Les sociétés cotées sauvent les meubles en 2015

Reprise de l’activité et léger redressement des bénéfices par rapport à 2014. Banques, cimenteries, compagnies minières et distributeurs affichent de bons résultats. Les dividendes devraient être au rendez-vous.

Les résultats des sociétés cotées au titre de l’année 2015 ont été bien accueillis par le marché. Le Masi, principal indice de la Bourse de Casablanca, a fortement progressé pendant le mois de mars jusqu’à atteindre une performance de 7%, avant qu’un mouvement de prise de bénéfices ne vienne entamer légèrement les gains. Il faut dire que les réalisations des entreprises de la cote ont globalement dépassé les attentes des investisseurs qui prévoyaient, à l’image de 2014, des bénéfices en berne compte tenu d’une conjoncture économique qui reste morose et des difficultés que rencontrent certains opérateurs. Au 29 mars, à l’heure où nous mettions sous presse, tous les résultats n’étaient pas encore disponibles. Mais ce qui se dégage à partir des réalisations de la soixantaine d’entreprises ayant publié leurs comptes, c’est que l’activité affiche une reprise dans plusieurs secteurs et les bénéfices sont en légère croissance.

Les banques cotées résiliantes

Les dividendes devraient également être au rendez-vous. Bien entendu, cette tendance n’inclut pas la Samir qui fait l’objet d’une procédure de liquidation judiciaire. A noter aussi que les sociétés immobilières n’avaient pas encore annoncé leurs résultats.

Trois secteurs retiennent particulièrement l’attention. Il s’agit du secteur bancaire, celui des matériaux de construction et le secteur minier.

Pour le premier, le ralentissement du crédit, le retour à un niveau normal des revenus des activités de marché et la persistance des impayés n’ont pas entamé la rentabilité des banques cotées. Seule l’une d’entre elles, à savoir Crédit du Maroc, a fortement pâti de ces facteurs en affichant un résultat net part du groupe en chute de 65%. Mais, globalement, les bénéfices du secteur sont en hausse de 5%, à un peu plus de 10 milliards de DH. Ceci sachant que les revenus n’ont pas progressé avec des produits d’exploitation bancaire stables à 79 milliards de DH. Une prouesse qui s’explique par la résilience des trois premiers groupes bancaires de la place, à savoir Attijariwafa bank (+3,4%), la BCP (+14,4%) et BMCE Bank (+0,6%) dont la stratégie d’expansion en Afrique s’avère payante et dont les filiales spécialisées continuent de contribuer positivement aux bénéfices globaux. Le net redressement de la BMCI qui a vu son coût du risque baisser sensiblement y est également pour beaucoup dans cette performance, avec un résultat en hausse de 37%. CIH Bank n’a pas démérité non plus avec des indicateurs qui s’inscrivent tous en progression (bénéfice en hausse de 7,7%), grâce notamment à sa stratégie de mutation en banque universelle (la part de l’immobilier continue de refluer dans l’encours des crédits) et d’innovation (banque 2.0, banque gratuite pour les moins de 30 ans…).

Les cimentiers de nouveau sur le chemin de la croissance

Les industriels des matériaux de construction ont eux aussi pu tirer leur épingle du jeu en 2015. A l’heure où nous mettions sous presse, Aluminium du Maroc, Jet Contracors et Colorado n’avaient pas encore annoncé leurs résultats, mais les gros du secteur affichent une croissance bénéficiaire de 2,7%. Une performance réalisée, notons-le, malgré le déficit enregistré par Sonasid (-62 MDH contre un bénéfice de 127 MDH en 2014) suite aux difficultés qu’elle rencontre dans un marché en surcapacité de production et où la consommation est toujours en recul, ainsi que le recul du résultat net de Holcim Maroc (-15%, à 509 MDH) en raison de la non-récurrence de certains produits comptabilisés en 2014. La croissance bénéficiaire résulte en fait du bon comportement de l’activité de Ciments du Maroc dont le chiffre d’affaires a crû de 8,3%, à 3,7 milliards de DH, et le bénéfice de 34%, à 1milliard de DH, et de Lafarge Ciments qui a fait progresser son chiffre d’affaires de 5%, à 5,2 milliards de DH et son résultat net de 6,5%, à 1,4 milliard de DH. Des performances dues à la dynamique commerciale des deux cimentiers dans leurs marchés respectifs et à l’effort continue d’optimisation des coûts, notamment énergétiques.

Les compagnies minières résistent à la chute des cours des métaux

Quant aux compagnies minières, alors que les investisseurs s’attendaient à des résultats en berne compte tenu de la baisse des cours des métaux sur le marché international, le secteur a surpris le marché en dégageant un chiffre d’affaires et des bénéfices en croissance. Le premier a augmenté de 11,5%, à 5,8 milliards de DH, tandis que le second a crû de 2,6%, à 626 MDH. La performance au niveau du chiffre d’affaires résulte de l’appréciation du dollar face au dirham et de l’augmentation du volume des minerais produits. La maîtrise des charges opérationnelle a, en parallèle, permis de dégager un résultat d’exploitation sectoriel en forte hausse (+26%). Mais les pertes enregistrées sur le plan financier, en raison d’un bilan de couverture des changes défavorable, ont atténué cette performance et abouti sur une croissance bénéficiaire limitée à 2,6%.

Les distributeurs en bonne santé

Hormis ces trois secteurs très suivis par le marché, les distributeurs cotés ont également signé un excellent exercice 2015. Leur chiffre d’affaires agrégé s’est bonifié de 17%, à 16,2 milliards de DH. Hormis Label’Vie, qui brasse un gros volume d’affaires de 6,7 milliards de DH et qui a réalisé une croissance de 6,7%, toutes les autres entreprises de ce compartiment affichent des taux de progression à deux chiffres, voire à trois. C’est le cas notamment des distributeurs automobiles qui ont profité de la reprise des ventes des voitures particulières au Maroc (mais aussi en Tunisie pour Ennakl Automobile) pour doper leur activité. C’est le cas aussi des distributeurs d’engins de BTP et de manutention qui font état d’une nette reprise de leurs ventes, notamment pour SRM. Ces bonnes performances conjuguées à la maîtrise des charges ont permis au secteur de dégager une rentabilité opérationnelle en hausse de 30% (hors Ennakl qui n’avait pas encore publié tous ses indicateurs financiers). La progression est encore plus importante au niveau du résultat net puisqu’elle s’établit à plus de 40%.

L’agroalimentaire toujours défensif

Notons aussi la résilience du secteur agroalimentaire. Centrale Danone, Cosumar, Brasseries du Maroc et Oulmès (Lesieur, Dari Couspate et Unimer étaient en attente de publication) ont réalisé un chiffre d’affaires en hausse de 10% et un résultat net en amélioration de 5,7%. Hausse de la consommation des eaux minérales et de table, reprise des ventes de bière avec le déplacement du Ramadan en dehors de la saison estivale et l’intégration par le marché de l’impact de la hausse de la TIC opérée ces dernières années, bonne campagne sucrière et redressement de la profitabilité de Centrale Danone expliquent ces performances.

Les sociétés de financement se redressent

Les sociétés de financement ne sont pas en reste. Malgré le ralentissement du crédit, la concurrence acharnée des banques sur le segment du crédit à la consommation et la persistance d’un niveau élevé d’impayés, elles ont pu résister à la conjoncture grâce au redressement du crédit automobile et la baisse du coût de refinancement qui leur permet d’être plus compétitives. Leur bénéfice net s’est amélioré de 5,2% (hors Axa Crédit), porté par les réalisations d’Eqdom (+10%), Maroc Leasing (+4,3%) et Salafin (+18,5%). Maghrebail et Taslif ont, en revanche, essuyé des pertes respectivement de 11% et 23%.

L’informatique a le vent en poupe

Enfin, les sociétés informatiques s’en sortent haut la main. Qu’ils soient distributeurs de hardware ou développeurs de solutions, ils ont signé une croissance du chiffre d’affaires de près de 13% (hors S2M). Microdata et Disway se distinguent avec des performances de 14% et 15%. HPS et M2M Group font mieux avec des progressions de l’activité de 25% et 17% respectivement. Seules IB Maroc et Involys affichent des chiffres d’affaires en retrait de 12% et 4%. Au final, le bénéfice net du secteur s’apprécie de quelque 26% (hors S2M et IB Maroc), porté par Disway, HPS, M2M et Involys.

Malgré une hausse de l’activité, aussi bien sur la branche «Vie» que dans la «Non-Vie», le secteur des assurances a bouclé l’année sur une baisse de sa capacité bénéficiaire. En effet, le chiffre d’affaires sectoriel a crû de 6,5%, à 15 milliards de DH, porté par les réalisations de Wafa Assurance (+5,4%), Atlanta (+8,4%), Saham Assurance (+2,5%) et le courtier Afma qui vient de s’introduire en bourse (+19,3%). En revanche, les bénéfices agrégés affichent une baisse de 4,2%, à 1,37 milliard de DH. Une contre-performance qui résulte principalement de la chute de 20% du résultat consolidé d’Atlanta qui a dû provisionner sa participation dans La Samir, et dans une moindre mesure de la baisse de la rentabilité de Wafa Assurance (-4,7%) suite à la contre-performance du marché financier en 2015.

Taqa Morocco est considérée à la fois comme une valeur de croissance et de rendement. A raison. La société vient de le prouver encore une fois en 2015 en affichant des indicateurs en forte croissance. Son chiffre d’affaires, qui avoisine désormais les 9 milliards de DH, est en hausse de 20% grâce au bon rendement des unités de production 1 à 4 et à l’exploitation sur une année pleine des unités 5 et 6. Ceci, conjugué à une bonne performance opérationnelle, a permis au résultat net de croître de 21%, à 966 MDH. Notons qu’il dépasse de 30% les prévisions du business plan de la société. A cet effet, son management a décidé de distribuer un dividende de 30 DH par action, en hausse de 36% par rapport 2014.