titres de participation qui sont passés de 8,7 MDH à 25,8 MDH. En revanche, la progression du résultat financier d’Art Bourse s’explique par la réduction des pertes liées à la cession des titres et valeurs de placement en 2011. Idem pour Euro Bourse.
En face, BMCE Capital Bourse vire au rouge avec un résultat financier de -2,7 MDH et Attijari Intermédiation a subi une chute de 92,2%, à 764 285 DH. Les autres sociétés de bourse n’ont guère fait mieux, telle que CDG Capital Bourse dont le résultat financier s’est enlisé de 97,7%, à 145 580 DH, ou encore Wafa Bourse avec un retrait de 47%, à 1,4 MDH.

Au final, les bénéfices dégagés qui, rappelons-le, se sont inscrits en baisse de 12%, à 53 MDH cachent des disparités entre les sociétés de bourse. En fait, et comme expliqué avant, le résultat net de l’ensemble des sociétés de bourse aurait viré au rouge si CFG Marchés et Eurobourse n’avaient pas dégagé des bénéfices en hausse. Le résultat net de la première s’est en effet envolé de 304,5%, à 53,7 MDH, alors que celui de la deuxième est repassé au vert, à 38 163 DH contre un déficit de 2,7 MDH une année auparavant.
Pour CFG Marchés, cela s’explique par la cession de Dar Tawfir à CFG Groupe, ce qui lui a rapporté 53,6 MDH et hissé son résultat non courant à 33,7 MDH contre 429 672 DH une année plus tôt. Quant à Eurobourse, elle a également enregistré un résultat non courant de 7,4 MDH lié à une cession d’immobilisations, en croissance de 11%, ce qui a permis à la société de sortir du rouge.

Hormis ces deux sociétés, les autres ont toutes pâti de la chute du niveau d’activité. Ainsi, Upline Securities qui avait enregistré à fin 2011 des résultats appréciables, a dégagé un résultat net de 13,4 MDH, en repli de 46,4% en 2012. Les bénéfices d’Attijari Intermédiation, eux, ont totalisé à peine 5 MDH contre 15,6 MDH une année auparavant, soit une diminution de 67%. Pis, quatre sociétés de bourse comptent désormais parmi les déficitaires. Il s’agit de BMCE Capital Bourse avec -2,7 MDH, CDG Capital Bourse avec -6 MDH, Sogécapital Bourse avec -860 715 DH et Capital Trust avec -656 150 DH.